La joie est une vo­lon­té né­ces­saire pour une vie libre …

Sept - - Pendant Ce Temps … Dans Le Club -

«Un homme libre ne pense à au­cune chose moins qu’à la mort, et sa sa­gesse est une mé­di­ta­tion non de la mort mais de la vie.» Spi­no­za

Bien sûr, il y a les évè­ne­ments qui peuvent dé­ter­mi­ner notre des­tin. Mais sur­tout, nous- mêmes tra­çons et for­geons les grandes lignes de notre vie. La vie doit être une force ac­tive, libre, au­to­nome, dé­si­rante, amou­reuse, sage, poé­tique … hé­do­niste … mais aus­si sobre et si­len­cieuse … une oeuvre d’art. Notre vie doit as­pi­rer à la joie, car la joie est un acte de vo­lon­té et de li­ber­té. Sans la connais­sance de soi, nous n’avons pas l’ac­cès à la li­ber­té, condi­tion né­ces­saire pour par­ve­nir à une at­ti­tude joyeuse et dé­si­rante, ou­verte à l’autre, à la na­ture et au monde. La joie en gé­né­ral est un acte vo­lon­taire come le dé­sir, car le dé­sir n’est pas une pul­sion, un acte ins­tinc­tif. Le dé­sir est un acte de conscience, et avec le dé­sir et la joie nous en­trons dans le mou­ve­ment de créa­tion (des rap­ports hu­mains, ar­tis­tiques, ac­ti­vi­tés …)

La vie est une suc­ces­sion d’ins­tincts, et un mou­ve­ment pour al­ler vers un ins­tinct sui­vant. L’ins­tinct est une chaîne des cau­sa­li­tés, des ren­contres avec les autres, l’ins­tinct est im­pré­vi­sible (la mort, les ca­ta­clysmes, la ma­la­die … mais aus­si des ren­contres heu­reuses, des dé­cou­vertes …) Sans une construc­tion éthique, et sans le choix de la li­ber­té, nous ne pou­vons pas mettre en oeuvre et as­pi­rer à une vie pos­sible dans la joie. Car la joie de vivre est d’al­ler aus­si vers l’autre. L’autre comme «mon ac­com­plis­se­ment». Le choix d’une vie joyeuse est un en­jeux ma­jeur de l’exis­tence. La vie joyeuse est ac­com­plir et choi­sir, éthi­que­ment, le meilleur de la vie et des rap­ports avec l’autre (ami­tié, amour, créa­ti­vi­té col­lec­tive, ac­tion …) La vie comme une force, la vie comme une oeuvre d’art dans la joie ac­tive, ca­pable de créa­ti­vi­té comme construc­tion de soi, et ca­pable de re­cher­cher un bien pour don­ner à l’âme un bon­heur ca­pable de mé­di­ter sur sa propre vie et sa re­la­tion à l’autre et à la na­ture des choses. Ca­pable d’amé­lio­rer ses règles et cher­cher la «béa­ti­tude», car le bien su­pé­rieur est la connais­sance des af­fectes et du monde. Nous de­vons sa­voir et connaître les concepts et nom­mer les af­fectes et les choses, c’est la condi­tion pour com­prendre qui nous sommes et pour com­mu­ni­quer avec l’autre ( la culture et la na­ture …) et sur­tout trans­for­mer main­te­nant nos vies. At­ti­tude pour com­prendre et être conscient que le dé­sir-mou­ve­ment est l’es­sence de l’es­pèce hu­maine. Pour dé­fi­nir, pra­ti­quer et par­ta­ger (pour soi-même et les autres). «Le bien d’une vie libre, dé­si­rante et joyeuse …» d’une vie où «le bien to­tal et ac­cep­table d’une exis­tence au­to­nome et libre …» Nous de­vons être ca­pable de la dé­cor­ti­quer, de la dé­fi­nir, de la cri­ti­quer, de la connaître et de la com­mu­ni­quer, et de la réa­li­ser.

L’ac­com­plis­se­ment de la joie doit être quo­ti­dien. Je veux, et nous vou­lons pra­ti­quer la joie, créer une pra­tique et l’éthique d’une vie libre, car la vie est mou­ve­ment créa­teur. Il est de notre de­voir de réa­li­ser main­te­nant, hors des consi­dé­ra­tions pes­si­mistes, idéo­lo­gique, ni­hi­listes, hors de ce monde en crise per­pé­tuelle et en al­ter­nance du cy­ber-spec­tacle de nos tristes so­cié­tés, contre la bo­toxi­sa­tion des cer­veaux, la mé­dio­cri­té du pou­voir, la pla­ni­fi­ca­tion du ré­seau- monde, l’en­sei­gne­ment de l’igno­rance, la do­mi­na­tion des slow­ma­fias, contre l’alié­na­tion et la co­lo­ni­sa­tion to­tale de la mar­chan­dise-monde et contre le nou­veau to­ta­li­ta­risme du ca­pi­ta­lisme fi­nan­cier.

Une vie joyeuse, im­mé­diate, au­to­nome, libre et dé­si­rante est né­ces­saire et fon­da­men­tal pour la sur­vie des mul­ti­tudes, de la com­mu­nau­té hu­maine. Nous pou­vons chan­ger nos vie mais com­men­çons avec une conver­sion. Avec bien sûr un mou­ve­ment col­lec­tif, avec une autre ma­nière de voir et de vivre, avec le contre-pou­voir et la déso­béis­sance, avec la fin des hié­rar­chies, du com­man­de­ment, avec la trans­for­ma­tion des in­tel­li­gences (ar­ti­fi­cielle, au­to­ma­ti­sa­tion et vir­tuelle …) qui sont des ins­tru­ments de do­mi­na­tion et de pro­fit, des pro­jets de li­bé­ra­tion contre l’ex­ploi­ta­tion et le contrôle, les mar­chan­dises et le tra­vail, etc.

Au­jourd’hui, now, avec une ac­tion in­di­vi­duelle, nous pou­vons faire une pre­mière étape vers la li­ber­té joyeuse et une vie au­to­nome, car c’est pos­sible. Nous de­vons faire une ré­vo­lu­tion de la pen­sée, se consi­dé­rer comme une mul­ti­tude, et avoir une conver­sion cog­ni­tive, phi­lo­so­phique. D’ores et dé­jà voir chez nous les choses que nous pou­vons mo­di­fier, dé­pas­ser. Al­ler au- de­là de notre «moi» et évi­ter de se prendre trop au sé­rieux.

Le club, c’est la com­mu­nau­té en ligne des lec­teurs de sept.in­fo, une sorte de place du vil­lage où cha­cun peut pré­sen­ter ses idées, les par­ta­ger, en dé­battre. C’est gra­tuit et ou­vert à tous. Bien­ve­nue sur www.sept.club.

Il faut voir l’autre comme une ri­chesse, chan­ger notre ma­nière de voir le monde avec une vi­sion ana­lo­gique et dans la com­plexi­té, sans perdre l’as­pect cri­tique, le re­tour­ne­ment de nos ha­bi­tudes et de nos ca­rac­tères. Prendre le temps pour soi et les autres, et re­trou­ver les temps des sai­sons, avec un nou­veau lan­gage, et une nou­velle ma­nière de voir les choses. Dire que la vie est unique et éton­nante, lire les clas­siques (grecs, la­tins, hu­ma­nistes et autres, les pen­sées d’ailleurs, voire les spi­ri­tua­li­tés et mé­ta­pha­siques) pour re­prendre la gé­néa­lo­gie de la pen­sée an­tique, où tout ou presque a été dit sur la na­ture hu­maine. Puis les contem­po­rains: la lec­ture, la mu­sique, re­voir nos ha­bi­tudes af­fec­tives, éloi­gner les pul­sions de mort car nous sommes là pour vivre, et «non pour mou­rir ». Renverser la vi­sion pes­si­miste de notre exis­tence.

La vie doit être la construc­tion de la joie et de la li­ber­té avec l’autre. La joie est le mi­roir de la tris­tesse, qui re­pré­sente sym­bo­li­que­ment une pul­sion de mort. La tris­tesse est comme la dé­pres­sion, il y a une ab­sence de vo­lon­té, de dé­sir. Nous les su­bis­sons. La vo­lon­té et le dé­sir de joie sont des at­ti­tudes as­su­mées, construites avec un tra­vail sur soi. La joie est une lu­ci­di­té choi­sie par la mul­ti­tude, par nous, et est «sym­bo­li­que­ment» une pul­sion de vie. Spi­no­za di­rait que la vo­lon­té de joie est «un mode ac­tif de l’ac­tion de vivre», car la vie est un ins­tinct en mou­ve­ment pour al­ler vers l’ins­tinct sui­vant, vers un in­co­gni­to. L’ins­tinct est une chaîne des ca­sua­li­tés. La tris­tesse et/ou la dé­pres­sion est «une mode pas­sive de su­bir l’exis­tence » qu’ac­cepte mal l’im­pré­vi­sible et la ca­sua­li­té de la vie. Pour moi, qui n’aime pas ce monde qui dé­truit plus que ce qu’il ne crée, par force ma­jeure, je m’étonne d’être sou­vent un pes­si­miste joyeux.

Na­ta Ram­paz­zo.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.