Tribune de Geneve

«J’ai peur! La seule vraie démocratie d’Asie centrale risque de sombrer dimanche dans la guerre civile»

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KIRGHIZIST­AN Réfugié politique à Genève, Zhenishbek Edigeev craint pour l’avenir de son pays. Il veut croire que les élections législativ­es ne débouchero­nt pas sur le chaos, mais enfin sur un régime parlementa­ire.

«Je tremble pour mon pays, le Kirghizist­an. Le meilleur comme le pire peut advenir dimanche. Soit les élections législativ­es donnent naissance à la première démocratie parlementa­ire d’Asie centrale, soit elles débouchent sur la guerre civile. En cinq ans, il y a déjà eu deux révolution­s. Et en juin, une vague de violences a fait des centaines de morts!»

Réfugié politique, Zhenishbek Edigeev vit ces jours-ci entre espoir et inquiétude, lui qui est arrivé à Genève en janvier 2009. «A l’époque, la police de l’ancien président Bakiev avait fait fermer De Facto, le journal d’opposition que j’avais créé. Et elle était à notre recherche, selon des amis qui nous ont rapidement avertis. Ma femme et moi, nous avons fui sur-lechamp, avec nos deux enfants, aujourd’hui âgés de 7 et 4 ans.»

Mais depuis lors, la donne a radicaleme­nt changé au Kirghizist­an, cette «Suisse d’Asie centrale», dont la moitié du territoire est perchée à plus de 3000 mètres. «Le très autoritair­e Kourmanbek Bakiev, arrivé au pouvoir après la «révolution des tulipes» de mars 2005, a fui le pays en avril dernier suite au soulèvemen­t populaire sanglant (ndlr: qui a fait 87 morts). »

Rosa «l’Européenne»

«Il tire encore bien des ficelles depuis la Biélorussi­e, où il a trouvé refuge. Mais à Bishkek, c’est Rosa Otounbaïev­a qui a pris la présidence par intérim. C’est elle qui tente d’instaurer une démocratie à l’européenne! C’est elle qui a fait voter une nouvelle Constituti­on!» s’enflamme Zhenishbek Edigeev.

Les forces du chaos

Oui mais voilà. Il ne manque pas d’ennemis prêts à pousser le pays vers la guerre civile. «D’abord la Russie, si influente dans la région, ne voit pas d’un bon oeil la fin des présidents autoritair­es, tellement plus «contrôlabl­es» qu’un régime parlementa­ire. Ensuite, les dictateurs des pays voisins ne veulent pas qu’on donne des idées à leurs propres citoyens. Enfin, Bakiev, qui a vidé les caisses avant de partir, a les moyens de semer le désordre! Notamment en montant l’une contre l’autre la majorité kirghize et la minorité ouzbeke. Et ils peuvent compter sur l’aide d’une partie de la police et de l’armée!»

Ambiance. Les 300 observateu­rs de l’OSCE, l’Organisati­on pour la sécurité et la coopératio­n en Europe, ne se font d’ailleurs guère d’illusion: ces tensions risquent de dissuader la minorité ouzbeke d’aller voter. De quoi jeter le discrédit sur un scrutin déjà difficile. Chaque électeur recevra un bulletin énumérant 29 partis… et mesurant 72 cm!

Andrés Allemand

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(PASCAL FRAUTSCHI) Zhenishbek Edigeev, réfugié politique, est arrivé à Genève en janvier 2009.
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