Dans les bois, deux fours ro­mains vieux de 2200 ans

Deux fours à tuiles da­tant de 200 ans avant J.-C. dé­voilent leurs se­crets à Chan­cy

Tribune de Geneve - - 14 GENÈVE - Ca­ro­line Zum­bach

Il y a plus de deux mille ans, les ac­tuels Bois de Chan­cy grouillaient de vie. Ha­bi­tants, ar­ti­sans et tra­vailleurs se cô­toyaient au­tour de ce qui res­semble à une vé­ri­table fa­brique de tuiles et de briques. In­gé­nieu­se­ment ins­tal­lée dans une zone riche en ar­gile (ma­tière pre­mière né­ces­saire à l’éla­bo­ra­tion de briques), la struc­ture conte­nait deux fours. Elle était des­ti­née à l’ap­pro­vi­sion­ne­ment des ha­bi­ta­tions voi­sines et du cas­trum qui se trou­vait à proxi­mi­té. Ce site ro­main for­ti­fié, oc­cu­pé par des sol­dats, avait pour vo­ca­tion de sur­veiller la fron­tière dé­fi­nie par le Rhône.

S’il est au­jourd’hui pos­sible de s’ima­gi­ner la vie des loin­tains Chan­cy­nois, c’est grâce au tra­vail d’Anne de Weck et de Gas­ton Zol­ler. Ces deux ar­chéo­logues du Ser­vice can­to­nal d’ar­chéo­lo­gie s’at­tellent de­puis deux ans à net­toyer le site, à le des­si­ner et à pro­cé­der à des pré­lè­ve­ments au mi­lieu d’une fo­rêt de chênes.

«Une sur­prise de taille»

Sur place, dif­fi­cile de com­prendre au pre­mier abord à quoi ser­vaient ces tas de tuiles. «Il s’agit des restes de fours ro­mains qui ont dû fonc­tion­ner entre 200 ans av. J.-C. et le VIIe siècle après J.-C., pré­cise Anne de Weck. Nous connais­sions dé­jà l’exis­tence du pre­mier four, qui avait été par­tiel­le­ment mis au jour en 1919, mais la dé­cou­verte du deuxième est une sur­prise de taille.»

Rou­vert en 2009, en rai­son de l’im­mi­nence d’une im­por­tante coupe d’arbres, le site, si­tué dans le Bois de Far­gout, ne cesse de­puis de fas­ci­ner les pro­fes­sion­nels. «C’est très émou­vant. D’abord parce que nous sommes les pre­miers de­puis deux mille ans à voir une par­tie de ces ruines, s’en­thou­siasme Anne de Weck. En­suite, parce que notre dé­cou­verte re­met en ques­tion tout ce que nous pensions connaître jus­qu’à pré­sent sur ce type de struc­ture. Nous n’au­rions ja­mais ima­gi­né qu’un site comme ce­lui-ci ait pu être uti­li­sé de ma­nière conti­nue pen­dant huit siècles.»

Les re­cherches ré­centes ont éga­le­ment per­mis aux deux scien­ti­fiques de mettre en évi­dence l’uti­li­sa­tion du lieu au Moyen Âge. «Une nou­velle toi­ture a été construite à cette époque, in­dique la jeune femme. Mais les lieux n’étaient plus ex­ploi­tés en tant que four. Il s’agis­sait peut-être d’un en­tre­pôt qui ser­vait à des fins agri­coles, mais ce ne sont que des hy­po­thèses.»

Bien­tôt re­bou­chées

Pour l’ins­tant, les fouilles conti­nuent sur le site et aux alen­tours. Im­pos­sible de dire quand elles se ter­mi­ne­ront. Les mys­tères des pro­fon­deurs le di­ront. Une fois le tra- vail ache­vé, toutes les ruines se­ront re­cou­vertes de terre. «Nous ne pou­vons pas les lais­ser à l’air libre en rai­son de l’hu­mi­di­té et des risques de gel», pré­cise l’ar­chéo­logue Gas­ton Zol­ler. Les pro­té­ger avec des vitres n’est pas non plus en­vi­sa­geable en rai­son du coût.

Le site se­ra trans­for­mé en une clai­rière. Des pan­neaux illus­trés ex­pli­que­ront aux cu­rieux ce qu’ils ont sous les pieds. L’ima­gi­na­tion de­vra faire le reste.

OLI­VIER VOGELSANG

L’ar­chéo­logue Anne de Weck dans ce qui était la chambre de chauffe du four.

PA­TRICK TONDEUX

G., le chef de la bande (à droite), a éco­pé de la peine la plus lourde, soit quatre ans et neuf mois.

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