Tribune de Geneve

Une princesse russe vient se cacher à Cologny

- Benjamin Chaix

quitté la Russie. Cobourg est la ville natale d’Anna Feodorovna, qui s’appelait Julie de Saxe-Cobourg avant son mariage avec le grand-duc Constantin, frère du futur tsar Alexandre I. Impossible pour cette princesse de rester à la cour de son frère le prince régnant de Saxe-Cobourg-Saalfeld, alors qu’elle attend un enfant adultérin.

«L’épouse du grand-duc Constantin a loué une jolie campagne sur les bords de notre lac » , écrit, le 23 août 1808, le conseiller Galiffe à son fils à Saint-Pétersbour­g. C’est dire que la présence de la princesse russe à Cologny n’est pas un secret pour tout le monde. «Elle ne voit personne et a l’air fort triste», ajoute-t-il.

Pour expliquer cette retraite, son entourage fait courir le bruit qu’avant d’envisager la moindre mondanité, la dame a voulu consulter la cour de Russie pour savoir quel protocole observer, et que la réponse tarde à arriver…

Ce premier séjour à Genève se termine pour Anna Feodorovna par la naissance de son fils, qui survient en octobre 1808, non pas à Cologny, mais à Kaiserstuh­l, en Argovie. L’enfant a droit à un état civil de fantaisie, mais il aura pour tuteur un grand ami suisse de sa mère, le médecin bernois Rodolphe Schiferli, qui élève le garçon avec ses propres enfants.

Connu sous le nom d’Edouard Löwenfels, le fils de la grande-duchesse fera carrière dans l’administra­tion à Cobourg et sera anobli par le roi de Saxe en 1815, sur recommanda­tion de la famille de SaxeCobour­g. Il vivra jusqu’en 1892.

Sa mère restera toujours fidèle à la Suisse, où elle séjournera d’abord dans sa propriété d’Elfenau, près de Berne, puis à Genève, au Châtelet de la Boissière, avant de revenir à Elfenau, quelque temps avant sa mort, le 15 août 1860.

En 1837, désirant fuir Elfenau après la mort de son cher ami Schiferli – dont elle a eu une fille née en 1812 – Anna Feodorovna est venue, pour la seconde fois, habiter à Genève. On ne la trouve pas à Cologny cette fois-ci, mais à Chêne, où elle a acheté en 1838 la campagne du Châtelet de la Boissière.

Les étrangers n’ayant pas le droit à cette époque d’acquérir des biens immobilier­s à Genève, un dentiste genevois connu de la grande-duchesse lui a servi d’homme de paille.

Ce Pierre Vaucher n’est pas très bien vu de ses compatriot­es, comme en témoignent ces lignes du premier syndic JeanJacque­s Rigaud:

«La grande-duchesse voyait peu de monde à Genève, les gens qui l’entouraien­t exerçaient un grand empire sur elle et comme son homme de confiance dont elle avait fait un conseiller de cour, M. Vaucher, était un Genevois et peu considéré à Genève, il la compromett­ait en se servant de son nom comme bouclier dans les rapports qu’il avait avec une partie de la population.»

Pourtant, Vaucher et sa famille, car il est marié et père de plusieurs enfants, resteront dans les meilleurs termes avec Anna Feodorovna sa vie durant.

L’altesse contribuer­a à faire du dentiste un baron.

 ?? DR ?? Anna Feodorovna en 1848, au temps de son second séjour à Genève.
DR Anna Feodorovna en 1848, au temps de son second séjour à Genève.

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