Homme poé­sie de la Ro­man­die

Tribune de Geneve - - SIGNATURES - Gil­bert Sa­lem

On pen­sait ren­con­trer une es­pèce d’aca­dé­mi­ci e n bi g l e ux au front par­che­mi­né, on tombe sur un vi­sage de jou­ven­ceau au re­gard pé­tillant d’en­thou­siasme. An­to­nio Ro­dri­guez a 40 ans pas­sés, sa voix lui en confère vingt de moins. On en ou­blie­rait qu’il est doc­teur à la Sor­bonne, qu’il a en­sei­gné dans des au­di­to­riums uni­ver­si­taires pa­ri­siens, puis dans les fa­cul­tés des lettres de Ge­nève et de Neu­châ­tel et, de­puis cinq ans à Do­ri­gny, comme pro­fes­seur as­so­cié en lit­té­ra­ture fran­çaise. Son cur­sus se cha­marre d’autres titres res­pec­tables, il n’en a cure, il les énu­mère presque à re­gret, trop ju­bi­lant qu’il est d’avoir lan­cé, en au­tomne 2015, le pro­jet d’un pre­mier Prin­temps de la poé­sie dans toute la Suisse ro­mande – comme il s’en per­pé­tue dé­jà en France. Un ar­chi­pel de ma­ni­fes­ta­tions nom­breuses est d’ores et dé­jà pro­gram­mé, qui se dé­rou­le­ront du 13 au 26 mars pro­chain.

Le pro­fes­seur Ro­dri­guez, qui les a ini­tiées, en se­ra la prin­ci­pale che­ville ou­vrière de­puis son poste de l’UNIL, à la­quelle se sont as­so­ciées les uni­ver­si­tés de Neu­châ­tel et de Ge­nève. D’autres sui­vront, es­père-t-il. Dans son pre­mier com­mu­ni­qué, il ex­pli­ci­tait tout l’en­jeu de l’opé­ra­tion en ces termes: «De­puis plu­sieurs an­nées, il existe en Suisse ro­mande une grande quan­ti­té d’évé­ne­ments dé­diés à la poé­sie. L’idée est de les re­grou­per no­tam­ment au­tour de l’équi­noxe pour leur don­ner da­van­tage de vi­si­bi­li­té et ani­mer nos rues. Car la poé­sie ne souffre pas d’un manque de pro­duc­tion de qua­li­té ou d’une riche his­toire, mais da­van­tage d’une dif­fi­cul­té à ga­gner une vi­si­bi­li­té contem­po­raine dans les mé­dias et les li­brai­ries, à l’heure des best-sel­lers.»

Et de re­ve­nir avec une fer­veur re­dou­blée sur ses convic­tions. «La poé­sie, ça com­mence en nous dès l’en­fance, pour fa­ci­li­ter la mé­mo­ri­sa­tion sco­laire. Elle rythme les li­tur­gies de toutes les re­li­gions, elle se trouve dans la plu­part des hymnes pa­trio­tiques, elle est scan­dée par des mou­ve­ments ré­vo­lu­tion­naires. Elle est aus­si émi­nem­ment scien­ti­fique: les pre­miers ob­ser­va­teurs des phé­no­mènes na­tu­rels étaient des poètes.» On songe for­cé­ment au De na­tu­ra re­rum du phi­lo­sophe la­tin Lu­crèce, qui, un an avant notre ère, ré­écri­vait la cos­mo­go­nie du monde en vers hexa­mètres. Voire à un Ein­stein, qui son­dait les mys­tères de l’Uni­vers en jouant du vio­lon… Bref, se­lon An­to­nio

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