Ils vont a

Il y a un siècle, le clai­ron son­nait le ces­sez-le-feu dans les tran­chées. La fin de la der des ders. Ce qu’on

Tribune de Geneve - - SPORTS -

haupt où l’of­fen­sive pour re­prendre l’Al­sace tourne au fias­co. Ils at­tendent par­fois des jours sur les champs de ba­taille. Sui­vra la re­traite sous le so­leil. Marche, contre­marche. La re­traite sur la Somme, 200 bles­sés le même jour au pe­tit vil­lage d’Har­bon­nières. Puis les com­bats qui suivent la ba­taille de la Marne. L’équipe de Xa­vier se re­trouve avec 143 ca­davres à en­ter­rer le 1er sep­tembre.

Qui étaient-ils, ces hommes, qui au­raient pu res­ter dans une Suisse épar­gnée par la guerre, mais qui se sont lan­cés dans cet en­fer? Xa­vier et ses com­pa­gnons com­posent une troupe dif­fi­cile à ré­su­mer. Il y a évi­dem­ment les vo­lon­taires de l’an 14. Les vrais. Ceux qui, à l’an­nonce de la mo­bi­li­sa­tion, boudent leurs obli­ga­tions en Suisse – cer­tains se­ront ju­gés à leur re­tour, et au mi­ni­mum as­treints à rat­tra­per leur école de re­crues, après quatre ans de tran­chées — ou alors se mettent en règle avant de cou­rir si­gner à Pa­ris, An­ne­cy ou Al­ger. Ceux-là com­posent une pe­tite moi­tié des ef­fec­tifs. Il y a aus­si les an­ciens. Les ba­rou­deurs des épo­pées co­lo­niales dont le par­cours se lit sur les ta­touages ra­me­nés d’Afrique, du Ton­kin ou de leur pai­sible re­traite. C’est le dixième des en­ga­gés. On parle dans tous les cas de bons Suisses. Des Bour­quin, Cu­sin, Meyer ou autres. Et puis il y a les autres, une foule plus dif­fi­cile à des­si­ner. Un gros tiers des rangs. Ils viennent de la 5e Suisse (le fils du consul fé­dé­ral à Mar­seille par exemple), des ré­gions fron­ta­lières ou grandes villes. Eux sont is­sus de mi­lieux bi­na­tio­naux, de fa­milles qui vivent de l’hor­lo­ge­rie, des usines ou des pâ­tures, et qui vivent d’un cô­té ou l’autre de la fron­tière au gré de l’em­bauche.

Une ar­mée de bleus

Étaient-ils tous vo­lon­taires? Plus ou moins. Les Suisses de la co­lo­nie de Pa­ris ou d’ici, de grands fran­co­philes, ont dé­li­bé­ré­ment choi­si de se lan­cer dans une four­naise qui se pres­sen­tait de­puis des an­nées. À par­tir de 1910, la ru­meur d’un conflit, une ré­plique à la dé­faite de 1870, se ré­pand dans les conver­sa­tions. Pour les autres, ces bi­na­tio­naux, nés en Suisse ou en France, la conven­tion pas­sée entre Pa­ris et Berne en 1879 lais­sait aux jeunes hommes la li­ber­té de choi­sir un pays ou l’autre d’ici leur 22e an­née. C’est jus­te­ment l’âge moyen de nos en­ga­gés, ce qui laisse pen­ser que nombre d’entre eux ont uti­li­sé ce texte, en op­tant tou­te­fois pour le front le moins tran­quille. Res­tait si­non la na­tu­ra­li­sa­tion. Se faire Suisse pour pas­ser entre les gouttes. C’était alors un jeu d’en­fant. Il suf­fi­sait de deux ans de vie dans un can­ton pour en ob­te­nir le droit de ci­té.

Dans la longue liste que nous avons com­pi­lée, il y a aus­si une autre ca­té­go­rie. Celle des hommes ayant dé­jà fait leur ser­vice en France et qui ont été rap­pe­lés en août 1914. C’est un quart des cas, 31 ans en moyenne. Au­raient-ils pu se dé­bi­ner? Res­ter plan­qué en Suisse? Oui. Des dé­ser­teurs, il y en a eu, mais très peu. Et ils re­grettent sou­vent, au point de re­ga­gner la ca­serne du­rant les pre­miers mois de la guerre.

Dif­fi­cile de sa­voir ce qui s’est pas­sé dans la tête de Xa­vier, Ar­mand et beau­coup d’autres. Un point com­mun ce­pen­dant, l’es­sen­tiel d’entre eux ont sui­vi leur classe. Si l’es­sen­tiel des hommes viennent des pe­tites pro­fes­sions com­mer­ciales ou ma­nuelles, le Ge­ne­vois, lui, com­men­çait une brillante car­rière d’ar­chi­tecte. Lau­réat de l’école des Beaux-Arts, il avait des­si­né un pro­jet de théâtre en plein air en 1907, ain­si que les plans du nou­veau ly­cée de Ne­vers. La mort du sous-lieu­te­nant au­ra rai­son du pro­jet.

Dans les tran­chéesNous sommes en 1916, dans la Somme, où une of­fen­sive an­glo-fran­çaise tourne au fias­co, en­core un.Les lé­gion­naires, dont des cen­taines de Suisses, ne sont plus alors les frais vo­lon­taires de 14, mais des com­bat­tants aguer­ris.GET­TY IMAGES

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