Un Suisse de Bâle

Tribune de Geneve - - SPORTS -

«n’ayant pas ré­pon­du au mot d’ordre», jus­ti­fie la fiche de dé­cès du Suisse. Pro­blème de langue? Bé­vue? Vic­time de la ner­vo­si­té am­biante? Al­lez sa­voir ce qui s’est réel­le­ment pas­sé. Peintre en bâ­ti­ment, pla­cé sous tu­telle, ce gars de 21 ans n’a au­jourd’hui au­cune sé­pul­ture connue. Plu­tôt qu’un mo­nu­ment ven­geur, il n’a qu’une fiche de «non mort pour la France». Ils ont pré­fé­ré par­tir avec les co­pains. Par af­fi­ni­té sans doute plus que par pa­trio­tisme.

La ma­chine à éclo­pés

Sur place, cer­tains vo­lon­taires sont ra­vis de se re­trou­ver dans la pres­ti­gieuse Lé­gion étran­gère. D’autres de­mandent à être ver­sés dans des ré­gi­ments fran­çais or­di­naires pour ne pas se re­trou­ver aux cô­tés de ces ba­rou­deurs des co­lo­nies, à la fois hé­ros et gi­biers de tri­bu­naux. Les pre­miers mois de 1914 s’en­chaînent. Xa­vier Su­chet ap­prend fin sep­tembre que son frère Ar­mand, qui vi­vait rue des Mi­no­te­ries, à Plain­pa- et avait été ver­sé dans l’in­fan­te­rie co­lo­niale, est dé­cla­ré mort. Per­sonne ne l’a re­trou­vé, sans doute fau­ché dans la pa­gaille des com­bats des Vosges. Xa­vier, lui, conti­nue. Le 12 no­vembre, un as­saut gé­né­ral est don­né dans la ré­gion de Vin­gré. Les am­bu­lances du Vau­dois voient en une seule jour­née des cen­taines de ca­davres et plus de 1200 bles­sés. Des ventres ou­verts. Des hommes en sang. Des cris. L’hor­reur. Il fête ses 22 ans dix jours plus tard.

Dé­but 1915, la guerre des tran­chées s’ins­talle. Une forme de rou­tine. Pour le jeune Su­chet, la rou­tine a pour cadre un vil­lage près de Sois­son. Il y re­vien­dra trois ans plus tard. On en­tre­tient le ma­té­riel, on s’en­traîne, on vac­cine les hommes, on ré­cu­père par grappes les éclo­pés et on pro­pose à la Lé­gion d’hon­neur les mou­rants ra­me­nés des tran­chées. L’in­fir­mier vau­dois voit une mé­de­cine de guerre qui se per­fec­tionne. Des pre­mières hé­ca­tombes de l’été 14 à la re­prise de la guerre de mou­ve­ment en 1918, le vé­né­rable Ser­vice de san­té se trans­forme en ma­chine à ré­cu­pé­rer ceux qui sont ré­cu­pé­rables: très vite les bel­li­gé­rants se rendent compte que la vic­toire ap­par­tient à ce­lui qui tien­dra le plus long­temps. L’éva­cua­tion de­vient plus ra­lais, pide. Les am­bu­lances se rap­prochent des pre­mières lignes. Un risque en plus. Une des am­bu­lances du corps de Xa­vier, ré­vèle le jour­nal de marche de l’uni­té, se­ra en­tiè­re­ment souf­flée par l’ex­plo­sion d’un ca­mion d’obus quelques mois plus tard. Mais le sys­tème marche. En 1916, seuls 16% des dé­cès en­re­gis­trés dans les rangs suisses sont des bles­sés éva­cués, c’est trois fois moins qu’en 1915. La las­si­tude face à ce qui de­vait être une guerre courte fi­nit tou­te­fois par avoir rai­son des vo­lon­taires suisses.

Suite en pages 28-29

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