Une éco­no­mie in­no­vante ins­pi­rée de la na­ture

Tribune de Geneve - - COURRIER - MÉTÉO - An­to­nin Cal­de­ron Pôle de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire, APRÈS-GE

Est-il pos­sible de conci­lier ef­fi­ca­ci­té éco­lo­gique et ef­fi­cience éco­no­mique? Et comment pas­ser d’une éco­no­mie li­néaire (pro­duc­tion, consom­ma­tion, éli­mi­na­tion des dé­chets) à une éco­no­mie cir­cu­laire (éco­con­cep­tion, consom­ma­tion du­rable, al­lon­ge­ment de la du­rée d’usage et réuti­li­sa­tion des dé­chets en tant que res­sources)?

C’est pour ten­ter de ré­pondre à ces ques­tions que la Chambre ge­ne­voise de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire (APRÈS-GE) or­ga­nise ce lun­di une confé­rence sur les thé­ma­tiques en­core peu connues que sont l’éco­lo­gie in­dus­trielle et le bio­mi­mé­tisme. Il s’agit de pré­sen­ter leur contexte, les pers­pec­tives po­li­tiques à Ge­nève et des exemples ins­pi­rants ti­rés de la ré­gion et d’ailleurs.

L’éco­lo­gie in­dus­trielle consiste à ana­ly­ser les flux d’éner­gie et de ma­tière à une échelle suf­fi­sam­ment im­por­tante pour per­mettre de faire coïn­ci­der les re­jets de cer­taines ac­ti­vi­tés avec des be­soins en ma­tières pre­mières. À Ge­nève, c’est es­sen­tiel­le­ment le sec­teur ter­tiaire qui est concer­né: mu­tua­li­sa­tion d’in­fra­struc­tures, d’équi­pe­ments, de res­sources et de ser­vices. En outre, nombre d’en­tre­prises de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire (ESS) sont des pion­nières au re­gard de ces dy­na­miques no­va­trices, comme la col­la­bo­ra­tion entre Ge­mi­noh et l’Apai­sée (uti­li­sa­tion des drêches du bras­sage de bière comme sub­strat pour la pro­duc­tion de cham­pi­gnons), Ter­ra­bloc (fa­bri­ca­tion de briques avec la terre d’ex­ca­va­tion), Exodes ur­bains (mi­cro­ferme aqua­po­nique) ou Neo­no­mia (co­opé­ra­tive in­ter­pro­fes­sion­nelle d’en­tre­pre­neur-e-s sa­la­rié-e-s mu­tua­li­sant ré­seau, lo­cal et sup­port ad­mi­nis­tra­tif). En ré­su­mé: «Fai­sons de nos dé­chets des res­sources, et de ces pro­ces­sus des ac­ti­vi­tés éco­no­miques».

Le bio­mi­mé­tisme est un pro­ces­sus d’in­no­va­tion qui consi­dère la na­ture comme une ré­serve de con­nais­sances per­met­tant de dé­ve­lop­per des ac­ti­vi­tés éco­no­miques co­hé­rentes avec les ca­pa­ci­tés de charges en­vi­ron­ne­men­tales. Des exemples par­lants sont l’ins­pi­ra­tion de la struc­ture du char­don pour le vel­cro, de la peau du ge­cko ou du re­quin pour une adhé­rence maxi­male ou une meilleure pé­né­tra­tion sous l’eau, ou en­core la bio­lu­mi­nes­cence, soit une conver­sion d’éner­gie chi­mique en éner­gie lu­mi­neuse ins­pi­rée du fonc­tion­ne­ment de cham­pi­gnons.

At­ten­tion ce­pen­dant à ne pas tom­ber dans le fan­tasme sim­pliste qui vou­drait re­co­pier aveu­glé­ment la na­ture et ses mil­lions d’an­nées d’évo­lu­tion. Il se­rait fort re­gret­table de la voir se faire piller en tant que res­source de con­nais­sances, comme c’est dé­jà le cas en tant que res­source de ma­tière. C’est au contraire une belle op­por­tu­ni­té de faire évo­luer cette re­la­tion, d’au­tant plus que l’hu­ma­ni­té ne se sert en­core que de quelques pour-cent de la bio­di­ver­si­té vé­gé­tale re­cen­sée.

«Est-il pos­sible de conci­lier ef­fi­ca­ci­té éco­lo­gique et ef­fi­cience éco­no­mique?»

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