Trois mille élèves ont en­va­hi les rues

En­ca­drés par la po­lice, trois mille élèves ont en­va­hi les rues du cen­tre­ville pour fê­ter l’Es­ca­lade. Sans in­ci­dents graves

Tribune de Geneve - - La Une - Es­ca­lade Hier, des mil­liers d’élèves ont en­va­hi, sans heurts, le centre-ville pour faire la fête. Dé­cou­vrez aus­si chan­sons ou écrits liés à 1602 et notre quiz!

Dans les rues du centre-ville, ils étaient en­vi­ron trois mille à fê­ter l’Es­ca­lade ven­dre­di ma­tin, dans la bonne hu­meur. Rares étaient les col­lé­giens à ne pas être cou­verts de mousse à ra­ser. Au­cun dé­ra­page n’a été consta­té pour cette édi­tion du «pi­cou­let», or­ga­ni­sée par La Sou­pô, du nom des as­so­cia­tions de col­lé­giens en charge de cette ma­ni­fes­ta­tion. Le cor­tège était très en­ca­dré par les forces de po­lice, d’un bout à l’autre de la ma­ni­fes­ta­tion qui – nous sommes en Suisse – est ar­ri­vée au parc des Bas­tions quinze mi­nutes avant l’ho­raire pré­vu (11 h 30).

Les col­lé­giens ont choi­si des dé­gui­se­ments moins so­phis­ti­qués que ceux de la Mar­mite et sur­tout plus confor­tables. Quatre jeunes hommes se sont chan­gés en nonnes, quatre jeunes filles en su­per­wo­men. Le soleil chauffe la tête. La sève monte. Comme un faux goût de prin­temps. De nom­breux éco­liers ar­borent des gi­lets jaunes ou orange, en signe de solidarité avec les ly­céens ou les ma­ni­fes­tants fran­çais. Au point le plus sen­sible du cor­tège, les vi­trines des marques de luxe de la rue du Rhône n’ont su­bi au­cun dé­gât.

Plus amu­sés qu’ef­frayés

Sa­ge­ment ran­gés der­rière un im­po­sant four­gon de po­lice bleu sombre, les élèves du Col­lège et École de com­merce An­dré-Cha­vanne, dont les rangs étaient gros­sis par ceux du Col­lège Rous­seau, ont dé­bou­ché de la rue Hoff­mann vingt mi­nutes avant 10 h. Ils étaient alors 700. Cor­tège co­lo­ré, ryth­mé par la musique pro­duite par des vé­los-car­gos. Par­fois, un po­go anime la joyeuse troupe, pho­to­gra­phiée et fil­mée par des pas­sants plus amu­sés qu’ef­frayés.

Mas­sés à la rue An­toine-Car­te­ret, 500 autres col­lé­giens dé­gui­sés re­trouvent à 10 h la ma­ni­fes­ta­tion, au cri de «Sis­mon­di! Sis­mon­di!» Un quart d’heure plus tard, ap­proxi­ma­ti­ve­ment le même nombre d’éco­liers les re­joignent, ceux de Vol­taire. Par grappes, d’autres groupes se greffent. «Nous ve­nons de Rous­seau», in­diquent deux li­bel­lules. Ils sont dé­jà plus de deux mille à tra­ver­ser le pont du Mont-Blanc.

À la rue du Rhône, em­prun­tée à la hau­teur de Lon­ge­malle, des com­mer­çants sont in­quiets. Par­tout, vi­giles et em­ployés des marques de luxe, chez Ver­sace ou Guc­ci, scrutent des col­lé­giens en bas­kets Nike. Les bi­joux Bur­ma dé­cident d’abais­ser leur ri­deau de fer. Des danses du scalp sont im­pro­vi­sées de­vant les vi­trines de Pra­da. Rien de méchant. À la rue d’Ita­lie, des jeunes filles de l’École de culture gé­né­rale El­la-Maillart re­joignent le cor­tège qui grimpe le bou­le­vard Jaques-Dal­croze.

Tob­bo­gan en plas­tique

À proxi­mi­té, la plu­part des élèves du Col­lège Cal­vin ont dé­ci­dé de res­ter entre eux. «Je n’aime pas al­ler au cor­tège. Ici, nous nous amu­sons bien! J’ai pu grim­per sur une fausse vache. Et re­gar­dez cet énorme to­bog­gan en plas­tique sur­mon­té par deux gi­rafes! Et les autres col­lé­giens ne peuvent pas en­trer car ils n’ont pas de bra­ce­let.» La jeune col­lé­gienne est in­ter­rom­pue par le va­carme de mo­tos. Comme sur­gis de nulle part, cinq en­gins sou­te­nant cha­cun deux mo­tards noirs de la po­lice passent à proxi­mi­té du préau. «Alors, eux, ils sont bien dé­gui­sés!» ri­gole un col­lé­gien. Plus bas, au pas­sage Isaac-Ca­sau­bon, une ruelle ap­par­te­nant au site de l’école, cinq col­lé­giens éclusent une bou­teille d’al­cool fort sans re­mar­quer une plaque in­di­quant: «Vous en­trez dans une pro­prié­té pri­vée. Tout abus se­ra pu­ni».

La po­lice suit le cor­tège et chaque point sen­sible est sé­vè­re­ment gar­dé. À l’exemple du consu­lat de France, at­te­nant au parc des Bas­tions, point de chute du cor­tège. La faim les te­naillant, les col­lé­giens se dis­persent en­suite à par­tir de 13 h, par pe­tits groupes, cer­tains en pro­fi­tant pour faire leurs em­plettes de Noël.

Cette tra­di­tion du «pi­cou­let», qui re­monte à la moi­tié des an­nées 70, a vé­ri­ta­ble­ment dé­mar­ré en 1976. En dé­cembre de cette an­née, trois col­lèges don­naient le ton: Rous­seau, Vol­taire et Cla­pa­rède. Les col­lé­giens de ce der­nier établissement avaient alors re­joint à pied le centre-ville, blo­quant en par­tie la route de Ma­la­gnou. Ceux de Cla­pa­rède avaient alors «li­bé­ré» les col­lé­giens de Can­dolle (si­tué alors à la rue d’Ita­lie) et ceux de Cal­vin, dont on di­sait à l’époque qu’ils avaient en­core du lait der­rière les oreilles. Les classes avaient été ou­vertes, voire for­cées lorsque les maîtres avaient choi­si de s’en­fer­mer avec leurs élèves. En ville, des dé­gâts no­tam­ment com­mis sur des au­to­mo­biles de luxe sta­tion­nées avaient don­né lieu à des dé­pôts de plainte.

Ven­dre­di, après le pas­sage du cor­tège, la rue du Rhône a vite re­trou­vé son calme. De­vant l’Hô­tel Mé­tro­pole, une col­lé­gienne était éten­due, vic­time d’un lé­ger ma­laise. Chez Pra­da, deux em­ployés ont net­toyé les mi­nus­cules traces de mousse à ra­ser en­ta­chant les vi­trines. Et la bou­tique Bur­ma a re­mon­té sa grille de fer.

«La po­lice suit le cor­tège et chaque point sen­sible est sé­vè­re­ment gar­dé. À l’exemple du consu­lat de France»

FRANK MEN­THA

Le pont du Mont-Blanc, pas­sage tra­di­tion­nel d’un joyeux cor­tège dont le par­cours s’est ache­vé au parc des Bas­tions. Des élèves ont choi­si de bro­car­der le conseiller d’État Pierre Mau­det.

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