«AKK» suc­cède à An­ge­la Mer­kel

Pro­té­gée de la chan­ce­lière, An­ne­gret KrampKar­ren­bauer a été élue de jus­tesse contre le néo­li­bé­ral Frie­drich Merz

Tribune de Geneve - - Monde - Ch­ris­tophe Bour­doi­seau

Ja­mais les conser­va­teurs al­le­mands n’ont vé­cu au­tant de dé­mo­cra­tie in­terne. Au­tre­fois, les élec­tions n’étaient qu’une for­ma­li­té au Par­ti chré­tien-dé­mo­crate (CDU). Cette fois, trois can­di­dats étaient en lice pour rem­pla­cer An­ge­la Mer­kel. Du ja­mais vu!

La par­tie n’a pas été fa­cile, ven­dre­di, pour les pré­ten­dants au trône. En ef­fet, il a fal­lu deux tours pour que les dé­lé­gués dé­si­gnent An­ne­gret Kramp-Kar­ren­bauer comme pré­si­dente. «AKK» a ob­te­nu seule­ment 51,7% des voix contre 48,3% contre son prin­ci­pal ri­val, le néo­li­bé­ral Frie­drich Merz.

«AKK» a réus­si à convaincre les 1001 dé­lé­gués de choi­sir la voie de la sta­bi­li­té. Comme Mer­kel, elle a in­sis­té sur la né­ces­si­té de ne pas cé­der à la ten­ta­tion de mar­cher sur les plates-bandes de l’ex­trême droite (AfD), pré­sente à l’As­sem­blée fé­dé­rale et dans tous les par­le­ments ré­gio­naux. «Ayons le cou­rage… de ne pas re­gar­der sans cesse sur notre droite (…) Il ne suf­fit pas d’at­ta­quer les op­po­sants po­li­tiques. Il faut li­vrer du conte­nu. Ces­sons de dire qu’il faut faire ce­ci ou ce­la. Ayons le cou­rage d’agir», a-t-elle dé­cla­ré, ven­dre­di, dans un dis­cours qui a gal­va­ni­sé la grande salle du Pa­lais des Congrès de Ham­bourg.

En mère de fa­mille

Elle a sur­tout réus­si à convaincre les dé­lé­gués que c’était avec elle que la CDU ga­gne­rait les pro­chaines échéances élec­to­rales. Il était im­por­tant pour elle de rap­pe­ler que Frie­drich Merz n’avait ja­mais me­né de cam­pagnes élec­to­rales pour la CDU et qu’il avait quit­té la po­li­tique il y a dix ans. «Je suis ve­nue ici comme une mère de fa­mille de trois en­fants. J’ai été plu­sieurs fois mi­nistre, j’ai été mi­nistre-pré­si­dente et se­cré­taire gé­né­rale de la CDU», a-t-elle in­sis­té. Frie­drich Merz a été seule­ment deux ans pré­sident du groupe par­le­men­taire avant de se faire évin­cer en 2002 par An­ge­la Mer­kel.

«AKK» veut un par­ti qui conti­nue d’oc­cu­per le centre de l’échi­quier po­li­tique. Elle a ré­pé­té sa vo­lon­té de faire du so­cial, «d’ai­der les mères seules et les fa­milles mo­destes». Son ri­val, un mil­lion­naire de la fi­nance, avait pro­po­sé de faire un «agen­da pour tous ceux qui tra­vaillent as­si­dû­ment dans le pays».

«AKK» res­semble à Mer­kel dans le style. «Elle est mo­deste, comme la chan­ce­lière, qui fait ses courses chez le dis­coun­ter, fait de la soupe aux pommes de terre et part tou­jours en va­cances avec la même veste», ex­plique Mi­chael Brö­cker, ré­dac­teur en chef du quo­ti­dien «Rhei­nische Post». «J’ai com­pris qu’il n’était pas né­ces­saire de par­ler fort pour mon­trer sa force», a-t-elle ex­pli­qué dans une for­mule adres­sée à son concur­rent.

«Je se­rai moi-même»

Sou­vent sur­nom­mée «Mer­kel 2.0» dans la presse, elle a pré­ve­nu que sa pré­si­dence se­ra dif­fé­rente d’An­ge­la Mer­kel. «J’ai lu aus­si que j’étais une «mi­ni» ou «co­pie» [de Mer­kel]. Mais je se­rai moi-même», a-t-elle pré­ve­nu. Certes, elle dé­fend le choix de Mer­kel d’avoir ou­vert les fron­tières en 2015 à près d’un mil­lion de ré­fu­giés. Elle a d’ailleurs re­pris ré­gu­liè­re­ment la for­mule tant dé­criée de la chan­ce­lière: «Wir schaf­fen das» (Nous y ar­ri­ve­rons).

Mais elle est beau­coup plus conser­va­trice que la chan­ce­lière. Contrai­re­ment à Mer­kel, elle est op­po­sée au mariage pour tous, à l’avor­te­ment ou à la double na­tio­na­li­té pour les Turcs. Elle ne voit au­cun in­con­vé­nient à ex­pul­ser des ré­fu­giés sy­riens dé­lin­quants en zone de guerre, ce qui fait dire à cer­tains qu’elle se­ra elle aus­si conta­mi­né par le po­pu­lisme. «Elle parle comme Mer­kel, mais elle agit comme Horst See­ho­fer [mi­nistre de l’In­té­rieur ul­tra­con­ser­va­teur ba­va­rois]», ré­sume Kris­ti­na Dunz, co­au­teure d’une bio­gra­phie d’«AKK».

Les conser­va­teurs ont donc pris le risque de la conti­nui­té pour re­con­qué­rir leur élec­to­rat. «AKK» sau­ra-t-elle faire re­pas­ser la CDU au-des­sus de la barre des 30%, en ré­cu­pé­rant no­tam­ment les élec­teurs per­dus à l’AFD, comme elle a réus­si à le faire en Sarre en 2017 en ob­te­nant plus 40% des voix en pleine crise mi­gra­toire? Le can­di­dat Merz ne le croit pas.

L’ave­nir du par­ti est tou­jours me­na­cé par les dé­faites élec­to­rales et l’éro­sion des adhé­sions. «Nous avons un pro­blème dé­mo­gra­phique. Seule­ment 6% de nos membres ont moins de 30 ans», re­marque Hen­ning Otte, res­pon­sable des adhé­sions à la CDU.

Les der­niers conser­va­teurs

«Quand on voit la si­tua­tion ac­tuelle du Par­ti so­cial-dé­mo­crate (SPD), qui ne fait plus par­tie des grands par­tis po­pu­laires en Eu­rope, nous avons conscience du dé­fi qui nous at­tend. Nous ne vou­lons pas su­bir le même sort que le SPD», ajoute Wolf­gang Rein­hard, un dé­lé­gué du Bade-Wur­tem­berg.

L’ob­jec­tif d’»AKK» est de re­don­ner ses lettres de no­blesse à la CDU: «En Eu­rope, nous sommes la der­nière grande force po­li­tique conser­va­trice. Je veux qu’elle le reste!» a conclu celle qui pour­rait être la pro­chaine chan­ce­lière dans trois ans.

REU­TERS

Sous le re­gard ému d’An­ge­la Mer­kel, An­ne­gret Kramp-Kar­ren­bauer sa­lue les congres­sistes qui l’ont élue à la tête de la CDU.

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