Trump force les marques à pro­duire aux États-Unis

Face aux me­naces de sur­taxe, les construc­teurs eu­ro­péens vont as­sem­bler de plus en plus de voi­tures sur le sol amé­ri­cain

Tribune de Geneve - - Économie - Oli­vier Wur­lod

Le 4 dé­cembre, Do­nald Trump re­ce­vait briè­ve­ment les pa­trons des trois plus grands construc­teurs au­to­mo­biles al­le­mands (BMW, Volks­wa­gen, Daim­ler). L’ob­jet de cette ren­contre était simple. L’ac­tuel lo­ca­taire de la Mai­son-Blanche vou­lait re­mettre un peu de pres­sion sur les trois marques. Il leur a rap­pe­lé les risques que ces der­nières pour­raient en­cou­rir si elles n’aug­men­taient pas si­gni­fi­ca­ti­ve­ment leur ap­pa­reil de pro­duc­tion aux États-Unis.

Le risque d’être un jour pénalisé par des taxes doua­nières en hausse de 25% semble avoir convain­cu les trois fabricants al­le­mands de pro­cé­der à quelques in­ves­tis­se­ments sur le sol amé­ri­cain. En quelques jours, les annonces se sont en ef­fet mul­ti­pliées dans ce sens-là. À peine sor­ti des murs de la de­meure pré­si­den­tielle, le pré­sident du di­rec­toire de Volks­wa­gen (VW), Her­bert Diess, dé­cla­rait ré­flé­chir à la construc­tion d’une se­conde usine d’as­sem­blage aux États-Unis, en com­plé­ment au site ac­tuel ba­sé au Ten­nes­see.

Le pa­tron confir­mait éga­le­ment que les dis­cus­sions en­ta­mées de­puis quelques mois avec son concur­rent amé­ri­cain, le construc­teur Ford, étaient sur la bonne voie. Dans un ave­nir proche, les deux géants de l’au­to­mo­bile en­vi­sagent de si­gner une al­liance rap­pe­lant celle mise en place par Re­nault et Nis­san. «Nous sommes dans un dia­logue et des né­go­cia­tions as­sez avan­cées avec Ford Cor­po­ra­tion pour bâ­tir une vraie al­liance au­to­mo­bile mon­diale», dé­cla­rait à Wa­shing­ton le pa­tron de VW.

Si les contours de ce rap­pro­che­ment res­tent en­core flous (une fu­sion ne se­rait en tout cas pas d’ac­tua­li­té), l’hy­po­thèse la plus ré­pan­due est de voir la marque al­le­mande uti­li­ser à son compte les ca­pa­ci­tés de pro­duc­tion du géant amé­ri­cain. À ce­la s’ajoutent des dis­cus­sions pour un dé­ve­lop­pe­ment com­mun de vé­hi­cules 100% élec­trique.

De l’Al­le­magne à l’Ita­lie

Contrai­re­ment à Daim­ler – groupe pro­prié­taire de Mer­cedes Benz, le seul à faire de la ré­sis­tance en es­ti­mant que les condi­tions ac­tuelles ne sont pas pro­pices à de nou­veaux in­ves­tis­se­ments sur le sol amé­ri­cain – BMW compte aus­si in­ves­tir mas­si­ve­ment dans son usine de Spar­tan­burg en Caroline du Sud. D’ici à 2021, le groupe al­le­mand dé­pen­se­ra 600 mil­lions de dol­lars pour y fa­bri­quer sa BMW X de fu­ture gé­né­ra­tion et y créer 1000 postes de tra­vail sup­plé­men­taires – ac­tuel­le­ment, quelque 9000 per­sonnes y fa­briquent des vé­hi­cules pour la marque al­le­mande.

À la fin de no­vembre, dans un tweet, Do­nald Trump lais­sait en­tendre que BMW se­rait prêt à pour­suivre sur cette voie en construi­sant aux États-Unis une toute nou­velle usine de mo­teurs. «Un pro­jet est à l’étude», s’est conten­té de ré­pondre le construc­teur, en pré­ci­sant qu’au­cune dé­ci­sion n’avait été prise pour le mo­ment.

Pres­sion sur Fiat-Ch­rys­ler

Cette pres­sion du pou­voir amé­ri­cain ne se fo­ca­lise pas uni­que­ment sur les marques al­le­mandes, comme l’illus­trent cer­taines in­for­ma­tions pa­rues jeu­di, dans la presse amé­ri­caine, sur le groupe Fiat-Ch­rys­ler. D’après le «Wall Street Journal» et le «De­troit News», pour as­sem­bler sa fu­ture Jeep Grand Che­ro­kee, le construc­teur pour­rait ou­vrir, d’ici à 2021, un tout nou­veau site de pro­duc­tion aux États-Unis.

Pour la branche amé­ri­caine de l’au­to­mo­bile, cette nou­velle est d’au­tant plus im­por­tante qu’elle concerne De­troit, leur ca­pi­tale his­to­rique. Après de nom­breuses an­nées de dé­clin, mar­quées par des sé­vères re­struc­tu­ra­tions, cette ou­ver­ture d’une usine d’as­sem­blage se­rait la pre­mière de­puis 27 ans pour la ville.

Cette an­nonce tombe sur­tout au bon mo­ment, puis­qu’elle at­té­nue lé­gè­re­ment le plan de re­struc­tu­ra­tion dras­tique an­non­cé à la fin de no­vembre par Ge­ne­ral Mo­tors (GM). Pour par­ve­nir à éco­no­mi­ser 6 mil­liards de dol­lars d’ici à deux ans, le construc­teur amé­ri­cain pré­voit en ef­fet la sup­pres­sion de 14 000 em­plois et la li­qui­da­tion de sept sites de pro­duc­tion à tra­vers le monde, dont quatre aux États-Unis. Or, deux des usines concer­nées sont ins­tal­lées à De­troit et à War­ren, dans l’État du Mi­chi­gan.

À no­ter que Trump ne me­nace pas uni­que­ment les construc­teurs étran­gers. La dé­ci­sion prise par GM n’a pas vrai­ment en­chan­té le pré­sident. «Vous fe­riez mieux de re­ve­nir très vite», a-t-il dé­cla­ré à Mary Bar­ra, l’ac­tuelle pa­tronne du géant amé­ri­cain.

Dans un tweet, il a ex­pli­qué qu’en ce qui concerne Ge­ne­ral Mo­tors, son ad­mi­nis­tra­tion était en train «d’exa­mi­ner les moyens de lui sup­pri­mer toutes les sub­ven­tions, y com­pris pour des voi­tures élec­triques».

KEYSTONE/ERIK SCHELZIG

Des ou­vriers dans l’usine Volks­wa­gen de Chat­ta­noo­ga (Ten­nes­see).

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