Notre his­toire

Chan­sons, pièces de théâtre et ro­mans parlent de la nuit du 11 au 12

Tribune de Geneve - - Geneve Week-end - Ben­ja­min Chaix @Ben­ja­min26C­haix

Es­ca­lade: des livres et un quiz.

«De 1602 à nos jours, let­trés et gens simples, poètes ha­biles, poètes mé­diocres ont cé­lé­bré à l’en­vi la «Mer­veilleuse dé­li­vrance» et en ont don­né un écho dans leurs pro­duc­tions élé­gantes ou mal­adroites.» On ne peut pas mieux dire! Fran­çois Ru­chon (1897-1953) a étu­dié à fond cette lit­té­ra­ture de l’Es­ca­lade. Il lui a consa­cré en 1952 un cha­pitre de l’ou­vrage pa­ru chez Alexandre Jullien à l’oc­ca­sion du 350e an­ni­ver­saire de l’évé­ne­ment: «L’Es­ca­lade de Ge­nève. His­toire et tra­di­tion».

«Poètes mé­diocres», «pro­duc­tions mal­adroites», le pro­fes­seur Ru­chon n’idéa­lise pas la prose et la poé­sie ins­pi­rées par la fa­meuse nuit de dé­cembre. Très peu de ro­mans, quelques pièces de théâtre, mais sur­tout des chan­sons consti­tuent cette lit­té­ra­ture de cir­cons­tance. Les plus an­ciennes ont été écrites im­mé­dia­te­ment après l’évé­ne­ment. Tel n’est pas le cas du cé­lèbre «Cé qu’è lai­nô», chant ano­nyme qui da­te­rait, se­lon Ru­chon, de plu­sieurs an­nées après l’Es­ca­lade.

In­ter­dic­tion de bro­car­der le duc

Dès la si­gna­ture à Saint-Ju­lien du trai­té de paix entre Ge­nève et la Sa­voie, le 21 juillet 1603, il est for­mel­le­ment in­ter­dit de bro­car­der ou­ver­te­ment le duc Charles-Em­ma­nuel et de fan­fa­ron­ner comme il était d’usage pen­dant l’an­née écou­lée. On conti­nue­ra sous le manteau, sans flé­chir, no­tam­ment à la fin du XVIIIe siècle, où le rap­pel des hauts faits de l’Es­ca­lade ré­chauffe la lutte du peuple pour ses droits dé­mo­cra­tiques. Re­be­lotte sous l’oc­cu­pa­tion fran­çaise, où le sou­ve­nir de la li­ber­té per­due pèse à cer­tains.

Les plumes d’un cer­tain re­nom qui se sont consa­crées à ce su­jet au XVIIe siècle sont celles d’Agrip­pa d’Au­bi­gné et de Sa­muel Chap­pu­zeau. En 1662, cet écri­vain fran­çais cal­vi­niste écrit en vers une co­mé­die in­ti­tu­lée «Ge­nève dé­li­vrée», qui, se­lon Ru­chon, «mé­rite mieux que le pro­fond ou­bli où elle est tombée». Siècle après siècle, les an­ni­ver­saires de l’Es­ca­lade voient fleu­rir drames ou co­mé­dies. Der­nier titre d’une cer­taine im­por­tance: «Sur les ailes du temps», un spec­tacle écrit pour la Com- pa­gnie de 1602, qui l’a joué aux Bas­tions pen­dant l’été 2002. Au cha­pitre des fic­tions his­to­riques, bien des adultes mû­ris­sants de 2018 ci­te­ront sans hé­si­ter «Par une nuit de dé­cembre», ro­man his­to­rique pour la jeu­nesse pa­ru en 1958 non pas à Ge­nève, mais aux Édi­tions de la Ba­con­nière, à Neu­châ­tel. Son au­teure est Per­nette Cha­pon­nière, lau­réate trois ans plus tôt du Prix in­ter­na­tio­nal Charles Veillon. «Par une nuit de dé­cembre» est une ro­mance bien trous­sée entre une jou­ven­celle ge­ne­voise et un gen­til­homme sa­voyard.

Plus tard, l’Es­ca­lade fait son en­trée dans l’uni­vers du ro­man po­li­cier grâce à Co­rinne Ja­quet et son «Mon­sieur Chose et la Mar­mite de l’Es­ca­lade: une en­quête au coeur de la fête ge­ne­voise», pa­ru aux Édi­tions Slat­kine en 2013.

Des plumes courent (voir ci-contre) et cour­ront en­core sur le su­jet, c’est cer­tain!

BIBLIOTHÈQUE DE GE­NÈVE

«L’alarme à Ge­nève», illustration du «Cé qu’è lai­nô», par Gus­tave Roux (1828-1885).

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