Laurent Voul­zy Il confesse la va­rié­té de ses fan­tasmes

Le chan­teur et com­po­si­teur par­mi les plus ca­pés de France offre son ré­per­toire aux voix de Tous en choeur. Ren­contre en sa­cris­tie, où il est ques­tion de tubes, de ten­nis et de châ­teaux forts

Tribune de Geneve - - Paroles Paroles - Fran­çois Bar­ras de re­tour de Saint-Claude (F)

Au-des­sus des mis­sels et des ca­lices, le pape Fran­çois guigne Laurent Voul­zy avec onc­tuo­si­té. Drôle d’en­droit pour une ren­contre. La sa­cris­tie boi­sée de la ca­thé­drale de SaintC­laude, dans le Ju­ra fran­çais, n’a pas dû voir pas­ser beau­coup de ve­dettes de la chan­son pop. Le chan­teur y a po­sé ses lu­nettes et ses gui­tares pour l’un de ses concerts in­times «en église», par­mi les gour­man­dises que s’offre dé­sor­mais le mu­si­cien mul­ti­pla­ti­né. Du­rant trois soirs à Mon­treux, son ré­per­toire re­pris «tous en choeur» par deux cents voix en se­ra une autre. À 69 ans, l’an­cien ti­mide re­çoit en re­tour les hom­mages dont il a nour­ri ses chan­sons, de­puis son pre­mier tube «Ro­ckol­lec­tion» à son ode à Kim Wilde, de Belle-Île-en-Mer à Ma­rieGa­lante, des syn­thé­ti­seurs rois des an­nées 1980 aux gui­tares bré­si­liennes de son der­nier disque. «Je vous pré­viens, je ne suis pas bon client pour ana­ly­ser ma musique.» Au pied du ta­ber­nacle, le ven­ti­la­teur à air chaud ron­ronne comme un gros chat de cu­ré.

Les églises, c’est votre truc?

Elles font par­tie de mes fan­tasmes mé­dié­vaux. J’aime pro­fon­dé­ment le Moyen Âge, les ca­thé­drales. Ça m’a pris quand j’avais 8 ans. J’avais mon châ­teau fort et mes pe­tits sol­dats. Plus tard, j’ai dé­vo­ré les sept vo­lumes d’his­toire de France de ma mère, une édi­tion de 1880 avec de belles do­rures à la Gus­tave Do­ré.

Le rock a-t-il pro­cé­dé de la même fas­ci­na­tion?

Oui, les gui­tar he­roes ont quelque chose de che­va­le­resque. Leurs te­nues brillantes, leurs che­veux, leur fa­çon d’em­poi­gner leur ins­tru­ment comme une arme, ça pou­vait avoir un ef­fet dingue pour un ga­min. Et les gui­tares sa­tu­rées, quels sons guer­riers! En plus, ils por­taient la pa­role, comme les hé­ros d’an­tan.

Vous avez pour­tant dé­bu­té comme bat­teur…

Ça n’a pas du­ré long­temps. J’avais vu un bé­bé jouer le twist à la té­lé. «Moi aus­si je peux faire ça!» (il frappe sur ses cuisses). J’ai dit à un ami d’ame­ner sa gui­tare acous­tique, je se­rai bat­teur, fa­cile. On a dû faire cinq ré­pé­ti­tions. Puis ma mère m’a payé un har­mo­ni­ca et j’ai re­joint un groupe d’har­mo­ni­cistes au ly­cée. En­fin, pour Noël, elle m’a of­fert une gui­tare. Une ré­vé­la­tion.

Au point de dor­mir avec votre ins­tru­ment, comme l’ado­les­cent Keith Ri­chards?

Fran­che­ment… Non, je l’ai pas fait mais je peux le com­prendre. Ma pre­mière gui­tare, j’en étais tel­le­ment fier que j’ai fait deux fois le tour de la ville en la por­tant os­ten­si­ble­ment sur l’épaule.

De­ve­nir mu­si­cien a-t-il chan­gé votre na­ture?

Ça m’a ai­dé à al­ler vers les autres, à sor­tir de moi­même. J’étais hy­per­ti­mide! Dans le bus, j’étais té­ta­ni­sé. Avec les filles, j’en parle même pas. En re­vanche, le suc­cès n’a pas al­té­ré mon en­vie de faire de la musique. J’ai tou­jours l’im­pres­sion d’avoir 18 ans quand je pars ré­pé­ter, comme à la sor­tie du ly­cée. Sauf que dé­sor­mais, le stu­dio de ré­pé­ti­tion est chez moi.

Votre re­la­tion ar­tis­tique et ami­cale avec Alain Sou­chon est un cas d’école. Pour­tant, vous avez plus joué que lui la carte de l’at­ti­tude pop…

Vous avez vu, j’adore les dé­gui­se­ments, les cos­tumes, les sapes un peu mar­rantes. Dé­jà à 18 ans, j’al­lais aux puces, je bri­co­lais des che­mises, j’es­sayais des mé­langes de styles. Sur scène, je me la joue un peu parce que j’ai une gui­tare en main. Elle in­duit une cer­taine at­ti­tude, mais ça s’ar­rête là en ce qui me concerne.

L’économie du Net a re­mis le for­mat du single au goût du jour. Ce­la vous ré­jouit-il?

Ça ne me dé­plaît pas. J’ai tou­jours eu le culte du single, et j’ado­rais sor­tir des 45 tours. Pour­quoi? (Sur le ton de la confi­dence.) Parce que j’avais le fan­tasme du tube! J’ai­mais al­ler à fond dans une chan­son, la sor­tir et qu’elle car­tonne.

Un tube, ça se re­nifle?

Oui. Je sens qu’une chan­son a quelque chose de ma­gique qui peut mar­cher. Je me suis aus­si trom­pé. «Sur­fin Jack», je pen­sais que ça mar­che­rait mieux. «Idéal sim­pli­fié», pa­reil. Et puis il y a eu la sé­rie: «Dé­sir dé­sir», «Mes nuits sans Kim Wilde», «Belle-Île-en-Mer, Ma­rie-Ga­lante», «My Song of You», «Le soleil donne»…

Vous dou­tiez-vous que «Belle-Île-en-Mer» se­rait un jour chan­té dans les écoles?

Ab­so­lu­ment pas. À l’époque, on était com­plè­te­ment bra­qués sur «Mes nuits sans Kim Wilde». «Belle-Île» était d’ailleurs la face B du 45 tours! Un ma­tin dans ma voi­ture, en re­ve­nant du ten­nis, j’écoute la ra­dio et je tombe des­sus. Ça m’a cueilli! «Kim Wilde» était dé­jà sor­ti de­puis six mois, j’avais d’autres pro­jets en tête et presque ou­blié «Belle-Île». Je suis al­lé voir ma mai­son de disques. Un pre­mier di­rec­teur m’a dit que la chan­son n’avait au­cune chance. Un autre a ac­cep­té de pres­ser un nou­veau 45 tours avec «Belle-Île» en face A et «Kim Wilde» en B.

Fou de mé­lo­die, l’art choral est-il pour vous la pa­na­cée har­mo­nique?

Chez moi, le ma­tin et le soir quand je suis seul, j’écoute des chorales. Des choeurs du Moyen Âge, plus pré­ci­sé­ment, XIIIe-XVe siècles. Je mets ça en fond, je bou­quine en même temps, ça me fait un bien fou. Donc oui, j’adore les chorales. Après, tout dé­pend de l’écri­ture. À Mon­treux, je re­trouve Ja­cky Locks, avec qui j’ai dé­jà tra­vaillé au fes­ti­val de Troyes. C’est émou­vant de voir tant de gens re­prendre mes chan­sons.

D’où vient l’ins­pi­ra­tion?

Au­cune idée. Je sais juste qu’il vaut mieux avoir un cadre. Un cui­si­nier au­ra de meilleures idées dans sa cui­sine, de­vant toutes ses cas­se­roles et ses in­gré­dients plu­tôt que dans sa bai­gnoire. Moi, ça me vient plus fa­ci­le­ment quand j’ai un ins­tru­ment à por­tée de main, plu­tôt l’après-mi­di ou le soir. Mais la com­po est un mystère. Ça vient, on prend, on cri­tique, et éven­tuel­le­ment on va jus­qu’au bout.

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