«Ma fille m’a dit: «Pa­pa, tu dois al­ler ai­der Stan!»

Ma­gnus Nor­man ra­conte com­ment et pour­quoi il est de re­tour aux cô­tés de Stan Wa­wrin­ka. Le point avec le coach du Vau­dois

Tribune de Geneve - - Sports - Da­niel Vi­sen­ti­ni

De leur his­toire, on ne sai­sit que l’écume des choses. L’état de grâce de 2013 à 2017 d’abord, avec un Stan Wa­wrin­ka qui trouve l’en­traî­neur dont il rê­vait, au­tant que Ma­gnus Nor­man le joueur qu’il lui fal­lait: 16 titres en­semble, dont les trois en Grand Che­lem que l’on sait. Fou! Au moins au­tant que cette sé­pa­ra­tion abrupte en oc­tobre 2017, au mo­ment même où le Vau­dois a le plus be­soin de ce­lui qui est de­ve­nu un ami. Il faut croire que dans une telle re­la­tion, tout est com­plexe. Et qu’il faut se mé­fier des rac­cour­cis.

C’est de tout ce­la, ain­si bien sûr que de la forme de son pro­té­gé, que le Sué­dois a ac­cep­té de par­ler. Parce qu’évi­dem­ment, ce qui unis­sait ces deux-là est plus fort que ce qui les a sé­pa­rés. Et que de­puis le mois d’avril 2018, ils font à nou­veau équipe.

D’abord les larmes

«En fait, en oc­tobre 2017, j’ai dû prendre l’une des dé­ci­sions les plus dif­fi­ciles de ma vie, rap­pelle Nor­man. Je me suis sé­pa­ré de Stan alors même qu’il était bles­sé et que c’était le pire mo­ment pour lui. Mais il n’y a ja­mais de bon mo­ment et je n’avais pas le choix.»

Le ten­nis a beau être sa pas­sion. Les yeux lar­moyants de sa pe­tite Es­telle, qui avait 6 ans à l’époque, sont sa vie. «Le ten­nis oblige à par­tir tout le temps de la mai­son, ex­plique le Sué­dois. J’ai des ju­melles, Elin et Es­telle. Avec Elin, pas de sou­ci. Mais Es­telle ne vou­lait plus me par­ler, du fait de mes ab­sences. C’en était trop pour moi et sur­tout pour elle. J’ai dé­ci­dé d’être pré­sent au­près de ma fa­mille.»

Et un coeur gros comme ça

Cette Es­telle qui re­trouve alors son pa­pa reste au coeur de l’his­toire. Parce qu’après quelques mois, c’est elle qui de­mande à son père des nou­velles de Stan Wa­wrin­ka, de­ve­nu pen­dant quatre ans un proche de la fa­mille. «Oui, c’était amu­sant, ri­gole au­jourd’hui Ma­gnus. Elle m’a dit: «Mais où est Stan, pa­pa?» Je lui ai ré­pon­du qu’il soi­gnait son ge­nou bles­sé. Elle a in­sis­té: si Stan est bles­sé, il faut que tu l’aides, pa­pa. Gen­ti­ment, je lui ai ex­pli­qué ce que je lui avais dé­jà dit. Que si je par­tais sou­vent, avant, c’était jus­te­ment parce que j’étais au­près de Stan et que c’est bien ce qui lui po­sait pro­blème. Et je lui ai dit que si je re­com­men­çais à ai­der Stan, alors ce­la si­gni­fiait que j’al­lais à nou­veau par­tir sou­vent de la mai­son.»

C’est là que la pe­tite Es­telle a ré­flé­chi. Un peu seule­ment, pre­nant une dé­ci­sion ferme avec la can­deur de ses quelques prin­temps. «Elle est re­ve­nue vers moi, peu après, sou­rit Ma­gnus, et elle m’a dit: «D’ac­cord pa­pa, tu peux par­tir, tu dois al­ler ai­der Stan!»

Comme tout est mer­veilleux, Wa­wrin­ka ve­nait de re­nouer contact avec son men­tor. «Il m’a contac­té en avril 2018, ex­plique l’en­traî­neur. Nous nous sommes vus deux se­maines en Suisse, en­suite pour bos­ser. Après quoi nous avons dé­ci­dé de re­tra­vailler vrai­ment en­semble.» Avec la bé­né­dic­tion de la pe­tite Es­telle, donc.

Six mois sé­pa­rés: et si l’al­chi­mie s’était en­vo­lée? «J’ai eu une forme d’ap­pré­hen­sion, oui, ad­met le Sué­dois. Mais rien n’avait chan­gé entre nous. C’était comme avant.»

Comme avant? Pour ce qui est de la re­la­tion, sans doute. Pour le ge­nou gauche de Wa­wrin­ka, opé­ré deux fois en 2017, tout était dif­fé­rent. Mais ils se sont mis au tra­vail.

«Le plus dur, pour Stan, a été de re­faire confiance à son ge­nou, ex­plique Nor­man. Sur un jour, sur les sui­vants, en ef­fec­tuant tous les mou­ve­ments, par-de­là la dou­leur. C’est de­puis le mois de sep­tembre que ce­la va mieux pour lui. Men­ta­le­ment, il y a eu une pe­tite baisse en fin de sai­son pas­sée. C’était nor­mal: il a tel­le­ment pen­sé à son ge­nou. Mais il est fort ac­tuel­le­ment. Il a pro­fi­té de la pause pour bos­ser dur, no­tam­ment avec Pierre Pa­ga­ni­ni, et il est frais, psy­cho­lo­gi­que­ment aus­si. Je suis op­ti­miste pour sa sai­son.»

Un Wa­wrin­ka en forme

Avec un re­tour au pre­mier plan et, qui sait, s’il re­trouve tous ses re­pères, un nou­veau sacre en Grand Che­lem?

«En tant qu’en­traî­neur, je ne rai­sonne pas en ces termes, lance Ma­gnus Nor­man. Je re­garde les choses en fonc­tion de son dé­ve­lop­pe­ment et d’une amé­lio­ra­tion des per­for­mances glo­bales. Je ne sais pas ce qui va se pas­ser mar­di contre Gul­bis. Stan peut ga­gner, ou perdre aus­si. Sans que ce­la ne re­mette en ques­tion le sen­ti­ment po­si­tif que j’ai, au re­gard du tra­vail et des per­for­mances qu’il peut ac­com­plir à nou­veau. Oui, évi­dem­ment que s’il part bien dans ce tour­noi, Stan pour­ra être très dan­ge­reux. Mais ce ré­sul­tat ne se­ra qu’une consé­quence du bou­lot abat­tu en amont, pas une fi­na­li­té en soi.»

Il n’em­pêche: avec un «Stan the Man» re­trou­vé sur les courts de Mel­bourne, puis­sant et do­mi­nant, on en connaît une qui se­ra un peu plus fière que tout le monde. La tou­chante Es­telle.

OLI­VIER VOGELSANG

Ma­gnus Nor­man se dit op­ti­miste pour la sai­son de Stan Wa­wrin­ka, qu’il es­time «fort ac­tuel­le­ment».

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