Le Brexit fait sau­ter les di­vi­sions entre les par­tis

À la veille d’un vote cru­cial, The­re­sa May peine à ral­lier ses troupes, sus­ci­tant d’im­pro­bables al­liances

Tribune de Geneve - - Monde - Tris­tan de Bour­bon Londres

Le Brexit avait com­men­cé à brouiller les lignes de dé­mar­ca­tion tra­di­tion­nelles entre les par­tis po­li­tiques bri­tan­niques. Le blo­cage du par­le­ment suite à l’ab­sence de consen­sus sur les op­tions à ve­nir est en train de les faire tom­ber. Jeudi der­nier, le chef du par­ti tra­vailliste, Je­re­my Cor­byn, a of­fi­ciel­le­ment ap­pe­lé les dé­pu­tés conser­va­teurs mé­con­tents de l’ac­cord de re­trait du Royaume-Uni de l’Union eu­ro­péenne (UE) à vo­ter avec le La­bour afin de faire tom­ber le gou­ver­ne­ment et de pro­vo­quer une élec­tion gé­né­rale an­ti­ci­pée.

«Le Par­ti tra­vailliste dé­po­se­ra une mo­tion de dé­fiance contre le gou­ver­ne­ment au mo­ment où nous ju­ge­rons qu’elle au­ra le plus de chances de réus­sir», a-t-il pré­ve­nu alors que les dé­pu­tés sont ap­pe­lés à se pro­non­cer ce mar­di sur l’ac­cord né­go­cié par la pre­mière mi­nistre, The­re­sa May. «Le La­bour n’a pas as­sez de dé­pu­tés au par­le­ment pour rem­por­ter un vote seul, donc les dé­pu­tés du par­ti op­po­sé doivent vo­ter avec nous pour mettre fin à l’im­passe ac­tuelle.»

Je­re­my Cor­byn sait que son ap­pel à faire tom­ber le gou­ver­ne­ment de The­re­sa May a peu de chances d’abou­tir. Les re­belles conser­va­teurs se­raient vrai­sem­bla­ble­ment ex­pul­sés de leur par­ti et au­cun d’entre eux ne dé­sire voir l’or­ga­ni­sa­tion d’une élec­tion où ils pour­raient perdre leur siège. Cet ap­pel déses­pé­ré confirme pour­tant bien la pa­ra­ly­sie to­tale du jeu par­le­men­taire de­puis l’élec­tion gé­né­rale de juin 2017. Le Par­ti conser­va­teur a alors per­du sa ma­jo­ri­té ab­so­lue et doit dé­sor­mais comp­ter sur le sou­tien des dix élus du Par­ti dé­mo­cra­tique unio­niste (DUP) pour dis­po­ser d’une courte ma­jo­ri­té. Cette al­liance n’a pas em­pê­ché l’op­po­si­tion, com­po­sée du La­bour, des li­bé­raux-dé­mo­crates, du Par­ti na­tio­nal écos­sais, des in­dé­pen­dan­tistes gal­lois et des Verts, de dé­faire plu­sieurs fois le gou­ver­ne­ment lors de votes liés au pro­ces­sus du Brexit grâce au sou­tien d’une ving­taine de dé­pu­tés conser­va­teurs.

La mul­ti­pli­ca­tion de ces ré­bel­lions ex­plique en grande par­tie l’ap­pel de Je­re­my Cor­byn. Sur­tout que l’un de ces dé­pu­tés conser­va­teurs, ré­so­lu­ment op­po­sé à une sor­tie de l’UE sans ac­cord, était même al­lé plus loin la se­maine der­nière: Oli­ver Let­win avait de­man­dé en plein dé­bat aux Com­munes si le La­bour était prêt à né­go­cier le main­tien du pays dans le mar­ché unique et l’union doua­nière dans le cas où l’ac­cord de The­re­sa May se­rait re­je­té mar­di. Et ce même si la di­ri­geante conser­va­trice consi­dère cette op­tion comme une tra­hi­son du ré­fé­ren­dum.

Des tra­vaillistes avec May?

Preuve sup­plé­men­taire que les lignes de di­vi­sion tra­di­tion­nelles entre les par­tis sont en train de sau­ter et de s’ali­gner, au moins mo­men­ta­né­ment, sur les ré­sul­tats lo­caux du ré­fé­ren­dum, des dé­pu­tés tra­vaillistes is­sus de cir­cons­crip­tions ayant vo­té «Leave» (ndlr: du nom de la cam­pagne en fa­veur du Brexit) ont ren­con­tré la se­maine der­nière la pre­mière mi­nistre pour voir s’il leur était en­vi­sa­geable de sou­te­nir son ac­cord. Ils avaient au­pa­ra­vant dé­po­sé un amen­de­ment au vote de mar­di des­ti­né à s’as­su­rer que le droit du tra­vail ne se­ra pas af­fai­bli après le Brexit. Cet amen­de­ment per­met à ces dé­pu­tés de prou­ver à leurs élec­teurs leur en­ga­ge­ment à ce que le ré­sul­tat du ré­fé­ren­dum soit res­pec­té, c’est-à-dire à ce que le pays quitte bien l’or­ga­ni­sa­tion eu­ro­péenne, tout en s’as­su­rant de la pro­tec­tion des droits des tra­vailleurs, une consi­dé­ra­tion tra­di­tion­nelle du La­bour. Ils se­raient alors en me­sure de jus­ti­fier leur sou­tien au pro­jet de The­re­sa May mal­gré l’op­po­si­tion ré­so­lue de la di­rec­tion de leur propre par­ti.

Ce scé­na­rio avait dé­jà été en­vi­sa­gé cet au­tomne par plu­sieurs élus tra­vaillistes. La dé­pu­tée Ca­ro­line Flint avait pré­ve­nu qu’elle vo­te­rait en fa­veur de l’ac­cord de The­re­sa May si ce­lui-ci s’avé­rait «rai­son­nable». Elle n’est vi­si­ble­ment pas la seule: un dé­pu­té tra­vailliste a ano­ny­me­ment as­su­ré au quo­ti­dien «The Guar­dian» que de nou­velles ré­as­su­rances pour­raient en­cou­ra­ger 40 à 80 de ses col­lègues à se ral­lier au pro­jet gou­ver­ne­men­tal. Et donc peut-être per­mettre son ap­pro­ba­tion par le par­le­ment si The­re­sa May or­ga­nise un nou­veau vote après avoir per­du ce­lui de ce mar­di.

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