C’est par­ti pour la 51e lé­gis­la­ture

La 51e lé­gis­la­ture du par­le­ment suisse est lan­cée. Les élus ont ju­ré, ont pro­mis et se sont émus face à un choeur d’en­fants. Ré­cit

Tribune de Geneve - - La Une - Ar­thur Gros­jean Berne

Les conseiller­s na­tio­naux, dont de nom­breux nou­veaux, ont prê­té ser­ment, écou­té la par­le­men­taire la plus che­vron­née et le ben­ja­min d’une as­sem­blée dé­sor­mais pré­si­dée par la Vau­doise Isabelle Mo­ret (PLR). Le par­le­ment fai­sait sa ren­trée.

Je ne sais pas si c’est l’ef­fet du vieillis­se­ment qui me gagne, mais cette ren­trée par­le­men­taire fait un bien fou. Un vé­ri­table bain de jou­vence. Lun­di sous la Cou­pole fé­dé­rale, une foule de nou­veaux élus prend ses quar­tiers. L’am­biance est bon en­fant. «J’aime ce cô­té convi­vial du par­le­ment où l’on vient en fa­mille», lâche Delphine Klop­fen­stein Brog­gi­ni (Verts/GE) au pied des trois Suisses. Son col­lègue Nicolas Wal­der avoue qu’il se pré­pare à sa nou­velle fonc­tion en pre­nant des cours pri­vés d’al­le­mand. Un sou­ci que n’a pas Fran­çois Poin­tet (Vert’lib/VD). Grâce à un sé­jour d’un an à Co­logne et de deux ans à Zu­rich, il est bien ar­mé de ce cô­té-là. «Mais c’est quand même im­pres­sion­nant d’être ici pour sa pres­ta­tion de ser­ment.»

Après le joyeux brou­ha­ha des re­trou­vailles des élus, le calme se fait dans la salle à 14h30. La cé­ré­mo­nie dé­bute avec son ri­tuel im­muable sous l’oeil bien­veillant du Con­seil fé­dé­ral pré­sent in cor­pore. La doyenne de fonc­tion, la Verte Maya Graf, connue de­puis le do­cu­men­taire de Jean-Sté­phane Bron «Maïs im Bun­de­shuus: le Gé­nie hel­vé­tique», s’adresse à l’As­sem­blée dans les quatre langues na­tio­nales. Comme tou­jours, pour des ques­tions de com­pré­hen­sion, la par­tie ro­manche est la plus courte et la par­tie al­le­mande la plus longue. Le dis­cours ne dé­colle pas vrai­ment et la Verte en­fonce des portes ou­vertes sur le par­le­ment jeune, vert et fé­mi­nin. Ap­plau­dis­se­ments po­lis.

Suit le ben­ja­min de l’As­sem­blée, An­dri Sil­ber­sch­midt (25 ans). Cos­tard-cra­vate, il dé­cline les thèmes chers aux Jeunes PLR, no­tam­ment ce­lui d’une ré­forme de la re­traite. Il flatte les vieux élus dans le sens du poil en van­tant leur ex­pé­rience et la pros­pé­ri­té du pays qu’ils ont bâ­tie. Le dis­cours res­semble à son cos­tard-cra­vate: jo­li, lisse et pro­pret. Ap­plau­dis­se­ments un peu plus nour­ris que pour la doyenne. Au fond de la salle, les vieux cro­co­diles Nord­mann, Pfis­ter, Gös­si et Rös­ti clignent de l’oeil de conten­te­ment.

Sou­dain, un gé­mis­se­ment d’en­fant re­ten­tit dans la salle. Les pleurs, qui pro­viennent de la tri­bune du pu­blic, com­mencent à cou­vrir la voix de la pré­si­dente. Les re­gards montent vers le haut. C’est alors que le co­ré­dac­teur en chef de la «Sch­wei­zer Il­lus­trierte», Wer­ner de Schep­per, se lève et sort de l’en­ceinte avec le bam­bin blond contra­rié qu’il a conçu avec la conseillèr­e na­tio­nale Irène Kä­lin (Vert/AG).

Il est temps de pas­ser aux choses sé­rieuses: l’as­ser­men­ta­tion des 200 élus du Na­tio­nal. Elle se fait grou­pée mais en deux temps. Les pre­miers élus, plu­tôt à droite, «jurent» d’être fi­dèles à la Consti­tu­tion et aux lois au nom de Dieu tout-puis­sant. Ils le font en bran­dis­sant le pouce, l’index et le ma­jeur. Le se­cond groupe, plu­tôt à gauche, «pro­met» de res­pec­ter les mêmes textes et de rem­plir en conscience les de­voirs de sa charge.

Après la so­len­ni­té, l’émo­tion. Le choeur des en­fants de la Fête des Vi­gne­rons fait son en­trée dans la salle avec, col­lées au dos, des ailes de pa­pillon et de coc­ci­nelle. Ils en­tament d’une voix cris­tal­line le Can­tique suisse. Le chant est re­pris par toute l’As­sem­blée, pu­blic com­pris. Gros suc­cès à l’ap­plau­di­mètre. Tout le monde est ra­vi. Si la Fête des Vi­gne­rons est là, c’est parce que la Vau­doise Isabelle Mo­ret est élue à la pré­si­dence du Na­tio­nal. Elle fait un score ca­non avec 193 voix.

At­taque au milk-shake

Cette ren­trée des classes par­le­men­taires très consen­suelle ne sau­rait faire ou­blier un fait di­vers pas très re­lui­sant pour l’ul­tra­gauche zu­ri­choise. Celle-ci a at­ta­qué ré­cem­ment le conseiller na­tio­nal UDC Roger Köp­pel dans un bis­trot de la ville de Zwin­gli alors qu’il man­geait avec son col­lègue Ch­ris­toph Mör­ge­li. Les deux hommes se sont pris des milk­shakes en pleine fi­gure alors qu’ils man­geaient tran­quille­ment leur re­pas. Le groupe «Jeu­nesse ré­vo­lu­tion­naire de Zu­rich» jus­ti­fie cette ac­tion par le fait que les deux hommes sont des porte-dra­peaux de la «Welt­woche», un ma­ga­zine qui «ré­pand la haine ra­ciste, sexiste». Une agres­sion condam­née par les élus de droite comme de gauche.

KEYSTONE

L’as­ser­men­ta­tion des 200 élus, un des mo­ments forts d’un lun­di pas comme les autres sous la Cou­pole fé­dé­rale.

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