En­tar­teurs, al­lez vo­ter!

Tribune de Geneve - - La Une - Patrick Mo­nay Chef de la ru­brique Suisse

Un milk-shake ba­lan­cé en pleine fi­gure, puis la fuite. Les mi­li­tants d’ex­trême gauche qui ont agres­sé Roger Köp­pel et Ch­ris­toph Mör­ge­li la se­maine der­nière dans un ca­fé zu­ri­chois ont choi­si la pire des ma­nières pour agir. Leur cible était la «Welt­woche», le ma­ga­zine des deux po­li­ti­ciens UDC. Un titre qui, se­lon ces ac­ti­vistes, «ré­pand la haine ra­ciste, sexiste et contraire aux droits hu­mains».

Une ac­tion aus­si stu­pide des­sert la cause qu’elle est cen­sée sou­te­nir. Qui­conque re­court à la vio­lence pour cri­ti­quer une opi­nion po­li­tique prouve qu’il est à court d’ar­gu­ments pour le faire. Même sous cou­vert d’an­ti­fas­cisme, la bru­ta­li­té et la bê­tise de gauche sont tout aus­si in­ad­mis­sibles que les dé­rives de l’ex­trême droite.

Ce qui est en jeu ici, c’est la li­ber­té d’ex­pres­sion, l’un des fon­de­ments de notre so­cié­té. Elle doit être dé­fen­due avec constance et dé­ter­mi­na­tion. Si l’on n’est pas d’ac­cord avec la po­li­tique dé­fen­due par Roger Köp­pel et son camp, la meilleure fa­çon de le ma­ni­fes­ter est d’ex­pri­mer des opi­nions dif­fé­rentes. Soit en s’en­ga­geant soi­même, soit en vo­tant pour les per­sonnes ou un par­ti qui portent d’autres idées.

En­tar­teurs et agi­ta­teurs de tous bords, sai­sis­sez la chance qui vous est of­ferte de prendre part au dé­bat pu­blic. En vous ren­dant aux urnes, vous contri­bue­rez à ré­duire les taux d’ab­sen­téisme dont souffre la Suisse. Vous fe­rez ain­si hon­neur à notre dé­mo­cra­tie. Et à vos ad­ver­saires.

Alors que les nou­veaux par­le­men­taires se fa­mi­lia­risent avec le dé­co­rum du Pa­lais fé­dé­ral, les an­ciens, eux, ont dé­jà le re­gard tour­né vers le 11 dé­cembre, jour de l’élec­tion du Con­seil fé­dé­ral. Et c’est une dé­cla­ra­tion de Ch­ris­tian Le­vrat qui ali­mente les dis­cus­sions, no­tam­ment dans les rangs dé­mo­crates-chré­tiens. Dans une interview ac­cor­dée au «Ma­tin Di­manche», le pa­tron du PS es­time que «la stra­té­gie du PDC est un sui­cide po­li­tique». Se­lon lui, si le par­ti ne vote pas en fa­veur de la Verte Re­gu­la Rytz en lieu et place du PLR Igna­zio Cas­sis, c’est lui qui risque de perdre son unique fau­teuil au gou­ver­ne­ment en 2023. «Car les Verts res­te­ront de­vant.» Des propos qui ne passent pas cô­té PDC. «Ch­ris­tian Le­vrat est bien gen­til, mais notre par­ti est ca­pable de ré­flé­chir tout seul, ré­agit Léo Mül­ler (LU), pré­sident du groupe PDC par in­té­rim. Notre po­si­tion est claire. On ne sou­tien­dra pas Re­gu­la Rytz, mais on est d’ac­cord de ré­flé­chir à moyen terme à une nou­velle for­mule ma­gique. Et je ne vois au­cune rai­son de se pré­ci­pi­ter et de chan­ger d’avis d’ici au 11 dé­cembre.» L’idée du PDC, dé­ve­lop­pée par son pré­sident Ge­rhard Pfis­ter, c’est d’ima­gi­ner que chaque par­ti ait droit à un fau­teuil de mi­nistre dès qu’il a 35 élus sous la Cou­pole. Une dis­cus­sion est pré­vue avec les autres pré­si­dents de par­ti au dé­but de l’an­née pro­chaine.

Cette so­lu­tion, Mar­tin Can­di­nas (PDC/GR) la dé­fend lui aus­si. Pour le reste, le Gri­son n’est pas très tendre avec le pré­sident du PS et no­tam­ment le ti­ming choi­si pour fus­ti­ger la stra­té­gie de son par­ti. «Les dé­cla­ra­tions de Ch­ris­tian Le­vrat sont de la pure hy­po­cri­sie. Ce n'est que lorsque le PDC a com­mu­ni­qué qu’il ne vo­te­rait pas pour Re­gu­la Rytz, qu’il an­nonce sou­dai­ne­ment que le groupe so­cia­liste va la sou­te­nir. Mais per­sonne n’est dupe. Tout le monde sait à Berne que ce sont les so­cia­listes qui ne veulent pas de Re­gu­la Rytz. Ils craignent qu’elle fasse de l’ombre à leurs deux mi­nistres.»

Le conseiller na­tio­nal Mar­co Ro­ma­no (PDC/TI) parle quant à lui d’une pro­vo­ca­tion. «Ch­ris­tian Le­vrat es­saie d’ob­te­nir une nou­velle dy­na­mique au Con­seil fé­dé­ral. Mais il n’est pas dans une po­si­tion où il peut dire aux autres ce qu’ils doivent faire. Le PS a en­re­gis­tré un très mau­vais ré­sul­tat. Per­sonne ne sait ce que se­ront les ré­sul­tats des élec­tions en 2023. Mais si on re­garde ce qui se passe en Al­le­magne, on peut aus­si ima­gi­ner que dans quatre ans, le PS se fasse can­ni­ba­li­ser par les Verts, et que ce soit lui qui doive aban­don­ner un de ses fau­teuils.» Une sé­na­teur PDC lâche car­ré­ment que les Verts ont dé­jà leur conseiller fé­dé­ral, avec la po­li­tique me­née par la so­cia­liste Si­mo­net­ta Som­ma­ru­ga au Dé­par­te­ment de l’en­vi­ron­ne­ment. Que Ch­ris­tian Le­vrat vise nom­mé­ment le PDC n’est pas une sur­prise: les dé­mo­crates-chré­tiens se­ront les fai­seurs de roi le jour de l’élec­tion. Si dans un pre­mier temps, la pré­si­dence du PDC avait en­vi­sa­gé de re­ce­voir Re­gu­la Rytz pour une au­di­tion, le groupe a mis son ve­to. «Ce sont les élus de Suisse cen­trale qui ne vou­laient pas en en­tendre par­ler, confie une source PDC. Ils consi­dèrent Re­gu­la Rytz beau­coup trop à gauche.»

Pour Charles Juillard, vice-pré­sident du PDC, Ch­ris­tian Le­vrat tente de pous­ser son par­ti à la faute. «C’est un stra­tège, et c’est dif­fi­cile de sa­voir ce qu’il a der­rière la tête.» Mais pour le sé­na­teur, il est un élé­ment qui fait qu’il ne pour­ra pas élire Re­gu­la Rytz à la place d’Igna­zio Cas­sis. «Pour un Ju­ras­sien – qui a long­temps été mi­no­ri­taire dans le can­ton de Berne – je re­fuse de pri­ver les ita­lo­phones de leur seul siège au Con­seil fé­dé­ral.» Et de re­lan­cer un vieux ser­pent de mer: «Je reste per­sua­dé qu’un Con­seil fé­dé­ral à neuf membres se­rait une bonne op­tion.» Florent Qui­que­rez

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