Le CEVA cham­boule le quar­tier des Eaux-Vives

L’ar­rêt pro­gres­sif des chan­tiers consti­tue l’heu­reux pré­lude à la nou­velle des­serte

Tribune de Geneve - - La Une - Ma­rianne Gros­jean

Une page d’his­toire va se tour­ner et tout va bien­tôt chan­ger dans des pro­por­tions in­con­nues. Le quar­tier des Eaux-Vives se pré­pare ac­ti­ve­ment à l’ar­ri­vée du CEVA. Et pour ceux qui y vivent ou le fré­quentent, cet évé­ne­ment si­gni­fie tout d’abord la fin de plu­sieurs an­nées de tra­vaux. Du moins des plus im­por­tants, car quelques chan­tiers d’amé­na­ge­ment vont en­core se pour­suivre jus­qu’à l’ho­ri­zon 2025. Cer­tains com­mer­çants sont des sur­vi­vants. Ils se sont ef­for­cés de main­te­nir leurs af­faires à flot en tra­ver­sant des an­nées dé­li­cates en rai­son des dif­fi­cul­tés d’ac­cès ren­con­trées par leur clien­tèle. Quant aux ré­si­dents, d’au­cuns se ré­jouissent d’un en­vi­ron­ne­ment marchand re­nou­ve­lé et des fa­ci­li­tés de connexion que la nou­velle des­serte of­fri­ra. Cette en­quête est la pre­mière d’une sé­rie de quatre qui prend le pouls de ces quar­tiers qui vont être bou­le­ver­sés par l’ar­ri­vée du Lé­man Ex­press. Pre­mier cha­pitre d’une sa­ga ur­baine.

Alors, la mise en marche pro­chaine du Lé­man Ex­press, ce­la vous ré­jouit ou ce­la vous in­quiète? À cette phrase d’ap­proche aus­si lourde que le mar­teau-pi­queur de l’ou­vrier s’af­fai­rant près de la nou­velle gare des Eaux-Vives, pas­sants, ha­bi­tants et com­mer­çants four­nissent d’em­blée la même ré­ponse: en­fin l’ar­rêt des tra­vaux! Pour­tant, un contre­maître à l’oeuvre ex­plique que la fin des chan­tiers alen­tour ne cor­res­pon­dra pas à la mise en marche du CEVA le 15 dé­cembre. «Nous, ou­vriers, sommes en­ga­gés jus­qu’au 19 dé­cembre. Après, ce­la dé­pend

du temps. S’il pleut beau­coup, cer­taines étapes ne pour­ront pas avan­cer à la vi­tesse pré­vue.» Sans comp­ter les im­pré­vus, comme «les ra­cines de cet arbre qui dé­passent du ni­veau de la chaus­sée».

«Au bord de la faillite»

Le pa­tron d’un res­tau­rant si­tué en face de la gare nous ra­conte le «cal­vaire» de ces deux ans de tra­vaux: «On est au bord de la faillite.» Et de fus­ti­ger le blo­cage des routes, li­mi­tant l’ac­cès de son éta­blis­se­ment aux voi­tures mais aus­si aux pié­tons. «Sans les ou­vriers du chan­tier qui viennent par­fois à mi­di, on met­tait la clé sous la porte, comme tant d’autres com­mer­çants. Il n’y a plus per­sonne qui passe par là.»

Tan­dis qu’il ra­conte des «ser­vices du soir à zé­ro cou­vert» et le li­cen­cie­ment de deux membres de l’équipe pour rai­sons bud­gé­taires, on l’in­ter­roge sur l’ave­nir. Quelque 50 000 per­sonnes cir­cu­le­ront pro­chai­ne­ment tous les jours dans le quar­tier, juste de­vant ses portes. De quoi se re­faire une clien­tèle? «Il y au­ra deux nou­velles bras­se­ries dans la gare, en plus de la Mi­gros. Je ne me fais pas trop d’illu­sions sur la concur­rence.» Oui, mais entre un sand­wich sous plas­tique et des frites al­lu­mettes sur la ter­rasse de son res­tau­rant en at­ten­dant la pro­chaine rame, le choix des pen­du­laires peut pen­cher pour lui, une fois les beaux jours re­ve­nus, non? «La ter­rasse, par­lons-en! On nous avait pro­mis qu’elle se­rait dou­blée, mais ils nous ont col­lé un bloc de contrôle élec­trique sur le trot­toir ain­si qu’un arbre, qui bloquent toute pos­si­bi­li­té d’y ins­tal­ler des tables et des chaises.»

Dans la même ave­nue, le ma­ga­sin de vé­los élec­triques Ea­syCycle se montre plus en­thou­siaste. S’il se sou­vient des mois de pertes sèches lorsque la route de Chêne était blo­quée à la cir­cu­la­tion, Jo­seph, gé­rant de la bou­tique, se ré­jouit de l’ar­ri­vée d’une nou­velle clien­tèle po­ten­tielle par le train. Lui-même fron­ta­lier, il fait les tra­jets de­puis An­ne­cy tous les ma­tins et a hâte d’uti­li­ser le train qui des­ser­vi­ra pile son lieu de tra­vail. «J’ai re­gar­dé le prix de l’abon­ne­ment à l’an­née; 2200 eu­ros par an, ça a l’air cher comme ça, mais si je com­pare au prix de l’es­sence, à l’usure de ma voi­ture, au be­soin de trou­ver une place de parc, à l’at­ten­tion sur la route – je pars à 7 h, j’en ai pour une heure et de­mie le ma­tin, une heure et quart le soir – les risques de contra­ven­tion pour ex­cès de vi­tesse, etc., j’y gagne clai­re­ment.»

Am­biance de gare bi­zarre Sur le trot­toir, An­na de Cha­ba­neix, ha­bi­tante du quar­tier de­puis trois ans, se fé­li­cite de l’ar­ri­vée des com­merces de la gare: «Pour la lo­gis­tique, ce se­ra su­per d’avoir des su­pé­rettes ou­vertes le di­manche en bas de chez nous», té­moigne cette mère de fa­mille pro­fes­sion­nel­le­ment ac­tive. Pre­nant sou­vent l’avion, la Ge­ne­voise se ré­jouit éga­le­ment de la connexion ra­pide Eaux-Vives-Cor­na­vin, d’où elle pren­dra fa­ci­le­ment le train pour l’aé­ro­port. En re­vanche, elle es­père que «l’am­biance du quar­tier» ne res­sem­ble­ra pas à celle, «un peu bi­zarre», qui flotte par­fois dans les gares.

Plus loin, Gen­na­ro, un re­trai­té si­ci­lien, est content de la fin du «chaos sur la route de Chêne. Je suis an­ti­voi­tures. J’ai un abon­ne­ment de bus. Alors pour al­ler à la gare, je vais clai­re­ment prendre le train.»

«On est en­ga­gé jus­qu’au 19 dé­cembre. Mais s’il pleut beau­coup, cer­taines étapes pren­dront du re­tard» Un contre­maître du chan­tier du CEVA aux Eaux-Vives

LU­CIEN FORTUNATI

Chan­tier Le Lé­man Ex­press ar­ri­ve­ra le 15 dé­cembre, mais le quar­tier des Eaux-Vives ne sor­ti­ra pas la tête des chan­tiers de si­tôt. D’im­por­tants tra­vaux sont en­core à ve­nir, de l’été 2021 à la fin de l’an­née 2024. Il fau­dra at­tendre jus­qu’à dé­but 2025 pour qu’émerge en­fin le nou­veau sec­teur.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.