L’af­faire Gri­veaux fait tan­guer la cam­pagne

L’accord de Sot­chi est mort. Mos­cou et An­ka­ra jouent leur propre par­ti­tion, pous­sant à l’exil des cen­taines de mil­liers de Sy­riens

Tribune de Geneve - - La Une - Pages 8 et 9

Même si rien d’illé­gal n’est re­pro­ché à Ben­ja­min Gri­veaux, un scan­dale à ca­rac­tère sexuel vient d’avoir rai­son de la can­di­da­ture de ce fi­dèle soutien du pré­sident Ma­cron à la Mai­rie de Pa­ris. Et la classe po­li­tique crie au lyn­chage.

L’accord trou­vé à Sot­chi en 2018 s’an­non­çait pro­met­teur. Il y a deux ans, Mos­cou et An­ka­ra s’en­ga­geaient à faire d’Id­lib une zone re­fuge «dé­mi­li­ta­ri­sée». Sou­tiens et ad­ver­saires de Ba­char el-As­sad par­ve­naient à trou­ver un ter­rain d’en­tente. Ce ces­sez-le-feu ar­ra­ché après des se­maines de trac­ta­tions et l’échec du pro­ces­sus de Ge­nève cou­ron­nait de suc­cès une dé­marche en­tre­prise par la di­plo­ma­tie russe. Au­jourd’hui, la confiance est rom­pue et les pro­messes de paix sont loin. La ré­gion d’Id­lib est à feu et à sang. Un nou­veau dé­sastre hu­ma­ni­taire se pro­file.

Tout à son pro­jet d’anéan­tir les forces kurdes et à ai­der les «in­sur­gés», Re­cep Tayyip Er­do­gan a pous­sé son ar­mée sur Id­lib. Le pré­sident turc a ain­si pris le risque d’une confron­ta­tion di­recte avec l’ar­mée sy­rienne et son al­lié russe. Une si­tua­tion po­ten­tiel­le­ment ex­plo­sive. Le chef de la di­plo­ma­tie eu­ro­péenne, l’Es­pa­gnol Josep Bor­rell, craint que «ces ten­sions ne dé­clenchent un conflit ré­gio­nal plus large». Le pré­sident turc n’est pas le seul à avoir je­té de l’huile sur le feu. En épau­lant l’ar­mée de Ba­char el-As­sad dans sa re­con­quête d’Id­lib, Mos­cou a aus­si contri­bué à faire vo­ler en éclats l’accord de Sot­chi. Au­jourd’hui, la dé­mons­tra­tion est faite qu’il s’agis­sait d’un accord de dupes qui a per­mis à cha­cun d’at­tendre le mo­ment pro­pice pour jouer sa propre par­ti­tion.

La guerre des nerfs

Pour Has­ni Abi­di, di­rec­teur du Centre d’études et de re­cherche sur le monde arabe et mé­di­ter­ra­néen (CERMAM), tout le monde sa­vait à quoi s’at­tendre. «La Rus­sie a tou­jours dé­fen­du le droit de Ba­char el-As­sad à re­prendre le contrôle de toute la Sy­rie et donc d’Id­lib», rap­pelle-t-il. Pour au­tant, «ni Mos­cou ni An­ka­ra n’ont in­té­rêt à ce que la si­tua­tion ne dé­gé­nère en af­fron­te­ment di­rect», sou­ligne-t-il. Pour l’heure, chaque camp s’em­ploie à jouer avec les nerfs de son ad­ver­saire en pous­sant ses pions.

De­puis un an et de­mi, le ré­gime sy­rien met la pres­sion pour bou­ter les dji­ha­distes hors les murs. Une of­fen­sive qui s’étend au sud et à l’est de la pro­vince d’Id­lib ain­si qu’au sud et à l’ouest d’Alep. De­puis le mois de dé­cembre, le rythme des bom­bar­de­ments n’a fait que s’am­pli­fier. Pris sous un dé

«La Rus­sie a tou­jours dé­fen­du le droit de Ba­char el-As­sad à re­prendre le contrôle de toute la Sy­rie et donc d’Id­lib»

Has­ni Abi­di

Di­rec­teur du CERMAM

luge de feu, les groupes re­belles ri­postent en ti­rant des ro­quettes et des mor­tiers. Il reste que le rap­port de force sur le ter­rain tourne en fa­veur du ré­gime. Ap­puyées par Mos­cou, les forces sy­riennes sont par­ve­nues à re­prendre mar­di le contrôle de l’au­to­route M5 qui re­lie le sud du pays à la grande ville d’Alep, dans le Nord, en pas­sant par la ca­pi­tale, Da­mas. Un ob­jec­tif stra­té­gique. Sans doute un tournant dans le conflit. Un re­vers, en re­vanche, pour les in­sur­gés mais aus­si pour An­ka­ra, qui a en­voyé, en vain, des mil­liers de sol­dats dans la ré­gion pour blo­quer l’avan­cée de l’ar­mée sy­rienne. Cinq sol­dats turcs ont été tués.

Re­cep Tayyip Er­do­gan a me­na­cé de frap­per «par­tout» le ré­gime sy­rien si son ar­mée ne se re­ti­rait pas d’Id­lib d’ici à la fin du mois. Signe qu’un cap a été fran­chi, le pré­sident turc a aus­si tan­cé la Rus­sie pour sa «com­pli­ci­té dans le mas­sacre des ci­vils». Les raids aé­riens et les tirs d’ar­tille­rie sur la ré­gion d’Id­lib ont cau­sé la mort d’en­vi­ron 200 per­sonnes de­puis le dé­but de l’an­née, se­lon l’ONU. Mos­cou a ren­voyé le com­pli­ment en rap­pe­lant que la Tur­quie n’avait rien fait pour «neu­tra­li­ser les ter­ro­ristes pré­sents à Id­lib». Am­biance… Le mi­nistre russe des Af­faires étran­gères, Ser­gei La­vrov, doit ren­con­trer son ho­mo­logue turc Mev­lut Ca­vu­so­glu ce di­manche à Mu­nich. Si la ten­sion est extrême, Mos­cou de­vrait ce­pen­dant cher­cher à cal­mer le jeu. «Trop se fâ­cher avec Er­do­gan, c’est prendre le risque de le voir pen­cher un peu trop du cô­té amé­ri­cain. C’est un op­por­tu­niste et quel­qu’un de prag­ma­tique. Les Russes le savent», re­lève Has­ni Abi­di.

La re­prise des af­fron­te­ments dans la ré­gion d’Id­lib a je­té sur les routes des mil­liers de per­sonnes.

AFP

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