Ecri­vains : Hen­ri La­roque / Jean-Claude Mi­chéa

Les écri­vains de l’In­do­chine Li­brai­rie du Siam et des Co­lo­nies (li­brai­rie­du­siam@cg­siam.com)

Gavroche Thaïlande - - Sommaire -

Chan­dao, c’est le même mot que chan­doo, le nom de l’opium, une fois dé­bar­ras­sé de ses im­pu­re­tés et ra­fi­né à la bouille­rie de Saï­gon pour le rendre agréable à la consom­ma­tion. Chan­dao, c’est aus­si le titre de ce petit ro­man in­con­nu d’un écri­vain ou­blié, Hen­ri La­roque, pu­blié en 1941 chez Ba­con­nier à Al­ger.

Hen­ri Du­lac est l’heu­reux co­lon pro­prié­taire d’une plan­ta­tion d’hé­véas en plein ren­de­ment, dans l’est de l’An­nam. Avec l’aide de son ami Paul Del­croix, de leur cou­rage et de leur éner­gie, la plan­ta­tion est une réus­site et leur vision est celle d’un ave­nir heu­reux. Hé­las, Hen­ri au dé­but de la sai­son fraîche, est ter­ras­sé par les fièvres et dé­cide de quit­ter la plan­ta­tion pour se re­po­ser quelque temps à Saï­gon. Il s’ins­talle à l’hô­tel Con­ti­nen­tal et fait ra­pi­de­ment connais­sance d’un col­lègue plan­teur, Prio­let, qui va lui faire dé­cou­vrir la vie mon­daine de la grande ville : les res­tau­rants de la rue Catinat, le bar hup­pé du Per­ro­quet, mais aus­si le charme fre­la­té des fu­me­ries d’opium.

Un soir, alors qu’ils dînent sur la ter­rasse de l’hô­tel, ap­pa­raissent deux femmes seules ; une an­glaise blonde, l’épouse du Consul bri­tan­nique, ac­com­pa­gnée d’une mys­té­rieuse belle femme brune, « d’un brun bi­zarre avec des re­flets do­rés sur la peau et des yeux un peu bri­dés, d’un vert in­at­ten­du ». Hen­ri est fas­ci­né par la jeune femme, et se lance dans une cour as­si­due. C’est pen­dant un dî­ner en tête à tête au Cap Saint Jacques qu’elle va lui ré­vé­ler son nom, Ma­di­na, et le se­cret de son ori­gine : son père, An­glais, avait épou­sé sa mère, la fille du chef de l’île du nord des An­da­mans. Elle avait pas­sé toute sa jeu­nesse en Bir­ma­nie. Une idylle fou­geuse unit ra­pi­de­ment les so­li­tudes des deux jeunes gens et ils s’ins­tallent dans une jo­lie mai­son sur le Plateau, der­rière la ca­thé­drale. Ma­ni­da n’ou­blie pas de faire ins­tal­ler une luxueuse fu­me­rie pour pou­voir y re­çe­voir leurs amis, tous adeptes de la fée brune. Pour elle, « son ata­visme la pro­tège de l’in­toxi­ca­tion » (sic), mais pour Hen­ri, c’est une autre his­toire. Petit à petit, il en vient à ne plus pou­voir se pas­ser de sa dose quo­ti­dienne, mal­gré les mises en garde des vieux Saï­gon­nais: « les nuits saï­gon­naises et les prin­cesses bir­manes sont traî­tresses pour les jeunes plan­teurs d’An­nam

Ef­frayé par sa dé­chéance, Hen­ri dé­cide de s’em­bar­quer pour la France, ac­com­pa­gné de Ma­di­na. La tra­ver­sée s’an­nonce calme. Les amants s’en­ferment dans leur ca­bine pour sa­cri­fier à leur vice. Lors­qu’un ma­tin, un voya­geur s’ins­talle sur la chaise longue voi­sine de la leur ; un jeune homme dis­tin­gué, plein de charme, qui se pré­sente : « - Prince Bas­syab ! Ma­di­na tres­saillit : - Oh ! Vous êtes Bir­man ? - Oui, j’ha­bite Man­da­lay et je suis le fils du prince Bha­mo ! » C’est cette ren­contre in­at­ten­due qui va faire bas­cu­ler la vie de nos deux hé­ros et trans­for­mer en drame san­glant la belle his­toire d’amour.

FRAN­ÇOIS DO­RÉ

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