Vers quelle ré­con­ci­lia­tion ?

Gavroche Thaïlande - - L’éditorial -

La­junte,se­ser­vant­deses pleins­pou­voirs, ame­néune purge de­tousles sym­pa­thi­sants­del’an­cienne ad­mi­nis­tra­tio­nau­ni­veau na­tio­na­le­tré­gio­nal.

S ix mois le 22 no­vembre que la Thaï­lande a été pla­cée sous tu­telle mi­li­taire. Sur le plan sé­cu­ri­taire, Prayuth, le gé­né­ral put­schiste, a at­teint son ob­jec­tif : im­po­ser par la force et l’in­ti­mi­da­tion le re­tour au calme et à la sta­bi­li­té so­ciale après des mois de vio­lents conflits po­li­tiques. Le fort res­sen­ti de sa­tis­fac­tion des Thaï­lan­dais pour l’ac­tion du ré­gime ac­tuel va dans ce sens. Une tâche fa­ci­li­tée il est vrai par le main­tien de la loi mar­tiale et la to­lé­rance zé­ro pour toute forme d’op­po­si­tion, mais aus­si par l’at­ti­tude du « dos rond » adop­tée par ceux chas­sés du pou­voir, comme ils l’avaient fait après le coup d’Etat de 2006, sans pour au­tant perdre pied. L’im­pres­sion­nant ras­sem­ble­ment aux fu­né­railles d’un an­cien lea­der ra­di­cal du mou­ve­ment des Che­mises rouges a en­voyé un si­gnal clair : le noyau de l’op­po­si­tion si­len­cieuse est tou­jours ac­tif et n’a pas vi­ré de camp. Mais ce qui in­quiète l’ar­mée, c’est moins la me­nace de grou­pus­cules ra­di­caux – une me­nace très re­la­tive vu le peu d’ar­res­ta­tions qui ont sui­vi le coup d’Etat – que les ef­forts des mou­ve­ments d’op­po­si­tion pour faire bais­ser le ba­ro­mètre de sym­pa­thie nou­vel­le­ment ac­quis de la junte, no­tam­ment dans les cam­pagnes. La tâche se­ra rude pour­tant pour en­rayer la stra­té­gie de Prayuth qui s’em­ploie à frag­men­ter la base élec­to­rale de Thak­sin Shi­na­wa­tra et de ses par­ti­sans en dis­tri­buant du cash aux pay­sans, le­vier po­pu­liste uti­li­sé par toutes les ad­mi­nis­tra­tions pré­cé­dentes pour s’at­ti­rer les fa­veurs élec­to­rales d’une po­pu­la­tion ru­rale pa­tron­née et plus in­té­res­sée par sa sur­vie que par des idéaux so­cio-po­li­tiques. La junte, se ser­vant de ses pleins pou­voirs, a me­né en pa­ral­lèle une purge de tous les sym­pa­thi­sants de l’an­cienne ad­mi­nis­tra­tion au ni­veau na­tio­nal et ré­gio­nal afin de di­mi­nuer l’in­fluence des fi­gures lo­cales qui contrô­laient l’élec­to­rat. Une stra­té­gie vi­sant à moyen terme à s’as­su­rer que de fu­tures élec­tions ne re­met­tront pas le clan des Rouges en ballotage fa­vo­rable. Tout le monde s’en tient à l’évi­dence : le che­min de la ré­con­ci­lia­tion et des ré­formes se pren­dra sans Thak­sin, Yin­gluck, les Che­mises rouges et tous ceux non ali­gnés et s’op­po­sant à la junte mi­li­taire, que ce soit dans les mi­lieux d’af­faires, in­tel­lec­tuels ou uni­ver­si­taires. Un che­min sans ob­tacle, sans dé­bat dé­mo­cra­tique et pro­ba­ble­ment sans consul­ta­tion du peuple. Pour preuves, le main­tien de la loi mar­tiale dans tout le pays mal­gré les ap­pels vé­hé­ments de l’industrie du tou­risme ; le contrôle de tous les or­ganes de l’Etat en nom­mant des mi­li­taires ou des proches du pou­voir aux postes clés de l’ad­mi­nis­tra­tion, des agences gou­ver­ne­men­tales, conseils ré­gio­naux, mai­ries, dis­tricts, po­lice et même au sein de l’ar­mée ; l’ab­sence de voix d’op­po­si­tion dans les deux as­sem­blées (NRC – Na­tio­nal Re­form Coun­cil et NLA – Na­tio­nal Le­gis­la­tive As­sem­bly) char­gées de mettre en oeuvre la feuille de route de Prayuth ; le manque re­mar­qué de re­pré­sen­ta­ti­vi­té du monde agri­cole, des syn­di­cats et des par­te­naires so­ciaux dans ces mêmes or­ganes. Avec un ob­jec­tif pré­cis : conso­li­der le contrôle du pays par une élite tra­di­tion­nelle ul­tra- roya­liste sup­por­tée par une fac­tion mi­li­taire qui ap­pelle des ré­formes qu’elle au­ra elle même choi­sies pour le bien du peuple thaï­lan­dais, et le sien. Il faut re­ve­nir un an en ar­rière pour se rap­pe­ler que Yin­gluck Shi­na­wa­tra, alors Pre­mier mi­nistre ac­cu­lée par la fronde de la rue, avait pro­po­sé la mise en place d’un conseil na­tio­nal de ré­formes re­pré­sen­ta­tif, en y in­cluant ses plus vi­ru­lents op­po­sants po­li­tiques. Pro­po­si­tion re­je­tée par Su­thep, le chef de la ré­bel­lion alors en po­si­tion de force et dont l’unique ob­jec­tif avait été de pré­pa­rer la chute du gou­ver­ne­ment, quel que soit le prix à payer. Prayuth, dans sa vo­lon­té de « ré­ini­tia­li­ser la dé­mo­cra­tie » tout en conso­li­dant l’Ordre éta­bli, a une vision des choses as­su­mée : ce sont les ré­formes qui im­po­se­ront la ré­con­ci­lia­tion, et non l’in­verse.

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