L’édi­to­rial Re­la­tions pu­bliques

Si­ness as usual

Gavroche Thaïlande - - L’éditorial - De PHI­LIPPE PLÉ­NA­COSTE

Dès son ar­ri­vée à Wa­shing­ton, Pi­san Ma­na­wa­pat, le nou­vel am­bas­sa­deur thaï­lan­dais, s’est em­pres­sé de convoyer une fois de plus le mes­sage de la junte à son al­lié amé­ri­cain : qu’il ne s’y trompe pas, mal­gré les ap­pa­rences, le pays est sur la voie de la dé­mo­cra­tie et de la ré­con­ci­lia­tion. Oui, oui.

Un dis­cours of­fi­ciel mar­te­lé in­las­sa­ble­ment et avec une cer­taine convic­tion aux quelques di­ri­geants des pays oc­ci­den­taux qui dou­te­raient en­core des bonnes in­ten­tions de Prayuth. Et de rap­pe­ler que le dic­ta­teur a adop­té une « soft at­ti­tude » contre ses op­po­sants. Pas de ré­pres­sion vio­lente, d’as­sas­si­nats, d’em­pri­son­ne­ment sys­té­ma­tique, sauf pour crime de lèse ma­jes­té. La Thaï­lande n’est pas l’Egypte. Ici, on uti­lise la mé­thode douce, mais avec fer­me­té : un pe­tit sé­jour en ca­serne pour « ré­ajus­ter » les com­por­te­ments dé­viants et une pe­tite tape sur l’épaule. La loi mar­tiale n’est main­te­nue que pour per­mettre au gou­ver­ne­ment et aux as­sem­blées consti­tuées de faire leur bou­lot sans être em­mer­dés. Les prin­cipes d’une dic­ta­ture, ça se res­pecte, ou si­non c’est le bor­del. Et ça, Prayuth, en bon gé­né­ral, ne le sup­por­te­rait pas. Ordre et dis­ci­pline. Les quelques zi­go­tos qui osent pro­tes­ter sur la place pu­blique en sont pour leurs frais. Pas de li­ber­té d’ex­pres­sion. Cir­cu­lez, y a rien à dire. Qu’on ne prête pas de mau­vaises in­ten­tions à la junte. Elle n’est là que pour remettre le pays sur de bons rails et de mu­se­ler ces po­li­ti­ciens mé­créants qui ont pris le royaume pour un ti­roir-caisse, si­phon­nant les ri­chesses du pays, s’en­grais­sant à qui peut le mieux, et tout ça sur le dos des bons vieux prin­cipes dé­mo­cra­tiques, for­mi­dable ou­til de pro­pa­gande au­près d’élec­teurs cré­dules et ma­ni­pu­lés. Un dis­cours qui a du sens, certes, et par­ti­cu­liè­re­ment aux oreilles de qua­si­ment tous les di­ri­geants de la pla­nète (dic­ta­teurs, san­gui­naires et dé­mo­crates confon­dus) qui em­brassent n’im­porte quel ré­gime du mo­ment qu’il ne me­nace pas leurs propres in­té­rêts, ni leur sé­cu­ri­té, et que le prin­cipe du « bu

» reste de vi­gueur. En clair, que le ter­rain soit pro­pice aux af­faires et aux in­ves­tis­se­ments. Une bonne dic­ta­ture plu­tôt qu’une mau­vaise dé­mo­cra­tie. Voi­là ce que dé­fend la junte thaï­lan­daise aux yeux du monde. Et plu­tôt bien, mal­gré les pe­tites crises de co­lère pas­sa­gères de Prayuth quand sa sin­cé­ri­té est remise en ques­tion et qu’on l’accuse de ne ci­bler que le clan Shi­na­wa­tra et ses af­fi­liés, ou de ré­for­mer le sys­tème po­li­tique dans le but d’écar­ter dé­fi­ni­ti­ve­ment du pou­voir les op­po­sants à la mo­nar­chie mi­li­taire. Et qu’en pensent les in­té­res­sés ? Ceux di­rec­te­ment vi­sés par les ré­formes ac­tuelles et qui per­dront sans au­cun doute de leur in­fluence lors de nou­velles élec­tions post-coup d’Etat ? Ne pou­vant lut­ter au­jourd’hui à armes égales, ils se taisent, ou se terrent, en adop­tant le prin­cipe fon­da­men­tal qui ré­git la vie po­li­tique en Thaï­lande : la pa­tience. Un « wait and see » per­çu comme une stra­té­gie de contour­ne­ment afin de ne pas mar­gi­na­li­ser leur re­tour sur scène lors de fu­tures élec­tions qui, si elles sont aus­si libres que le pré­tend la junte, ver­ront ré­ap­pa­raître les vieux loups de la po­li­tique. Le fait qu’au­cune ac­ti­vi­té po­li­tique ne soit to­lé­rée par les mi­li­taires au pou­voir gèle la for­ma­tion de nou­veaux cou­rants pro­gres­sistes ou al­ter­na­tifs qui vien­draient bri­ser la do­mi­na­tion des deux grands par­tis en­ne­mis, et ne per­met pas aux Thaï­lan­dais qui cherchent d’autres as­pi­ra­tions, d’autres va­leurs, d’autres pro­messes, de choi­sir. La re­la­tive proxi­mi­té de nou­velles élec­tions em­pêche aus­si toute forme de ré­con­ci­lia­tion dans le dé­bat po­li­tique, un terme abs­trait qui n’a ja­mais été la prio­ri­té de la junte qui s’en re­met à ses seules convic­tions : main­te­nir et conso­li­der l’Ordre éta­bli, en contrô­lant, avec plus de fer­me­té, l’arène po­li­tique.

Les prin­cipes d’une dic­ta­ture, ça se res­pecte, ou

si­non c’est le bor­del.

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