Une vie de stress

Gavroche Thaïlande - - Le Village I Chronique -

2 fé­vrier : À Bang­kok, la route est une jungle. Quel stress… Ce ma­tin en­core, j’ai failli me faire écra­ser. Naï­ve­ment, après plus de six mois ici, je conti­nue à croire que les voi­tures vont s’ar­rê­ter si je tra­verse sur un pas­sage clou­té. Avis aux au­to­mo­bi­listes de Bang­kok, le pas­sage clou­té est « un pas­sage pro­té­gé per­met­tant de tra­ver­ser une chaus­sée, il est si­gna­lé par des bandes blanches ». Le concept « pro­té­gé » n’est pas pas­sé dans les moeurs, plus per­sonne ne lit le dic­tion­naire de toutes fa­çons… 4 fé­vrier : Quand je tra­verse à Bang­kok, que je suis blo­quée au mi­lieu de la route entre deux flots de bus, de mo­tos et de voi­tures, je fais des sta­tis­tiques (si l’au­to­bus ac­cé­lère, je meurs), des pro­messes (si la voi­ture s’ar­rête, je com­mence des cours de Pi­late), des « pile ou face », des ploufs comme dit ma fille Jo­sé­phine (si la pro­chaine mo­to taxi freine, je vais faire un foot mas­sage). Et quand je vois un tuk-tuk faire une queue de pois­son à un 4x4, je le prends comme un bon au­gure, une re­vanche des faibles sur les forts, la preuve qu’on peut sur­vivre dans la jungle d’une mé­ga­pole. 7 fé­vrier : Au­jourd’hui, j’ai ac­com­pa­gné Simon à un an­ni­ver­saire. J’ai fait une heure de taxi pour y ar­ri­ver. Une fois sur place, on a en­core tour­né 15 mi­nutes pour trou­ver l’im­meuble dans le sous-soï du sous-soï... Je n’ai pas eu d’autres choix que de pas­ser l’après-mi­di là. J’en ai en­core le tour­nis : ma­gic show en amuse-bouche, tir à l’arc pour se mettre en jambe, foot avec dos­sards et coach pour se fa­ti­guer, pis­cine libre et gros goû­ter pour s’ache­ver. Certes, ce condo a de l’es­pace. Pas une mi­nute de ré­pit. Et la conclu­sion que, par 30°, ça tape le punch dès 15 heures… 11 fé­vrier : Ce ma­tin, au pe­tit-dé­jeu­ner, Simon m’a de- man­dé ce qu’on al­lait or­ga­ni­ser pour son an­ni­ver­saire le mois pro­chain. Il m’a dit des mots bar­bares : Fu­na­rium, Kid­za­nia, kar­ting, bow­ling… Des mots pro­non­cés par les an­ciens du LFIB, ces grands de CM1 qui ont rou­lé leurs bosses de­puis des an­nées dans les fêtes d’an­ni­ver­saire. Est-ce que ça existe en­core d’ache­ter des Ha­ri­bo et d’in­vi­ter les co­pains à jouer et à goû­ter à la mai­son ? Quelle pres­sion… 17 fé­vrier : Comme si je n’avais pas as­sez avec l’or­ga­ni­sa­tion de l’an­ni­ver­saire de Simon, il faut que je trouve main­te­nant des dé­gui­se­ments pour Paul et moi. Eh oui, nous sommes in­vi­tés à une soi­rée dé­gui­sée. Thé­ma­tique : les hé­ros de votre en­fance ! Quel stress… C’est sûr quand Ca­si­no-Can­dy va ren­con­trer Mi­che­lin-Al­ba­tor, ça va bri­ser la glace ! 26 fé­vrier : Nous pas­sons quelques jours à la mer. Paul a pu avoir un peu de va­cances. L’hô­tel est très agréable. Il y a des ha­macs et des ba­lan­çoires sur la plage. Je n’ai pas mis de chaus­sures de­puis hier. La nour­ri­ture est ex­cel­lente. Simon et Jo­sé­phine jouent bien tous les deux. Quand la nuit tombe, le so­leil rouge semble fondre dans l’eau. Je m’ap­prête à al­ler faire un « aro­ma­the­ra­py mas­sage » avec vue sur mer. Paul est dé­ten­du mal­gré ses ré­cents sou­cis de bou­lot. Que dire de plus, un état proche de la per­fec­tion, une sorte de nir­va­na à la thaï­lan­daise, mais im­pos­sible à par­ta­ger… Au­cune pho­to de plage de rêve sur Fa­ce­book, ni par mail, je ne pos­te­rai. Evi­ter toute pro­vo­ca­tion. Pour­tant, j’au­rais bien ai­mé en­voyer une pho­to mo­deste, un pe­tit, un tout pe­tit co­co­tier de­vant la mer bleue, avec un sobre « pen­sées à tous ceux qui pren­dront le RER au­jourd’hui », mais j’ai l’im­pres­sion que mes amis ont vrai­ment per­du leur sens de l’hu­mour. Dom­mage.

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