Trois ques­tions à Gré­goire Gla­chant ré­dac­teur en chef à BK Ma­ga­zine

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Gavroche Thaïlande - - Le Village I Actu - Propos recueillis par

Vous êtes le res­pon­sable de la ré­dac­tion du « BK », l’heb­do­ma­daire an­glo­phone de ré­fé­rence à Bang­kok. Ce n’est pas un poste très com­mun pour un Fran­çais ? J’ai vé­cu aux Etats-Unis de l’âge de six à neuf ans, puis j’ai re­çu une édu­ca­tion bi­lingue au Ly­cée In­ter­na­tio­nal de St. Ger­main en Laye, près de Pa­ris. Etant dys­lexique, ce n’était pas évident : je me pre­nais des « - 40 » en dic­tée à mon ar­ri­vée en France. C’est peut-être pour ça que je pré­fère écrire en an­glais. Je suis en­tré à

par la porte de la pho­to­gra­phie, mais ils se sont ren­du compte que je n’étais pas mau­vais en tant que se­cré­taire de ré­dac­tion — ce­lui qui cor­rige les épreuves. En bon fa­rang fraî­che­ment dé­bar­qué en Thaï­lande, j’avais en­sei­gné l’an­glais pen­dant deux ans dans un ly­cée de Phu­ket, donc j’étais de­ve­nu plu­tôt callé en gram­maire. Et puis j’étais in­croya­ble­ment mo­ti­vé. J’adore et je vou­lais vrai­ment tra­vailler pour eux.

Dé­cri­vez nous vos im­pres­sions sur la ca­pi­tale thaï­lan­daise Quand je rends vi­site à mes pa­rents, à Albi, dans le Tarn, j’ai l’im­pres­sion que Bang­kok a une vie cultu­relle équi­va­lente à celle d’une ville de 50 000 ha­bi­tants en France: à peu près le même nombre de mu­sées, de salles de spec­tacles, de concerts de ca­libre in­ter­na­tio­nal. Ce­ci étant dit, ça me va plu­tôt bien. Pa­ris, c’était trop pour moi. Il s’y passe tel­le­ment de choses qu’on a tou­jours l’im­pres­sion d’avoir lou­pé l’ex­po ou le concert du siècle. Et puis à Bang­kok, on est dans une ville en tran­si­tion. Tout bouge, tout s’amé­liore, tout fi­ni par ar­ri­ver. Un jour, le Chao Praya se­ra un en­droit agréable avec une pro­me­nade qui longe le fleuve. La ville fi­ni­ra par ajou­ter des parcs et des arbres un peu par­tout. Le BTS conti­nue­ra à s’étendre. Quand on voit par exemple la mo­bi­li­sa­tion pour trans­for­mer Mak­ka­san en parc, c’est un signe que les ha­bi­tants de la ca­pi­tale ont fi­na­le­ment com­pris que leur ville leur doit plus que deux lignes de BTS et des trot­toirs pour­ris. Je suis très op­ti­miste pour Bang­kok du mo­ment que la Thaï­lande règle ses pro­blèmes po­li­tiques.

BK est très pré­sent sur les ré­seaux so­ciaux et la toile en gé­né­ral. Est-ce un tour­nant se­lon vous vers la dis­pa­ri­tion pro­gres­sive du ma­ga­zine pa­pier ? Je ne pense pas que le ma­ga­zine pa­pier va dis­pa­raître. Il se porte très bien. En re­vanche, il n’y a pas vrai­ment de crois­sance sur ce front là alors que sur les ré­seaux so­ciaux c’est l’ex­plo­sion. A on ne vit pas du tout le web comme la fin de notre mé­tier de jour­na­liste. Au contraire, c’est chouette d’avoir des ré­ac­tions des lec­teurs qua­si­ment en di­rect. Mais je pense que le dan­ger, pour un ma­ga­zine, c’est de pas­ser tout son temps à cou­rir après les « like » ou les clicks. Il faut aus­si prendre des risques et avoir une ligne édi­to­riale co­hé­rente. Steve Jobs, quand on lui avait de­man­dé quel rôle les études de consommateurs avaient eu sur l’iP­hone, avait ré­pon­du : « Au­cune, ce n’est pas aux consommateurs de sa­voir ce qu’ils veulent.» Donc voi­là les deux pôles entre les­quels on na­vigue avec les ré­seaux so­ciaux: les joies du feed­back ins­tan­ta­né et le be­soin de par­fois ne pas écou­ter ce feed­back pour al­ler de l’avant. C’est d’ailleurs ain­si que je conçois mon rôle de ré­dac­teur en chef. Je veux à la fois créer du conte­nu qui plaît et en­cou­ra­ger nos lec­teurs à sou­te­nir ceux et celles qui veulent contri­buer au pro­grès de Bang­kok, que ce soit sur le plan cu­li­naire, so­cial ou de l’ur­ba­nisme.

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