Agen­da

Ga­vroche

Gavroche Thaïlande - - Bangkok - Sa­wat­di pi maï !

Très longues fes­ti­vi­tés en vue du 13 au 15 avril pour le Nou­vel An thaï­lan­dais, mais on peut pré­su­mer plus d’une se­maine de ré­jouis­sances ! La ca­pi­tale se­ra dé­ser­tée, les Thaï­lan­dais fê­tant le Nou­vel An en fa­mille, mais pour les tou­ristes plus at­ti­rés par les gi­gan­tesques ba­tailles d’eau tra­di­tion­nelles, les quar­tiers de Si­lom et Khao San au­ront leurs contin­gents prêts à en dé­coudre.

a sé­lec­tion­né quelques points chauds de la ca­pi­tale pen­dant Song­kran.

Du 13 au 15 avril

Song­kran à Bang­kok

itué à l’est d’Udon Tha­ni, le site ar­chéo­lo­gique de Ban Chiang rap­pelle aux vi­si­teurs qu’il s’agit de l’une des pre­mières so­cié­tés agri­coles de la Pré­his­toire (1495 av. J-C). La par­tie sud de l’Isan pas­sa plus tard sous in­fluence khmère. Ain­si, les ra­cines cultu­relles de cette ré­gion blot­tie au nor­dest du royaume re­montent-elles à un pas­sé fort loin­tain. Ban Chiang a d’ailleurs été l’un des pre­miers sites thaï­lan­dais clas­sé au Pa­tri­moine mon­dial de l’Hu­ma­ni­té par l’Unes­co. Le puis­sant Mé­kong lui sert de fron­tière avec le Laos, au nord et à l’est, alors que la chaîne mon­ta­gneuse mé­ri­dio­nale la sé­pare du Cam­bodge. Quelques grandes ca­pi­tales ré­gio­nales étayent son ter­ri­toire : Ko­rat, Buriram, Su­rin, Ubon Rat­cha­ta­mi, Kon­kaen, Loei, Udon Tha­ni, Sa­kon Na­khon...

SLa pe­tite com­mu­nau­té pay­sanne de Sri Wan Chai se si­tue dans la grande plaine agri­cole au sud Mé­kong, entre Udon Tha­ni (une cen­taine de ki­lo­mètres à l’ouest) et Sa­kon Na­khon (une soixan­taine de ki­lo­mètres à l’est). Les deux bourgs les plus proches sont cha­cun à une ving­taine de ki­lo­mètres. Ce vil­lage d’en­vi­ron un mil­lier d’ha­bi­tants n’offre au­cun in­té­rêt tou­ris­tique ma­jeur. En ces mois d’hi­ver­nage, le pay­sage est d’ailleurs d’une sé­che­resse dé­so­lante. Les champs jau­nis par le so­leil et les pistes de la­té­rite rouge rap­pellent da­van­tage un pay­sage afri­cain. Au­cun ca­nal d’ir­ri­ga­tion ne vient pa­lier cette ari­di­té sai­son­nière, mais l’eau n’en est pas ab­sente pour au­tant, en té­moigne le grand ré­ser­voir du bar­rage de Nam Un, au sud de Phang Khon.

connaît l’Asie, et sur­tout la Thaï­lande, la table tient un rôle im­por­tant dans la so­cié­té. On mange toutes les deux ou trois heures, ou d’une ma­nière gé­né­rale quand on éprouve une pe­tite faim. D’ailleurs, on ne fait pas ici de dis­tinc­tion entre pe­tit-dé­jeu­ner, dé­jeu­ner et dî­ner. Kin kao est l’unique mot thaï pour « man­ger ». La lin­guis­tique est sou­vent une ma­nière cultu­relle d’évo­quer les ha­bi­tudes. Tou­te­fois, la cui­sine de l’Isan – comme celle du Laos, de l’autre cô­té du Mé­kong – a très peu de res­sem­blance avec la cui­sine des autres ré­gions du royaume. Elle est moins va­riée, moins re­cher­chée et raf­fi­née et sied à une po­pu­la­tion pay­sanne dont le seul but est de se nour­rir de ma­nière équi­li­brée avec les pro­duits du cru. C’est pour­quoi on y mange fré­quem­ment des es­car­gots, comme en France, mais sur­tout une va­rié­té in­ouïe d’in­sectes qui, ac­com­mo­dés – frits (sau­te­relles) ou bouillis (larves et autres in­sectes de terre) – ap­portent une quan­ti­té in­es­ti­mable de pro­téines. Ré­pul­sion ali­men­taire mise à part, tout est ques­tion d’ha­bi­tude et de culture.

Les deux pi­liers de la com­mu­nau­té

La re­la­tive pau­vre­té ma­té­rielle du vil­lage de Sri Wan Chai n’est donc pas un obs­tacle à ce bon­heur que les mi­li­taires au pou­voir veulent à tout prix rendre aux Thaï­lan­dais… Cette grande ri­chesse in­té­rieure n’est pas à la source de la joie de vivre évi­dente de ces vil­la­geois ? Sans doute trouve-t-elle son ori­gine dans la phi­lo­so­phie boud­dhiste et dans sa pro­fonde in­fluence sur l’es­prit com­mu­nau­taire. Un peu à l’ins­tar des villages de France d’au­tre­fois, la vie so­ciale du vil­lage tourne au­tour de deux pôles : le temple et l’école pu­blique. Elle est conso­li­dée par ce phé­no­mène pro­fon­dé­ment orien­tal qu’est l’em­prise de la cel­lule fa­mi­liale, créant ain­si un es­prit com­mu­nau­taire étroit, tout à l’in­verse de l’in­di­vi­dua­lisme ex­trême des so­cié­tés oc­ci­den­tales. L’une des règles fon­da­men­tales du boud­dhisme est que l’in­di­vi­du n’existe qu’en fonc­tion du groupe. Ce­la ré­git d’em­blée la vie com­mu­nau­taire où l’autre et le par­tage des biens de­viennent deux pi­liers de la vie so­ciale. Quelques jours pas­sés à Sri Wan Chai en té­moignent clai­re­ment.

Le temple est si­tué un peu à l’ex­té­rieur du vil­lage. C’est là une pre­mière dif­fé­rence avec l’église du vil­lage fran­çais. Le sa­cré est sé­pa­ré du sé­cu­lier. Ce­la re­joint dans l’es­prit le concept afri­cain du sor­cier, gar­dien sé­cu­laire du masque mys­tique, de­meu­rant à l’ex­té­rieur de l’en­ceinte du vil­lage. Dans la cam­pagne de cette Isan pro­fonde, les temples sont sou­vent iso­lés, en marge des lieux d’ha­bi­ta­tion, en­tou­rés par une fo­rêt. Non pas une fo­rêt sau­vage, mais une fo­rêt ap­pri­voi­sée où des che­mins mènent aux pa­villons in­di­vi­duels des bonzes. Un pe­tit ruis­seau ali­mente deux bas­sins rem­plis d’eau, at­ti­rant oi­seaux et pois­sons. Cet es­pace na­tu­rel fait aus­si fonc­tion de parc do­ma­nial. Ain­si en est-il du pe­tit temple de Sri Wan Chai : toits mul­tiples en tôle, ou­verts sur trois cô­tés, avec quelques grands boud­dhas do­rés blot­tis der­rière une vi­trine de verre sur la face fer­mée du sanc­tuaire. Il y a quelques mois à peine, les vil­la­geois ont construit un grand por­tique à l’en­trée du che­min du vil­lage qui mène au temple au mi­lieu de la fo­rêt. L’édi­fice est d’une sim­pli­ci­té fonc­tion­nelle qui ne res­semble en rien à la ri­chesse tra­di­tion­nelle des temples ci­ta­dins. Pour­tant, les po­teaux en troncs d’arbres ver­nis ne manquent pas d’es­thé­tique. L’es­pace in­té­rieur car­re­lé du temple est fait pour re­ce­voir les vil­la­geois qui, pour la plu­part, s’y rendent à pied. Chaque ma­tin, la pe­tite com­mu­nau­té de bonzes (sept en­vi­ron) se rend, pieds nus, au vil­lage, pour re­ce­voir les au­mônes. Ri­tuel sé­cu­laire dans cette par­tie du monde. Sauf que c’est en­suite au tour des vil­la­geois de se rendre au temple en por­tant leur re­pas du ma­tin qui se­ra bé­ni puis par­ta­gé en fa­mille dans le temple, quand les bonzes ont ter­mi­né le leur. C’est en par­tie par ces allers et re­tours quo­ti­diens que le sa­cré et le mys­tique se com­plètent, comme dans le sigle chi­nois du Yin et du Yang. C’est ici aus­si que l’on palpe l’es­sence de l’es­prit com­mu­nau­taire.

L’autre pôle du vil­lage de Sri Wan Chai est le ter­rain oc­cu­pé par l’école pu­blique, un vaste en­clos si­tué à l’orée du vil­lage. Quelques pa­villons de bois ren­ferment des salles de classe rus­tiques, for­mant un L face au vaste ter­rain de sport où les en­fants se re­trouvent après l’école. A cô­té du dra­peau et de l’inévitable por­trait du couple royal, se dressent les dra­peaux de l’Asean, rap­pe­lant jus­qu’aux confins de l’Isan le rap­pro­che­ment des pays de la ré­gion. Dans le seul grand bâ­ti­ment en bé­ton, tout à l’ar­rière, s’élève un grand préau pour les ras­sem­ble­ments et autres ac­ti­vi­tés so­ciales ou aca­dé­miques. Dans un coin, on y trouve le por­trait de l’ab­bé du temple, comme pour rap­pe­ler l’autre va­leur fon­da­men­tale de la so­cié­té thaï­lan­daise. Preuve vrai­sem­blable des chan­ge­ments en cours, un signe en an­glais an­nonce : « Wel­come to our school ! » Chaque ma­tin, les élèves ar­rivent à pied ou à vé­lo pour les plus jeunes, à mo­by­lette pour les plus âgés. Lorsque les élèves sont en âge d’al­ler au ly­cée, un ser­vice de ra­mas­sage sco­laire les conduit vers les éta­blis­se­ments se­con­daires les plus proches.

La vie de fa­mille et de la com­mu­nau­té s’or­ga­nise ain­si au­tour de ces deux pi­liers que sont le temple et l’école. Le vil­lage a son chef. Un grand po­teau sur­mon­té de quatre haut-par­leurs sert à faire des an­nonces à la po­pu­la­tion. Dans le vil­lage de Sri Wan Chai, mal­gré l’in­con­fort et la vie rus­tique, on res­sent les élans d’âme et de gé­né­ro­si­té des au­toch­tones. On y dé­couvre une pro­fonde hu­ma­ni­té par­ta­gée où même l’étran­ger est tou­jours ac­cueilli de ma­nière simple et cha­leu­reuse par une com­mu­nau­té qui, aus­si pauvre qu’elle puisse être, sau­ra com­mu­ni­quer une pro­fonde le­çon d’hu­ma­ni­té et de cha­ri­té. C.S.

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