« De même que le fleuve re­tourne à la mer, le don de l’homme re­vient vers lui. »

Gavroche Thaïlande - - Regard Croise -

Ain­si, se met en place le grand en­sei­gne­ment du don et du contre-don. Le don étant ma­té­riel et le contre-don spi­ri­tuel. Le contre-don est ce que l’on re­çoit en contre­par­tie du don. La nour­ri­ture don­née re­vien­dra aux do­na­teurs dans la sé­rie de ses re­nais­sances ; l’ar­gent lui met­tra le pied à l’étrier dans sa fu­ture vie so­ciale. Rien ne se perd, rien ne s’égare, tout se trans­forme. « De même que le fleuve re­tourne à la mer, le don de l’homme re­vient vers lui » dit un vieux pro­verbe chi­nois. L’ab­né­ga­tion des biens ma­té­riels sug­gé­rée par la re­li­gion trouve ain­si toute sa si­gni­fi­ca­tion. Chez un bon fi­dèle, l’ac­cu­mu­la­tion des ri­chesses reste pos­sible s’il fait don de son sur­plus fi­nan­cier après sa consommation. S’en­ri­chir égoïs­te­ment va à l’en­contre de l’en­sei­gne­ment de Boud­dha. Il ne doit pas al­ler à l’en­contre de l’équi­libre com­mu­nau­taire ; il est alors bon de pen­ser ré­no­ver un mo­nas­tère, le construire, fon­der une école et ain­si contri­buer à l’in­té­rêt gé­né­ral. Ain­si, cette qua­si obli­ga­tion de co­opé­ra­tion tem­père la dy­na­mique de com­pé­ti­tion à tout prix. On donne aus­si beau­coup pour re­ce­voir un ser­vice urgent, quand les moines de­viennent soi­gneurs, pro­phètes, ré­cu­pé­ra­teurs d’âmes éga­rées. C’est bien clair, on donne pour re­ce­voir. La presse fait les gorges chaudes des ces ou­tran­cières ri­chesses ac­cu­mu­lées, dis­tri­buées. Bien en­ten­du, il est plus dif­fi­cile de pho­to­gra­phier les contre-dons spi­ri­tuels… Tou­te­fois, il existe une « po­lice des moines », et on peut dé­non­cer les abus sur une hot­line. Peu im­porte, les dé­trac­teurs se char­ge­ront de rec­ti­fier les dé­rives. Le peuple thaï­lan­dais a son es­prit mar­qué par la né­ces­si­tée du don. Dès l’an­nonce d’une ca­tas­trophe tou­chant le royaume et tous ceux qui s’y trouvent, les dons af­fluent ; une fa­mille riche en­ver­ra l’un des siens ai­der les né­ces­si­teux. Après le tsu­na­mi de 2004, les avions entre Bang­kok et Phu­ket étaient oc­cu­pés par ces élé­gantes femmes thaï­lan­daises qui ve­naient don­ner, leur temps, leur ar­gent, leur connais­sances, leur com­pas­sion pour ai­der la po­pu­la­tion anéan­tie à se re­dres­ser. Il existe aus­si cette mer­veilleuse fête des en­fants, « wan dek » (le jours des en­fants en thaï), le se­cond sa­me­di du mois de jan­vier. On leur donne alors l’ac­cès gra­tuit aux bus, au mé­tro, aux zoos. Ils peuvent vi­si­ter le bu­reau du pre­mier mi­nistre, s’as­soir dans son fau­teuil, mon­ter dans les avions de la Royal Air Force ; les banques dis­tri­buent des sty­los et des ca­hiers ; on leur offre glaces et su­cre­ries. Le don est une fête, une joie. Dans les ins­ti­tu­tions pour per­sonnes âgées ou per­sonnes han­di­ca­pées ain­si que dans les écoles, on or­ga­nise des jour­nées pour les do­na­teurs bien­fai­teurs, ré­com­pen­sés par des re­mer­cie­ments in­fi­nis, des sou­rires et de pe­tits spec­tacles char­mants. Chur­chill di­sait : « On gagne sa vie avec ce que l’on re­çoit, mais on la bâ­tit avec ce que l’on donne ».

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