Don­ner pour re­ce­voir

Gavroche Thaïlande - - Regard Croise -

e concept du don est un pi­lier de la com­mu­nau­té thaï­lan­daise. De bon ma­tin, les portes s’ouvrent sur les bols vides des moines boud­dhistes. Il est l’heure d’ob­te­nir des mé­rites et de de­man­der l’au­mône. C’est l’aube, l’heure du « bin tak bat » (quête du ma­tin). Des défilés de moines passent de­vant des fi­dèles age­nouillés sur les bords des che­mins. On donne du riz et des vic­tuailles. Ain­si, on contri­bue à as­su­rer la sub­sis­tance des moines, mais on gagne aus­si des mé­rites ( bun) pour cette vie ou une vie fu­ture. On peut aus­si don­ner de la nour­ri­ture au mo­nas­tère. Ces dons de­viennent des actes com­mu­nau­taires et so­ciaux. Ils concernent les po­pu­la­tions vil­la­geoises plus en­core, car dans des struc­tures étroites on pose l’oeil plus fa­ci­le­ment sur son voi­sin. De nom­breuses fêtes sont or­ga­ni­sées au­tour du concept du don, comme les courses de pi­rogues. C’est un grand en­sei­gne­ment boud­dhique : ce qui est don­né ré­com­pense dans la vie fu­ture. Les mé­rites re­gonflent les kar­mas et les bonnes consciences. Ici, on ne par­donne pas, on ra­chète. Il est un de­voir de don­ner pour amé­lio­rer sa condi­tion di­vine et hu­maine. C’est aus­si un moyen de se construire une image com­mu­nau­taire que l’on pour­rait ap­pe­ler « la face ». Le point de ren­contre entre l’in­di­cible per­son­nel et l’ac­cep­ta­tion com­mu­nau­taire, la dif­fé­rence entre ce que l’on est réel­le­ment et la per­cep­tion de ce que les autres savent. Car on donne beau­coup en pu­blic.

lors que le cercle de feu rou­geoie à l’ho­ri­zon, inon­dant les champs de ses cou­leurs apai­santes, les pre­miers sons ré­sonnent sous le So­lar Stage, point de ren­contre des fes­ti­va­liers en cet fin d’après-mi­di chaude. L’at­mo­sphère prend ra­pi­de­ment des al­lures de cé­lé­bra­tion : dan­seurs, cra­cheurs de feu, tam­bours, pa­rades... L’ap­pel est lan­cé, le camp s’éveille pour une nou­velle soi­rée de fes­ti­vi­tés, de cou­leurs et de musique au pied de deux gi­gan­tesques sculp­tures co­lo­rées de cerfs Munt­jacs dan­sants. Sous une grande tente, les stands de ma­quillage, faux ta­touages et hen­né ne désem­plissent pas. Les te­nues aux styles bi­gar­rés – in­die, bo­hé­mien, ki­mo­no, hip­pie ou « py­sché » –, par­fois ex­tra­va­gantes, par­fois dé­lu­rées et agré­men­tées d’ac­ces­soires en tous genres – grands col­liers, pen­dants d’oreilles à plumes, bottes, capes, ban­da­nas –, sont la norme. Pour quelques jours, le mi­roir des ap­pa­rences, du pa­raître, du rang so­cial, se brise pour re­créer une seule et grande fa­mille de fes­ti­va­liers ve­nus cé­lé­brer les arts et s’en­ivrer de ce goût si ten­tant de li­ber­té, de lais­ser-al­ler. Certes, on est bien loin des mou­ve­ments hip­pies et du Flo­wer Po­wer des an­nées 60 et 70, quand la contes­ta­tion, l’an­ti-pou­voir, l’an­ti­con­for­misme au­tour de la musique, du sexe et des drogues psy­ché­dé­liques étaient alors la norme, un mode de vie. Won­der­fruit res­semble plus à un Won­der­land pour hips­ters qu’à Wood­stock ou Bur­ning Man. Le but n’est d’ailleurs pas le même : on vient ici li­bé­rer ses sens et cé­lé­brer la créa­tion ar­tis­tique et mu­si­cale sous toutes ses formes. Un « cam­ping bou­tique » avec ses tentes confor­tables et toutes les com­mo­di­tés, un autre où cha­cun est libre de s’ins­tal­ler, per­mettent aux fes­ti­va­liers de s’im­mer­ger dans le dé­cor na­tu­rel qui en­toure le Siam Coun­try Club, sur les hau­teurs de Pat­taya. Des couples et groupes d’amis ve­nus de Bang­kok, des cé­lé­bri­tés thaï­lan­daises, des étran­gers, nom­breux, ou en­core des

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