KOH TAO Es­ca­pade à

Gavroche Thaïlande - - Regions -

L’île s’est vé­ri­ta­ble­ment trans­for­mée de­puis l’ar­ri­vée du tourisme il y a qua­rante ans. Sa po­pu­la­tion se com­pose au­jourd’hui d’en­vi­ron une moi­tié de Bir­mans, main-d’oeuvre bon mar­ché, d’un tiers de ré­si­dents oc­ci­den­taux, les Thaï­lan­dais ne fai­sant que com­plé­ter le pay­sage hu­main. Aus­si, Koh Tao offre-t-elle l’oc­ca­sion de goû­ter à un peu de ter­roir oc­ci­den­tal. Les soi­rées se passent sou­vent dans les nom­breux bars et res­tau­rants de spé­cia­li­tés, ita­liennes et fran­çaises pour les plus nom­breuses, gé­rés par des étran­gers, dont cer­tains comptent par­mi les mé­moires vi­vantes de la trans­for­ma­tion ma­jeure de l’île de ces trente der­nières an­nées. Par­mi les va­leurs sûres, le Fa­ran­go et Sai­reeSai­ree à Sai­ree, le Bis­trot ou le French Kiss Cor­ner à Cha­lok, ou en­core le Ca­fé del Sol et le Cho­co­lat à Mae Haad. Si vous re­cher­chez des plats vé­ganes aux sa­vou­reux par­fums thaï­lan­dais, une seule adresse : « la Ca­rotte Qui Rit », en re­mon­tant du port.

Une an­cienne pri­son politique

Au­tre­fois jungle luxu­riante abon­dante en faunes ma­rine et ter­restre, l’île n’était vi­si­tée que par des pê­cheurs qui cô­toyaient son ri­vage. Le roi Chu­la­long­korn (Ra­ma V) la vi­si­ta en 1899, un hon­neur com­mé­mo­ré par un bloc de gra­nite à la pointe sud de Sai­ree Beach. Au dé­but des an­nées 30, la pre­mière vé­ri­table ins­tal­la­tion fut celle de pri­son­niers po­li­tiques, iso­lés par les ri­vages in­fes­tés de re­quins et af­fron­tant pro­blèmes de ma­la­ria et de ra­vi­taille­ment. En 1947, après la fer­me­ture de la pri­son, les pre­miers pion­niers – deux frères de Koh Sa­mui – y ins­tal­lèrent un mo­deste toit pour y culti­ver la terre, point de dé­part d’un dé­ve­lop­pe­ment au­toch­tone. Des îliens voi­sins les re­joi­gnirent, et la vie s’or­ga­ni­sa au­tour de la pêche, de la culture du riz et de la noix de co­co. Les pre­miers tou­ristes ar­ri­vèrent à Koh Tao à la fin des an­nées 70, et le pre­mier re­sort fut construit en 1984. Un dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique qui va per­mettre aux mo­destes pion­niers de consi­dé­ra­ble­ment s’en­ri­chir... La mé­daille pos­sède ce­pen­dant un re­vers, et ce qui a fait fleu­rir l’économie de Koh Tao pour­rait, sans prise de conscience et ac­tions, conduire à sa ré­ces­sion. Car le dé­ve­lop­pe­ment ra­pide de Koh Tao n’est pas sans po­ser son lot de dé­fis éco­lo­giques. L’élec­tri­ci­té est four­nie par des mo­teurs ther­miques à es­sence ; l’eau douce is­sue de fo­rages manque ra­pi­de­ment et consti­tue une res­source chère ; les bulles des plon­geurs sur les spots sur­peu­plés en haute sai­son ont fait fuir les re­quins ; et il n’y a pas que la crème so­laire qui nuit aux co­raux ! Der­nier pro­blème en date : les dé­chets, ha­bi­tuel­le­ment in­ci­né­rés, se sont ac­cu­mu­lés de­puis que l’usine d’in­ci­né­ra­tion est tom­bée en panne. L’ab­sence de ra­mas­sage de­puis a été ré­vé­lé à l’oc­ca­sion de la der­nière mous­son. Une sé­rie de tem­pêtes d’une am­pleur in­ha­bi­tuelle s’est pro­lon­gée jus­qu’à fin jan­vier 2017, dont les pluies ont pro­vo­qué les ha­bi­tuels glis­se­ments de ter­rain dus au dé­fri­che­ment in­con­trô­lé, cette fois mê­lés à l’eau conta­mi­née des pou­belles. Le tout s’est ré­pan­du di­rec­te­ment sur de nom­breux sites de plon­gée, dé­jà fra­gi­li­sés par le dé­ver­se­ment conti­nu des eaux usées, avec pour consé­quence des fonds ma­rins dé­jà peu spec­ta­cu­laires qui s’ap­pau­vrissent de jour en jour. Une né­gli­gence dan­ge­reuse pour une île à l’économie prin­ci­pa­le­ment ba­sée sur le tourisme de la plon­gée. D’au­tant que les dé­gâts ont été aus­si im­por­tants sur terre que sous la mer. Les inon­da­tions dues aux égouts bou­chés par le sable et les dé­chets ont fait s’af­fais­ser les routes juste ter­mi­nées et aux­quelles un im­por­tant bud­get avait été consa­cré. Les seules vé­ri­tables ac­tions de sen­si­bi­li­sa­tion, fruits d’une conscience éco­lo­gique et d’un amour pour l’île, sont à mettre au cré­dit de ré­si­dents étran­gers qui or­ga­nisent des net­toyages ré­gu­liers des plages et des fonds ma­rins, un en­ga­ge­ment mis à l’hon­neur par un festival an­nuel. Im­por­tant ren­dez-vous, le Un­der­wa­ter World Festival réunit, en juin ha­bi­tuel­le­ment, ar­tistes et mé­dias au­tour d’un vil­lage éco­lo, d’ac­tions de net­toyage et d’in­ter­ven­tions édu­ca­tives sur le

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thème de la pré­ser­va­tion de la na­ture et de la sen­si­bi­li­sa­tion, en par­ti­cu­lier des en­fants.

Une île ani­mée

Les fêtes na­tio­nales de Loy Kra­tong en no­vembre et Song­kran en avril, sans être spec­ta­cu­laires, font res­sor­tir le ca­rac­tère thaï­lan­dais de l’île. Autre ren­dez-vous d’en­ver­gure et at­ten­du par les fê­tards de tous ho­ri­zons qui dé­barquent mas­si­ve­ment à Koh Tao pour l’oc­ca­sion, le festival de musique trance « The Ex­pe­rience », qui se tient du­rant trois jours non-stop, lors d’un pas­sage à la nou­velle an­née plu­tôt « high ». Le reste du temps, les nuits se pro­longent au Fi­sh­bowl et au Rock Beach, sur la baie de Sai­ree. Un sou­la­ge­ment : on ne vient pas à Koh Tao pour les bars à filles, rares et à peine vi­sibles, et l’on peut fré­quen­ter pai­si­ble­ment de bons sa­lons de mas­sage, no­tam­ment loin de la foule, au Wind Beach Re­sort de Sai­ree. Ceux qui ne plongent pas ont à leur dis­po­si­tion de nom­breuses ac­ti­vi­tés, dont le paddle board, le kayak, la marche, le VTT et bien sûr la plon­gée avec masque et tu­ba. Pour la touche lo­cale, quelques adeptes viennent s’en­traî­ner à la boxe thaïe. En­fin, le yo­ga, pra­ti­qué chez les apnéistes et pro­po­sé prin­ci­pa­le­ment dans les centres de plon­gée libre, y gagne au­jourd’hui en po­pu­la­ri­té. Pour com­plé­ter vos jour­nées, ne man­quez pas une vi­site au temple prin­ci­pal de l’île, sur la route de Mae Haad. En­fin, on ap­pré­cie par­ti­cu­liè­re­ment un peu de far­niente sur les plages de Free­dom Beach, Ao Leuk, Ta­note Bay, et le pas­sage obli­gé au point de vue « I Love Koh Tao ». A l’ori­gine des­ti­na­tion de back­pa­ckers, Koh Tao semble s’orien­ter vers un tourisme chic et plus cher. Tou­te­fois, il reste tou­jours de quoi se sen­tir au bout du monde pour un bon rap­port qua­li­té-prix, en par­ti­cu­lier en choi­sis­sant une crique en re­trait et en s’y ren­dant hors sai­son. A votre ar­ri­vée, pen­sez à vous mu­nir de l’un des guides de Koh Tao dis­po­nibles gra­tui­te­ment à l’em­bar­ca­dère. Il se­ra plus fiable et utile que les nom­breux taxistes et ra­bat­teurs qui at­tendent les tou­ristes sur le pon­ton, et vous four­ni­ra le plan de toutes les pe­tites plages et che­mins. Car en ma­tière de trans­port, il n’y a que des « taxis pick-up » fort chers. Les vi­si­teurs se tournent plu­tôt vers la lo­ca­tion de scoo­ters, dis­po­nibles un peu par­tout et bon mar­ché. Reste que louer un deux-roues ex­pose à une vé­ri­table ma­fia lo­cale. On vous conseille RPM Red Po­wer Mo­tor à Mae Haad, qui ne vous fac­tu­re­ra pas à la moindre égra­ti­gnure. Quant aux « taxis boat », ils servent sur­tout à se rendre sur des criques dif­fi­ciles d’ac­cès, tout en pro­fi­tant d’une agréable pro­me­nade en mer. G

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