LAURENT DITTRICK, CONSUL­TANT AU­PRÈS DE LA SO­CIÉ­TÉ FI­NAN­CIÈRE IN­TER­NA­TIO­NALE (IFC, MEMBRE DU GROUPE DE LA BANQUE MON­DIALE) STI­MU­LER LES IN­VES­TIS­SE­MENTS PRI­VÉS DANS LES ÉNER­GIES RE­NOU­VE­LABLES

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE -

Que le pays soit en crise ou non, que son éco­no­mie soit en ré­ces­sion ou non, que les en­tre­prises soient dé­fi­ci­taires ou non, les per­son­nels des en­tre­prises pu­bliques ne semblent pas s’in­quié­ter outre me­sure de leur sort et conti­nuent de me­ner la belle vie et se com­por­ter comme si les nom­breux avan­tages qu’ils en­grangent étaient éter­nels. L’Etat-pro­vi­dence, avec sa sub­ven­tion des dé­fi­cits, est tou­jours là pour ren­flouer les caisses et en­tre­te­nir ces per­son­nels ren­tiers.

AIN­SI, au mo­ment où des cen­taines de mil­liers de Tu­ni­siens n’ont pas en­core l’eau po­table et l’élec­tri­ci­té dans leurs foyers, au mo­ment où des cen­taines de mil­liers d’autres ne quittent leur vil­lage qu’en cas de ca­tas­trophes, voire en cas d’ur­gence ex­trême (ac­ci­dents, ma­la­dies, dé­cès…), au mo­ment où des mil­liers d’en­fants (100 mille chaque an­née) in­ter­rompent leur sco­la­ri­té par l’ef­fet de la pré­ca­ri­té de la vie à l’in­té­rieur du pays (aléas na­tu­rels, pau­vre­té ex­trême..), les agents et cadres des en­tre­prises pu­bliques et leurs fa­milles se la coulent douce en ce sens où ils bé­né­fi­cient de moult pri­vi­lèges : 18 mois de sa­laires en moyenne (y com­pris les ju­teuses primes de ren­de­ment), primes à l’oc­ca­sion des fêtes re­li­gieuses et de la ren­trée sco­laire, gra­tui­té de l’élec­tri­ci­té, gra­tui­té du trans­port aé­rien, ter­restre et ma­ri­time, ac­cès à toutes sortes de fa­ci­li­tés (ti­ckets-res­tau­rant, cré­dits ban­caires, cré­dits avan­ta­geux des fonds so­ciaux), meilleure cou­ver­ture so­cio-mé­di­cale (prises en charge de toutes sortes)…

GES­TION TRIBALE DES EN­TRE­PRISES PU­BLIQUES

Leurs femmes, en­fants et ne­veux pro­fitent, par ri­co­chet, des avan­tages que leur pro­cure l’em­ploi du père, du ma­ri ou de la mère dans les en­tre­prises pu­bliques. A titre in­di­ca­tif, au cours des va­cances sco­laires d’hi­ver et de prin­temps, les hô­tels, du Sud au Nord, sont pleins de ces agents-cadres et de leurs fa­milles, une par­tie des frais de leur sé­jour étant prise en charge par les en­tre­prises pu­bliques. Au cours de l’été, leurs en­fants ont la pos­si­bi­li­té de pas­ser des va­cances dans des pays de rêve : Grèce, Ecosse, Ja­pon, Ja­maïque, Ha­waii, Sey­chelles… Mieux, ces pri­vi­lèges sont re­con­duits dans ces en­tre­prises par l’ef­fet de la fi­lia­tion et de la suc­ces­sion, et, de­puis le sou­lè­ve­ment du 14 jan­vier 2011, par l’ef­fet du cor­po­ra­tisme et du ré­gio­na­lisme. Faut-il le rap­pe­ler ici : avant de prendre leur re­traite, les pères et mères qui tra­vaillent dans ces en­tre­prises font flèche de tout bois pour ca­ser leurs en­fants et proches. Les puissants syn­di­cats de ces en­tre­prises vont jus­qu’à né­go­cier, lors des rounds so­ciaux, des quo­tas pour l’em­bauche des en­fants des per­son­nels, et ce, au vu et au su du gou­ver­ne­ment. Con­sé­quence: le re­cru­te­ment dans ces en­tre­prises s’est fait, jus­que­là, se­lon la triple ap­par­te­nance ré­gio­nale, cla­nique et fi­liale.

EN CONTRE­PAR­TIE, LE REN­DE­MENT EST NUL

En contre­par­tie de cette si­tua­tion si confor­table, le ren­de­ment de ces per­son­nels, tout au­tant que la qua­li­té du ser­vice qu’ils rendent à des clients à vie, est, le moins que l’on puisse dire, ca­tas­tro­phique et dé­plo­rable.

Lorsque vous êtes en règle avec ces en­tre­prises, c’est-à-dire sur le plan paye­ment des fac­tures, vous avez droit à tous genres de tra­cas­se­ries : ac­cueil désa­gréable, agres­si­vi­té gra­tuite, len­teur las­sante, in­so­lence, com­men­taires et hu­mour dé­pla­cés et sou­vent cy­niques… Lorsque vous êtes en si­tua­tion ir­ré­gu­lière (cas du rouge ban­caire), vous de­vez prendre votre mal en pa­tience et faire le dos rond. Car c’est un vé­ri­table calvaire. A titre in­di­ca­tif, les chefs d’agences ban­caires pu­bliques, les chefs d’agences du trans­por­teur pu­blic Tu­ni­sair à l’étran­ger et di­vers autres contrô­leurs de la Trans­tu et de la Sncft de­viennent plus roya­listes que le roi, bran­dissent la loi et vous font payer très cher toute dis­trac­tion et toute ir­ré­gu­la­ri­té de votre part.

QUI DIT EN­TRE­PRISE PU­BLIQUE DIT DÉ­SIN­VOL­TURE

Au quo­ti­dien, pour ces per­son­nels, le tra­vail dans une en­tre­prise pu­blique est une op­por­tu­ni­té aux fins de faire le mar­ché, de se coif­fer, de voir le mé­de­cin ou le den­tiste, de si­ro­ter le thé avec des amis en pleine ave­nue, de vi­si­ter les pa­rents et même de se per­mettre des bai­gnades… Ils sont ra­re­ment à leur bu­reau. A preuve, es­sayez de de­man­der une banque pu­blique à 16 heures, vous n’y trou­ve­rez per­sonne. Un hu­mo­riste de la place a ré­su­mé la si­tua­tion des en­tre­prises pu­bliques avec cette belle image. Ces mas­to­dontes sont mar­qués quo­ti­dien­ne­ment par un va-et-vient de deux ca­té­go­ries d’agents pu­blics, ceux qui ar­rivent en re­tard et ceux qui quittent leur bou­lot avant l’heure. Ré­sul­tat: face à un tel lais­ser-al­ler, ces en­tre­prises pu­bliques, qui avaient abu­si­ve­ment uti­li­sé la pas­sa­tion frau­du­leuse des mar­chés pour ser­vir «le ca­pi­ta­lisme de co­pi­nage du klep­to­crate Ben Ali» ne peuvent qu’être dé­fi­ci­taires. Leur dé­fi­cit est ac­tuel­le­ment es­ti­mé à en­vi­ron 6,5 mil­liards de di­nars. Si on ad­di­tionne ce mon­tant au dé­fi­cit bud­gé­taire de 7,9% du PIB, le dé­fi­cit glo­bal se­rait à deux chiffres, ce­lui des en­tre­prises n’étant ja­mais pris en compte dans les sta­tis­tiques ma­croé­co­no­miques.

Au cours des va­cances sco­laires d’hi­ver et de prin­temps, les hô­tels, du Sud au Nord, sont pleins de ces agents-cadres et de leurs fa­milles, une par­tie des frais de leur sé­jour étant prise en charge par les en­tre­prises pu­bliques.

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