BANQUE EU­RO­PÉENNE DE RE­STRUC­TU­RA­TION ET DE DÉ­VE­LOP­PE­MENT FI­NAN­CE­MENTS FLEXIBLES ET STRUCTURÉS

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE -

lors d’en­tre­tiens ac­cor­dés aux mé­dias avant de

conclure avec hu­mour : «Nous sommes le seul pays avec la Co­rée du Nord à abri­ter en­core des en­tre­prises pu­bliques».

LES BAILLEURS DE FONDS POUR LA RÉ­VI­SION DU STA­TUT DE «L’ETAT-AC­TION­NAIRE»

Au rayon bailleurs de fonds, la Banque mon­diale s’est pro­non­cée de ma­nière claire sur ce dos­sier dans un rap­port in­ti­tu­lé : « La gou­ver­nance dans une cen­taine d’en­tre­prises pu­bliques en Tu­ni­sie». Cette étude, qui a diag­nos­ti­qué plu­sieurs dys­fonc­tion­ne­ments dans la ges­tion de ces en­tre­prises, re­com­mande à la Tu­ni­sie de re­voir la fonc­tion “ac­tion­naire de l’Etat“, de s’as­su­rer de la re­de­va­bi­li­té des en­tre­prises pu­bliques et de ren­for­cer le rôle du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion (CA) dans leur ges­tion. L’étude a dis­cer­né une mau­vaise qua­li­té de l’in­for­ma­tion fi­nan­cière pu­bliée par les en­tre­prises pu­bliques, voire son in­exis­tence. Elle sug­gère, à ce su­jet, d’as­su­rer une meilleure trans­mis­sion des in­for­ma­tions fi­nan­cières et une es­ti­ma­tion ré­gu­lière des risques bud­gé­taires. L’étude montre éga­le­ment que le sys­tème de contrôle des en­tre­prises pu­bliques de­meure in­ef­fi­cace et est en des­sous des stan­dards.

CINQ PISTES À EX­PLO­RER POUR RÉ­SOUDRE LE PRO­BLÈME DES EN­TRE­PRISES PU­BLIQUES

Au plan du ma­na­ge­ment, les ex­perts re­com­mandent le re­cours aux règles de bonne gou­ver­nance ba­siques, voire aux best prac­tices. Le mo­dèle idéal qu’ils pro­posent s’ar­ti­cule au­tour de cinq vo­lets : le rôle mo­teur de l’en­ca­dre­ment (lea­der­ship), la bonne ges­tion des res­sources hu­maines, la sa­tis­fac­tion du client ou de l’usa­ger, la mise en place d’un sys­tème d’in­for­ma­tion fiable (60% des en­tre­prises pu­bliques ne pu­blient pas, ac­tuel­le­ment, leurs états fi­nan­ciers), sui­vi des per­for­mances et éva­lua­tion.

SOPHIÈN BENNACEUR, EX­PERT EN GES­TION DE CRISES, PRO­POSE CINQ PISTES À EX­PLO­RER

La pre­mière se­rait de dis­pen­ser les en­tre­prises pu­bliques à ca­rac­tère stra­té­gique de toute re­struc­tu­ra­tion pou­vant abou­tir à leur pri­va­ti­sa­tion par­tielle ou to­tale (cas de la Steg, So­nede, Sncft, Trans­tu...). La seule condi­tion à exi­ger tou­te­fois de ces en­tre­prises stra­té­giques est d’ac­cep­ter d’en­ga­ger, tout de suite, un pro­ces­sus d’amé­lio­ra­tion de leur gou­ver­nance. Elles sont in­vi­tées à in­tro­duire dans leur ma­na­ge­ment les bonnes pra­tiques de ges­tion pri­vée. Plus sim­ple­ment, ces en­tre­prises res­tent pu­bliques mais avec une gou­ver­nance pri­vée (con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion in­dé­pen­dant). La deuxième consis­te­rait à cé­der les parts de l’Etat dans le ca­pi­tal des en­tre­prises pu­bliques opé­rant dans le sec­teur concur­ren­tiel (cas d’une dou­zaine de banques au ca­pi­tal des­quelles l’Etat par­ti­cipe), l’ul­time but étant d’aug­men­ter la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière et, par­tant, d’at­ti­rer de nou­veaux in­ves­tis­seurs étran­gers. L’in­té­rêt est double. Cette in­tro­duc­tion va as­su­rer la trans­pa­rence des comptes de ces en­tre­prises et ga­ran­tir, au grand bon­heur des syn­di­cats, la via­bi­li­té de l’en­tre­prise et la pé­ren­ni­té de l’em­ploi. L’Etat est aus­si ga­gnant en ce sens où une bourse de va­leurs dy­na­mique lui per­met­trait de le­ver, à bon mar­ché, d’im­por­tants fonds pour fi­nan­cer l’éco­no­mie du pays. Mieux, l’in­tro­duc­tion des en­tre­prises pu­bliques en Bourse en­cou­rage les ci­toyens à contri­buer à la créa­tion des ri­chesses et à sa dé­mo­cra­ti­sa­tion. La troi­sième piste se­rait de dis­cu­ter avec les syn­di­cats au cas où le scé­na­rio de pri­va­ti­sa­tion se­rait re­te­nu et de leur pro­po­ser une bonne in­dem­ni­sa­tion pour leurs adhé­rents. Certes ce­la peut coû­ter cher à court terme, mais sur le long terme, l’opé­ra­tion est payante. La qua­trième se­rait de contour­ner les ré­sis­tances aux pro­jets de pri­va­ti­sa­tion en op­tant pour une di­gi­ta­li­sa­tion de ces en­tre­prises et d’ y lan­cer un «full nu­mé­rique». La di­gi­ta­li­sa­tion a jus­te­ment pour ver­tus d’ac­croître la pro­duc­ti­vi­té, de dis­sua­der la cor­rup­tion et de fa­vo­ri­ser la trans­pa­rence et la tra­ça­bi­li­té. La cin­quième, en­fin, se­rait d’in­jec­ter de l’ar­gent frais dans le ca­pi­tal des en­tre­prises pu­bliques dé­fi­ci­taires à tra­vers l’éta­blis­se­ment de par­te­na­riats stra­té­giques tech­niques ou fi­nan­ciers avec des in­ves­tis­seurs étran­gers. Le mé­ca­nisme du par­te­na­riat pu­blic/pri­vé (PPP) peut jouer un grand rôle pour pro­mou­voir ce ty­ped’opé­ra­tions. Dans cette op­tique, il est im­pé­ra­tif de me­ner de gros ef­forts pour pro­mou­voir l’in­ves­tis­se­ment étran­ger di­rect et at­ti­rer des mul­ti­na­tio­nales, a-t-il re­com­man­dé.

POUR UN DÉ­BAT PU­BLIC

Par-de­là ce diag­nos­tic et ces es­quisses de solutions qui sug­gèrent, en fi­li­grane, la ces­sion de cer­taines en­tre­prises pu­bliques, toutes les par­ties concer­nées, gou­ver­ne­ment, bailleurs de fonds, syn­di­cats et so­cié­té ci­vile sont ap­pe­lées à en­ga­ger, sans condi­tions préa­lables, un dé­bat se­rein sur ce lourd dos­sier. Les syn­di­cats, par­ti­cu­liè­re­ment, bien qu’ils soient au sum­mum de leur puis­sance, doivent faire preuve de sou­plesse. Ce qui leur est de­man­dé ne consiste pas à je­ter l’éponge et à ne plus dé­fendre les in­té­rêts de leurs adhé­rents, dont le plus gros des troupes tra­vaille dans les en­tre­prises pu­bliques, mais, bien au contraire, de les dé­fendre avec plus d’in­tel­li­gence en né­go­ciant avec pug­na­ci­té des ga­ran­ties et des com­pen­sa­tions si­gni­fi­ca­tives en cas de ces­sions. En se can­ton­nant dans des niets sté­riles comme ceux que vient d’en pro­fé­rer le se­cré­taire gé­né­ral de l’Ugtt ou en­core dans des dé­cla­ra­tions d’autres ugé­tistes du genre “tout pro­jet de pri­va­ti­sa­tion des en­tre­prises pu­bliques est une ligne rouge”, les syn­di­cats prouvent qu’ils sont im­pro­duc­tifs et sont hors de leur temps et de la réa­li­té des choses.Par­tout dans le monde, les syn­di­cats pri­vi­lé­gient le dia­logue et le com­pro­mis. En France, pour évi­ter la fer­me­ture des en­tre­prises pu­bliques et le li­cen­ce­ment de mil­liers de tra­vailleurs, les syn­di­cats ont dû ac­cep­ter des contrats de com­pé­tri­ti­vi­té en ver­tu des­quels l’en­tre­prise et les tra­vailleurs consentent des sa­cri­fices mu­tuels pour sau­ver, non pas les sa­laires, mais l’em­ploi et sa gé­né­ra­trice : l’en­tre­prise. De son cô­té, le gou­ver­ne­ment est ap­pe­lé à ne pas ré­pé­ter les mêmes er­reurs du pas­sé si ja­mais il dé­cide de cé­der des en­tre­prises pu­bliques à des pri­vés. Car l’ex­pé­rience a mon­tré — tel le cas de la grande dis­tri­bu­tion — que les ra­che­teurs n’in­ves­tissent pas et ne créent pas d’em­plois après le ra­chat de ces joyaux pu­blics. Et lors­qu’ils em­bauchent, c’est dans des em­plois pré­caires, c’est-à-dire non per­ma­nents. Et, de ce point de vue, les syn­di­cats ont rai­son de se mé­fier des pri­va­ti­sa­tions. Il suf­fit de fré­quen­ter, une se­maine, les grandes sur­faces cé­dées aux pri­vés pour consta­ter que le per­son­nel change (ven­deuses et di­vers com­mis) se­lon l’hu­meur des pa­trons. Mieux, le gou­ver­ne­ment doit en­core se rap­pe­ler que la ces­sion des en­tre­prises pu­bliques n’est pas une af­faire fa­cile. Pour les rendre ven­dables, des opé­ra­tions d’as­si­nis­se­ment et de plans so­ciaux sont exi­gés, ce qui va coû­ter cher au contri­buable. Et la pi­lule ne pas­se­ra pas fa­ci­le­ment cette fois-ci, c’est-à-dire en temps de dé­mo­cra­tie. Quant aux bailleurs de fonds, il faut être hon­nête avec eux. Ils n’ont ja­mais re­com­man­dé di­rec­te­ment la pri­va­ti­sa­tion des en­tre­prises pu­bliques ; tout ce qu’ils de­mandent, c’est leur bonne ges­tion en de­hors de la tu­telle de l’Etat. Pour eux, ne l’ou­blions pas, une en­tre­prise est avant tout une en­ti­té éco­no­mique, qu’elle soit pu­blique ou pri­vée. L’en­jeu ré­side dans les moyens et ou­tils qui lui gran­tis­se­ment ren­ta­bi­li­té et via­bi­li­té. A titre in­di­ca­tif, les mul­ti­na­tio­nales fran­çaise et ita­lienne To­tal et Eni, avant d’être aux mains d’un ac­tion­na­riat in­ter­na­tio­nal, étaient au com­men­ce­ment de simples en­tre­prises na­tio­nales. Il n’y a au­cune rai­son pour qu’une en­tre­prise na­tio­nale tu­ni­sienne comme la Sndp, connue sous le nom com­mer­cial Agil n’en fasse pas au­tant. Elle, en a, en plus les moyens et le sa­voir-faire. Il suf­fit que l’Etat lui dé­lie les mains, n’in­ter­vienne plus dans sa ges­tion et ne pense plus à la pri­va­ti­ser.

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