FORTE CROIS­SANCE DU MAR­CHÉ SOLAIRE PHO­TO­VOL­TAÏQUE

La Tu­ni­sie a be­soin de di­zaines de mil­liards de di­nars pour reme re les en­tre­prises pu­bliques en marche, afin de pou­voir af­fron­ter la concur­rence in­ter­na­tio­nale, ex­plo­rer les mar­chés et ren­for­cer l’ex­por­ta­tion.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Na­joua HIZAOUI

SE­LON les ré­sul­tats d’une ana­lyse de la si­tua­tion des en­tre­prises pu­bliques éta­blie par le bu­reau d’études Er­nest and Young Tu­ni­sie, Nou­red­dine Ha­j­ji, di­rec­teur gé­né­ral du bu­reau d’études YE Tu­ni­sie, re­lève que 60 en­tre­prises ont en­re­gis­tré un ac­crois­se­ment de leur chiffre d’af­faires (+8.469 mil­lions de di­nars), quatre autres ont main­te­nu le même ni­veau d’af­faires et 28 ont connu une baisse de leur chiffre d’af­faires (-2.386 mil­lions de di­nars).

IN­DI­CA­TEURS-CLÉS

L’ana­lyse a fait res­sor­tir une évo­lu­tion des charges du per­son­nel dis­pro­por­tion­née avec celle des re­ve­nus, une di­mi­nu­tion pro­gres­sive des sub­ven­tions et un ré­sul­tat net des sub­ven­tions en voie de re­dres­se­ment à par­tir de 2015. Par ailleurs, un autre in­di­ca­teur a été re­le­vé, re­la­tif au cu­mul des ré­sul­tats dé­fi­ci­taires qui a at­teint 6.524 mil­lions de di­nars fin 2016. En ef­fet, 50 en­tre­prises (sur les 92 ana­ly­sées) pré­sentent des ré­sul­tats re­por­tés né­ga­tifs (6.525 mil­lions de di­nars) et 11 autres re­pré­sentent 78% du to­tal des ré­sul­tats né­ga­tifs. Les re­ve­nus des par­ti­ci­pa­tions re­ve­nant à l’Etat sont en dé­crois­sance, pas­sant de 927 mil­lions de di­nars par an sur la pé­riode 2006-2010 à 485 mil­lions de di­nars par an sur celle de 2011-2016. En somme, le ren­de­ment du por­te­feuille des en­tre­prises pu­bliques dans son en-

semble a consi­dé­ra­ble­ment bais­sé de­puis la ré­vo­lu­tion. Ces re­ve­nus ont di­mi­nué à rai­son de 24% par an de­puis 2011. Les marges, à la base né­ga­tives, se sont dé­gra­dées au fil des ans pour at­teindre -11% en 2016. Le coût an­nuel est pas­sé de 5 mil­liards de di­nars en 2010 à 3,3 mil­liards en 2016. Ha­j­ji pré­cise que «pour re­mettre les en­tre­prises pu­bliques en si­tua­tion nor­male, l’Etat doit payer 6,5 mil­liards de di­nars sur la base de la si­tua­tion de fin 2016».

PRI­VA­TI­SA­TION : FAITS SAILLANTS

Se­lon Zou­haïr El Kadhi, di­rec­teur du bu­reau d'études l’It­ceq, les re­cettes to­tales des opé­ra­tions de pri­va­ti­sa­tion et de re­struc­tu­ra­tion des en­tre­prises pu­bliques (en­vi­ron 217), ont at­teint 6.963 MD. Ces en­tre­prises ont en­re­gis­tré une aug­men­ta­tion du ca­pi­tal de +3,6%. D’après les sta­tis­tiques, les in­di­ca­teurs de per­for­mance se sont amé­lio­rés, tou­chant aus­si bien la ren­ta­bi­li­té (de 5,9 à 12,2%), l’en­det­te­ment ré­duit de 80,3 à 60%, la marge bé­né­fi­ciaire nette (de -7.3 à 4%), le taux d’au­to­no­mie (de 25 à 42,6%), la pro­duc­ti­vi­té du tra­vail (de 26.149 à 36.279 di­nars) ain­si que le taux d’en­ca­dre­ment (de 14 à 18%). Le de­gré d’ef­fi­ca­ci­té de la pri­va­ti­sa­tion a été ob­ser­vé aus­si bien au ni­veau du taux d’ef­fi­ca­ci­té éco­no­mique avoi­si­nant 56% qu’à ce­lui d’ef­fi­ca­ci­té pro­duc­tive moyen­nant 67%. Des dif­fi­cul­tés et des contraintes en­travent ce­pen­dant l’opé­ra­tion de pri­va­ti­sa­tion, à sa­voir l’am­bi­guï­té de la for­mu­la­tion dans les ca­hiers des charges, les pro­blèmes fon­ciers qui han­di­capent les en­ti­tés, les pro­blèmes fis­caux (re­dres­se­ment sur des si­tua­tions an­té­rieures à la pri­va­ti­sa­tion..), et des pro­blèmes de na­ture so­ciale (agents contrac­tuels et dettes an­té­rieures au­près de la Cnss). Pour El Kadhi, « l’ef­fi­ca­ci­té éco­no­mique exige de ga­ran­tir la pé­ren­ni­té de ces en­tre­prises à tra­vers l’amé­lio­ra­tion de leur ren­de­ment et de leur com­pé­ti­ti­vi­té et de conso­li­der l’équi­libre des fi­nances pu­bliques en ré­dui­sant les dé­penses prises en charge par le bud­get de l’Etat au pro­fit de cer­taines en­tre­prises pu­bliques».

PLAN D’IN­VES­TIS­SE­MENT

De l’avis des ex­perts et des ac­teurs éco­no­miques, tous les in­di­ca­teurs sont au rouge, l’in­té­gra­li­té des en­tre­prises pu­bliques étant en dif­fi­cul­té ain­si que les sec­teurs-clés dont ce­lui du trans­port (Tu­ni­sair, Oa­ca, Sncft, Trans­tu, la CTN, etc. et les ci­men­te­ries). Se­lon Mon­cef Bous­san­nou­ga, res­pon­sable à «Kpmg Tu­ni­sie», « les en­tre­prises pu­bliques doivent être sou­mises à la loi du mar­ché. L’en­tre­prise, qu’elle soit pu­blique ou pri­vée, a un rôle à jouer sur le mar­ché. Elle doit s’adap­ter aux mar­chés na­tio­nal et in­ter­na­tio­nal, faire des in­ves­tis­se­ments et être au top pour pou­voir af­fron­ter la concur­rence. Alors qu’au­jourd’hui, les chiffres sont alar­mants quand le pays a be­soin de 6,5 mil­liards de di­nars pour ré­ha­bi­li­ter uni­que­ment les en­tre­prises pu­bliques. En réa­li­té, on a be­soin de di­zaines de mil­liards pour re­mette nos fleu­rons en marche (CPG, Steg, Stir, Tu­ni­sair, sociétés de trans­port, etc)». «Com­ment al­lons-nous af­fron­ter de­main la concur­rence in­ter­na­tio­nale si on ne met pas en place un plan d’in­ves­tis­se­ment et que l’Etat n’a pas les moyens d’em­prun­ter»?, s’in­ter­roge l’ex­pert. Rap­pe­lons dans ce sens que 88,4% d’aides pu­bliques ont été al­louées par l’Etat au sau­ve­tage et à l’équi­libre et non pas à l’in­ves­tis­se­ment. Au vu des chiffres, la si­tua­tion est-elle ré­ver­sible ? Est-ce qu’il est pos­sible au­jourd’hui de re­mettre nos en­tre­prises pu­bliques sur les rails ? «Il y a tou­jours des solutions qui doivent être concré­ti­sées ra­pi­de­ment pour évi­ter la dis­pa­ri­tion de cer­taines en­tre­prises. Il faut faire ap­pel à des noyaux durs qui ont les ca­pa­ci­tés pour in­ves­tir, ex­plo­rer les mar­chés et créer les op­por­tu­ni­tés d’ex­por­ta­tion. Il faut éga­le­ment li­qui­der les en­tre­prises qui doivent l’être, four­nir les moyens né­ces­saires et les plus mo­dernes pour mieux gé­rer les autres».

SI­TUA­TION IN­SOU­TE­NABLE

Pour Ah­med Ben Gha­zi, gé­rant as­so­cié AGB, «les en­tre­prises pu­bliques sont un ins­tru­ment pour ser­vir les ob­jec­tifs de po­li­tique pu­blique. Celles qui existent au­jourd’hui ne sont peut-être plus le bon ins­tru­ment pour réa­li­ser ces ob­jec­tifs. Il est clair que la si­tua­tion ac­tuelle n’est plus sou­te­nable sur le plan fi­nan­cier pour l’Etat, qui ne peut plus la main­te­nir même si l’ana­lyse faite sur le plan sec­to­riel ne pour­ra plus as­su­rer l’en­semble des be­soins. Ben Gha­zi in­siste sur l’ins­tau­ra­tion d’un dé­bat de fond qui doit être en­ga­gé par les pou­voirs pu­blics «pour af­fir­mer que par rap­port à cette ma­trice concur­ren­tielle stra­té­gique, nous de­vons éta­blir un plan d’ac­tion. Nous avons be­soin d’un dé­bat sur le pé­ri­mètre des en­tre­prises pu­bliques qui doit être me­né avec beau­coup de trans­pa­rence». Pour ce qui est des mo­da­li­tés de pri­va­ti­sa­tion des en­tre­prises pu­bliques, l’ex­pert pré­cise que ce dos­sier est très sen­sible et sus­cite en­core des po­lé­miques. Mais, «s’il y a une seule ligne rouge, c’est le gas­pillage de l’ar­gent pu­blic. Ain­si, le dé­bat doit être fo­ca­li­sé, entre autres, sur le bon usage des fonds pu­blics». Pour­quoi y a-t-il une telle sa­cra­li­té au­tour de la ques­tion des en­tre­prises pu­bliques au vu des mo­da­li­tés de sau­ve­tage évo­quées? Hou­cine Di­mas­si, an­cien mi­nistre des Fi­nances, pense que les causes qui ont été à l’ori­gine de cette si­tua­tion dé­sas­treuse ré­sident dans «l’in­ca­pa­ci­té de l’Etat à faire face à une mul­ti­tude de dé­fis et de contraintes en même temps. Est-ce que l’Etat, à tra­vers le bud­get, pour­rait faire face et af­fron­ter non seule­ment l’am­pli­fi­ca­tion des sub­ven­tions ver­sées aux en­tre­prises pu­bliques mais aus­si les autres dé­penses fon­da­men­tales du bud­get ? Il sou­ligne d’un autre cô­té que le gou­ver­ne­ment est in­ca­pable de réa­li­ser si­mul­ta­né­ment les cinq ré­formes de fond, d’as­sai­nir le sys­tème ban­caire au re­gard des dettes et des cré­dits cu­mu­lés im­payés.

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