L’AFRIQUE, UN MAR­CHÉ POR­TEUR

L’en­tre­prise pu­blique joue un rôle dé­ter­mi­nant dans le pay­sage so­cioé­co­no­mique de la Tu­ni­sie au re­gard de son ef­fet sur les in­di­ca­teurs de dé­ve­lop­pe­ment à l’échelle na­tio­nale et ré­gio­nale.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Na­joua HIZAOUI

DE­PUIS des an­nées, les en­tre­prises pu­bliques ont com­men­cé à ma­ni­fes­ter des signes in­quié­tants d’es­souf­fle­ment mar­qué no­tam­ment par la baisse des re­cettes, la faible com­pé­ti­ti­vi­té, l’ac­cu­mu­la­tion des pertes et le sur­en­det­te­ment de la ma­jo­ri­té de ces en­tre­prises. Cette si­tua­tion s’ex­plique par un en­semble de fac­teurs en­do­gènes et exo­gènes : per­tur­ba­tions et ar­rêts fré­quents de l’ex­ploi­ta­tion, vieillis­se­ment du ma­té­riel de pro­duc­tion, dif­fi­cul­tés de re­cou­vre­ment des créances, sur­ef­fec­tifs, in­suf­fi­sance de la sub­ven­tion pu­blique, er­reurs de ges­tion, de gou­ver­nance et de pi­lo­tage, pro­li­fé­ra­tion de la contre­bande et du van­da­lisme, concur­rence in­ter­na­tio­nale et dé­va­lo­ri­sa­tion du di­nar, sans ou­blier la per­for­mance en­vi­ron­ne­men­tale for­te­ment contes­table. Qua­li­fiée de «gouffre fi­nan­cier per­ma­nent» par cer­tains ex­perts et fi­nan­ciers, l’en­tre­prise pu­blique tu­ni­sienne conti­nue de faire l’ob­jet de contro­verses, pour des consi­dé­ra­tions stra­té­giques, de so­li­da­ri­té et de paix so­ciale. Sept ans après la ré­vo­lu­tion et face à une re­lance éco­no­mique qui s’avère tou­jours dif­fi­cile ain­si qu’au sé­rieux dé­fi­cit bud­gé­taire pu­blic, les in­quié­tudes s’ins­tallent quant à sa per­for­mance et son de­ve­nir. Cette in­quié­tude s’ex­prime dans les dé­bats éco­no­miques, po­li­tiques, so­ciaux, ma­na­gé­riaux ou de gou­ver­nance, voire his­to­riques et idéo­lo­giques. Au re­gard des exi­gences de la per­for­mance éco­no­mi­co-fi­nan­cière et tout en pre­nant en consi­dé­ra­tion les fac­teurs so­ciaux et po­li­tiques, l’en­tre­prise pu­blique fait l’ob­jet de plu­sieurs ques­tion­ne­ments. C’est ef­fec­ti­ve­ment un su­jet à contro­verse, sus­ci­tant un dé­bat qui pro­voque des di­vi­sons entre ceux qui sont pour la pri­va­ti­sa­tion, d’autres qui vont vers la re­struc­tu­ra­tion et ceux qui prônent le sta­tu quo . Face à cette si­tua­tion, com­ment tran­cher? Com­ment prendre la meilleure dé­ci­sion ? C’est à par­tir d’un diag­nos­tic fiable qu’on pour­rait dé­cor­ti­quer la si­tua­tion des en­tre­prises pu­bliques se­lon leur na­ture, leur sec­teurs d’ac­ti­vi­tés et leurs per­for­mances, un diag­nos­tic per­met­tant de com­prendre la na­ture des dif­fi­cul­tés, l’am­pleur des dé­gâts et de des­si­ner les contours des pers­pec­tives à ve­nir. Au­tant dire que le pro­blème de l’en­tre­prise pu­blique en Tu­ni­sie est une réa­li­té. D’après les chiffres of­fi­ciels, les pertes qui y ont été cu­mu­lées s’élèvent à plus de sept mille mil­lions de di­nars. Les sub­ven­tions d’ex­ploi­ta­tion pour la pé­riode 2014-2015-2016 sont de l’ordre de 10.500 mil­lions de di­nars, dont 5.800 mil­lions de di­nars rien que pour l’an­née 2015, soit l’équi­valent du bud­get an­nuel d’in­ves­tis­se­ment du pays. La masse sa­la­riale dis­tri­buée par ces en­tre­prises au cours de la même pé­riode s’élève à 11.240 mil­lions de di­nars. Sur les trois an­nées 2014-2015-2016, la com­mu­nau­té na­tio­nale a sup­por­té des sub­ven­tions d’ex­ploi­ta­tion et d’in­ves­tis­se­ment à leur pro­fit d’un mon­tant glo­bal de 11.609 mil­lions de di­nars. D’après les ex­perts et les par­te­naires so­ciaux, les solutions existent et ne rien faire et conti­nuer à dif­fé­rer le trai­te­ment du pro­blème ou per­sis­ter à des dé­bats idéo­lo­giques et sté­riles ne peuvent qu’ag­gra­ver la si­tua­tion et alour­dir les coûts des solutions pour toute la com­mu­nau­té na­tio­nale. Et ces solutions sont nom­breuses et va­riées, al­lant de la re­struc­tu­ra­tion, au par­te­na­riat pu­blic-pri­vé, à l’ou­ver­ture du ca­pi­tal ou en­core la pri­va­ti­sa­tion. Toutes ces va­riantes peuvent consti­tuer la base d’une feuille de route adap­tée per­met­tant de sau­ver, de re­lan­cer ces en­ti­tés dont le poids et les ef­fets d’en­traî­ne­ment sont sou­vent sen­sibles dans leurs sec­teurs res­pec­tifs, sa­chant que leur contri­bu­tion au PIB est de plus de 9,5% en 2016.

CONTRATS DE PER­FOR­MANCE

De nos jours, la règle in­con­tour­nable dans tous les pays et toutes les éco­no­mies est celle de la com­pé­ti­ti­vi­té. C’est la condi­tion sine qua non de la pé­ren­ni­té et du dé­ve­lop­pe­ment de toutes les en­tre­prises qui sont sou­mises aux mêmes lois et condi­tions du mar­ché. Et, pour veiller à la pé­ren­ni­té de l’en­tre­prise pu­blique, le gou­ver­ne­ment a mis en place des pro­grammes de ré­forme et de trai­te­ment de la si­tua­tion de ces éta­blis­se­ments pu­blics. Ces pro­grammes ont été con­çus conjoin­te­ment avec toutes par­ties pre­nantes, en vue de pré­ser­ver leurs équi­libres fi­nan­ciers et leur com­pé­ti­ti­vi­té éco­no­mique, et ce, à tra­vers la re­struc­tu­ra­tion et le par­te­na­riat pu­blic-pri­vé. Pour dé­ve­lop­per la bonne gou­ver­nance des en­tre­prises pu­bliques, ce pro­gramme s’ar­ti­cule au­tour de plu­sieurs axes, dont le trai­te­ment au cas par cas des sociétés en dif­fi­cul­té et des sec­teurs, le ren­for­ce­ment de leur com­pé­ti­ti­vi­té, la contri­bu­tion de l’Etat dans leur ca­pi­tal, la mise en place des fon­de­ments de la bonne gou­ver­nance, outre l’ins­tau­ra­tion du dia­logue so­cial lors de chaque opé­ra­tion de sau­ve­tage... Par ailleurs, le gou­ver­ne­ment a en­ta­mé l’exé­cu­tion d’une stra­té­gie pour amé­lio­rer le ren­de­ment de ces en­tre­prises et ins­tau­rer un sys­tème de contrôle à tra­vers des «contrats de per­for­mance», l’ob­jec­tif étant de li­mi­ter leurs risques fi­nan­ciers. Dans ce cadre, des contrats de per­for­mance ont été si­gné avec la Steg, l’Of­fice na­tio­nal des cé­réales, la Régie na­tio­nale du ta­bac et des al­lu­mettes (Rn­ta)...Ces contrats four­nissent des in­di­ca­teurs per­met­tant d’ac­tua­li­ser le ren­de­ment en leur sein et d’in­ter­ve­nir au mo­ment op­por­tun pour exa­mi­ner les ef­fets né­ga­tifs.

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