LUTTE CONTRE LE FI­NAN­CE­MENT DU TER­RO­RISME LE RÔLE DE L’UNION EU­RO­PÉENNE

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Sa­my CHAMBEH

ac­tua­li­tés in­ter­na­tio­nales

Le grand risque de toute ré­forme ma­jeure pou­vant avoir des re­tom­bées so­ciales no­toires est que ce­la risque de di­vi­ser les Tu­ni­siens. Aus­si fau­til faire des thèmes des ré­formes un franc dé­bat de so­cié­té afin d’ame­ner l’opi­nion pu­blique à un consen­sus sa­lu­taire pou­vant fa­vo­ri­ser la mise en branle de l’éco­no­mie na­tio­nale.

IN­QUIÉ­TUDES po­pu­laires, freins po­li­tiques, mo­ro­si­té éco­no­mique : au­tant de fac­teurs qui ont fait que les ré­formes de struc­ture né­ces­saires sous nos cieux n’ont pu être en­ga­gées au rythme sou­hai­té pour per­mettre un prompt re­dres­se­ment de l’éco­no­mie na­tio­nale à tra­vers l’at­té­nua­tion des dé­fi­cits, la sta­bi­li­sa­tion de la si­tua­tion bud­gé­taire et la re­prise d’un taux de crois­sance sou­te­nu. Et toute la ques­tion est là : com­ment ré­soudre l’équa­tion dif­fi­cile sui­vante : mettre en ap­pli­ca­tion les ré­formes sans mettre en jeu la paix so­ciale et sans lais­ser des sé­quelles im­por­tantes sur le plan so­cial ? Au lieu de s’agi­ter, il faut agir, et de la meilleure ma­nière pos­sible, sur­tout pour ré­duire le gap entre le dis­cours et l’acte tout en veillant à adou­cir l’amère po­tion de cer­taines ré­formes, no­tam­ment celles qui touchent aux re­ve­nus des sa­la­riés des couches moyennes et en de­çà (alour­dis­se­ment des co­ti­sa­tions so­ciales ou fis­cales, at­té­nua­tion du rôle de l’Etat-pro­vi­dence, etc.) De prime abord, les pou­voirs pu­blics sont te­nus de faire en sorte de ga­gner la ba­taille de l’opi­nion pu­blique. Ce­la passe par l’uti­li­sa­tion d’un lan­gage dé­pouillé de tout jar­gon éco­no­mique et em­ployant un dis­cours ac­ces­sible au ré­cep­teur moyen. En­suite, il y a lieu de sen­si­bi­li­ser l’opi­nion quant au coût du re­tard ou, car­ré­ment, du re­port des ré­formes qui pour­rait être lourd de consé­quences, non tant pour la gé­né­ra­tion ac­tuelle mais sur­tout pour l’ave­nir et les gé­né­ra­tions futures. Un ef­fort de mo­bi­li­sa­tion de la base po­pu­laire ou de la frange qui se­ra tou­chée par la ré­forme est né­ces­saire. En­suite, il y a lieu d’as­su­rer un consen­sus to­tal avec les par­te­naires so­ciaux, voire avec les re­pré­sen­tants de la so­cié­té ci­vile. Cette étape exige pa­tience, dé­ter­mi­na­tion et per­sé­vé­rance, car il n’est ja­mais fa­cile à qui­conque d’aban­don­ner quelques

ac­quis ou pri­vi­lèges. Il im­porte donc que la ré­forme soit bien pen­sée et bien pré­pa­rée à tous les ni­veaux de ma­nière que ce­la se ré­per­cute dans le plan d’ac­tion, dans les dif­fé­rents scé­na­rios pré­vus (se­lon l’avan­ce­ment des né­go­cia­tions et l’in­ten­si­té de l’op­po­si­tion) et l’ana­lyse des risques po­ten­tiels, sans ou­blier le né­ces­saire sou­tien po­li­tique. Ain­si l’on pour­ra ga­ran­tir le suc­cès de ou des ré­formes à en­tre­prendre.

NON-RÉ­FORMES FIC­TION

En ef­fet, si nous pro­cé­dons à un rai­son­ne­ment par l’ab­surde et ten­tons d’en­tre­voir ce qui se pas­se­rait si la Tu­ni­sie ne mène pas dans les plus brefs dé­lais les ré­formes de struc­ture qui s’im­posent, la con­sé­quence la plus évi­dente, c’est à coup sûr l’im­passe bud­gé­taire suite à l’ac­cu­mu­la­tion de dé­fi­cits de plus en plus abys­saux. Ré­sul­tat : si on ne peut aug­men­ter d’une ma­nière tan­gible les re­cettes bud­gé­taires et/ou ré­duire si­gni­fi­ca­ti­ve­ment les dé­penses, no­tam­ment celles de fonc­tion­ne­ment, un res­ser­re­ment bud­gé­taire se­rait in­évi­table et une po­li­tique d’aus­té­ri­té, ap­pe­lée éga­le­ment de ri­gueur, se­rait alors fran­che­ment ap­pli­quée avec toutes les consé­quences po­ten­tielles de com­pres­sion dras­tiques des dé­penses pu­bliques, de gel des sa­laires, de l’ame­nui­se­ment du rôle de l’Etat-pro­vi­dence, de ré­duc­tion de l’offre des cré­dits et de ra­len­tis­se­ment du rythme de la crois­sance éco­no­mique, no­tam­ment sur le court terme. Ain­si, avec une crois­sance éco­no­mique ané­mique ou ir­ré­gu­lière, le creu­se­ment du dé­fi­cit cou­rant, la ré­duc­tion des dé­penses d’in­ves­tis­se­ment, il se­ra dif­fi­cile à l’éco­no­mie d’échap­per à ce cercle vi­cieux et ce­ci au­rait deux lourdes re­tom­bées : à sa­voir le creu­se­ment des in­éga­li­tés so­ciales (puisque ce sont les couches pauvres et moyennes qui ac­cu­se­ront le coup) et, plus grave en­core, un risque ma­jeur de ban­que­route, compte te­nu de la fac­ture cor­sée des échéances de rem­bour­se­ment des en­ga­ge­ments ex­té­rieurs. A ce pro­pos, le ni­veau ac­tuel re­le­vé des taux d’in­té­rêt, l’aug­men­ta­tion

des co­ti­sa­tions so­ciales et des taxa­tions, la ré­sis­tance des em­ployeurs (pu­blics et pri­vés) à ac­cé­der aux ma­jo­ra­tions sa­la­riales, les dif­fé­rents as­pects de ré­duc­tions des dé­penses pu­bliques, etc., au­tant de fac­teurs qui laissent à pen­ser qu’on est ac­tuel­le­ment face à une po­li­tique de ri­gueur non avouée. Donc, les pou­voirs pu­blics ga­gne­raient à pré­sen­ter sin­cè­re­ment la si­tua­tion et les pers­pec­tives de l’éco­no­mie na­tio­nale sans tou­te­fois ver­ser dans l’alar­misme car ce­la pour­rait plu­tôt nuire qu’être pro­fi­table, ce qui est de na­ture à biai­ser l’échelle des prio­ri­tés et à han­di­ca­per l’ac­tion ré­for­ma­trice à en­tre­prendre. La phase sui­vante du plan de ré­forme est la lé­gi­ti­ma­tion. En clair, les dé­ci­deurs sont te­nus de mon­trer clai­re­ment la jus­tesse de la voie ré­for­ma­trice et qu’elle consti­tue l’unique al­ter­na­tive :dou­lou­reuse, certes, mais in­dis­pen­sable et sur­tout im­pé­rieuse, car ne pou­vant plus at­tendre, si­non les choses em­pi­re­raient da­van­tage ! Certes, les pro­fits pou­vant dé­cou­ler des ré­formes se­ront gra­duels mais le jeu en vaut la chan­delle, car, à dé­faut, la fac­ture se­ra plus salée sur fond de sa­cri­fices en­core plus dou­lou­reux (pour ré­duire les dés­équi­libres in­ternes et ex­ternes). Autre phase im­por­tance, c’est la pro­gres­si­vi­té des ré­formes : parce qu’il est tou­jours dif­fi­cile de chan­ger les états d’es­prit et les men­ta­li­tés (ce qui né­ces­site du temps), outre le fait qu’il n’est pas ai­sé de cer­ner avec exac­ti­tude les im­pacts so­ciaux pos­sibles des ré­formes, donc une mise en oeuvre des ré­formes par étapes se­rait pro­fi­table et ga­ran­ti­rait un ap­pré­ciable ni­veau de réus­site des­dites ré­formes. Dans cette op­tique, il se­rait pers­pi­cace de tra­vailler sur dif­fé­rents scé­na­rios : pes­si­miste, op­ti­miste ou neutre afin de pou­voir pa­rer ra­pi­de­ment aux dé­ve­lop­pe­ments pou­vant sur­gir au cours de l’ap­pli­ca­tion des ré­formes. Ce­ci nous amène à l’étape sui­vante, à sa­voir la flexi­bi­li­té. En somme, il s’agit de pro­cé­der aux ajus­te­ments ou ré­gu­la­ri­sa­tions né­ces­saires une fois la ré­forme en­ta­mée pour pou­voir rec­ti­fier le tir et d’en af­fi­ner les contours. Par­fois on pour­rait faire de la ré­forme un su­jet de né­go­cia­tion : comme pour le cas de la pri­va­ti­sa­tion des en­tre­prises pu­bliques : au cas par cas, en­tre­prise par en­tre­prise se­lon le ni­veau de pé­ren­ni­té fi­nan­cière, d’em­ploya­bi­li­té, d’or­ga­ni­sa­tion, d’ef­fec­tifs em­ployés, etc. En­fin, il fau­dra veiller du­rant toutes les étapes pré­ci­tées de l’ap­pli­ca­tion du train de ré­formes de struc­ture à une trans­pa­rence to­tale en veillant à com­mu­ni­quer, de ma­nière pé­rio­dique, sur l’évo­lu­tion des dif­fé­rentes étapes et des ré­sul­tats. Autre sou­ci ma­jeur : li­mi­ter au­tant que faire se peut les ef­fets per­vers des ré­formes sur les franges vulnérables en ren­for­çant le sou­tien pu­blic : ré­orien­ter l’ef­fort éta­tique, sa­chant que l’Etat doit, dans tous les cas, gar­der son rôle de pro­tec­teur des ca­té­go­ries dé­fa­vo­ri­sées afin de ne pas ac­cen­tuer les in­éga­li­tés avec tout ce que ce­la peut en­traî­ner comme al­té­ra­tion du cli­mat so­cial, ce qui peut sa­per la confiance. D’ailleurs, avec l’em­bal­le­ment ac­tuel de l’in­fla­tion (la valse des éti­quettes de nombre de pro­duits et ser­vices né­ces­saires) et à l’ap­proche du mois de ra­ma­dan, il est plus qu’urgent d’agir en se dé­par­tant d’une cer­taine iner­tie de­vant la grave si­tua­tion so­ciale et éco­no­mique.

PA­RER À LA PO­LI­TIQUE DES MAINS TREMBLANTES

Face à cette si­tua­tion dans la­quelle se dé­battent nos fi­nances pu­bliques et de­vant le dés­équi­libre de nos comptes ex­té­rieurs outre la dé­pré­cia­tion du di­nar, il est im­pé­rieux de faire en sorte d’évi­ter la pa­ra­ly­sie de notre sphère éco­no­mique et de mettre l’ef­fort sur l’in­ves­tis­se­ment lo­cal et étran­ger et ce, en res­tau­rant la confiance à tous les ni­veaux. Une fois le consen­sus sur les ré­formes avec les par­te­naires so­ciaux scel­lé, il fau­dra gar­der le cap et veiller à une ap­pli­ca­tion scru­pu­leuse de ce contrat mo­ral en veillant à évi­ter tout risque d’aban­don du train des ré­formes, même en cas d’al­ter­nance po­li­tique, no­tam­ment avec les élec­tions législatives et pré­si­den­tielles qui se pro­filent. Autre sou­ci ma­jeur : pré­ser­ver, en toute cir­cons­tance, l’au­to­ri­té de l’Etat et les in­té­rêts du pays, en conso­li­dant le cli­mat des af­faires (in­ves­tis­se­ment, pro­duc­tion et ex­por­ta­tion) qui de­vra prendre le des­sus sur les vi­sées syn­di­ca­listes ou pa­tro­nales ou cor­po­ra­tistes et sur les cli­vages par­ti­sans.Compte te­nu des contraintes am­biantes et de la faible vi­si­bi­li­té sur les pers­pec­tives à ve­nir, la marge de ma­noeuvre, est certes, faible et le che­min est se­mé d’em­bûches mais l’ob­jec­tif de re­mise à flot des fi­nances pu­bliques et le ré­équi­li­brage de la ba­lance des paie­ments cou­rants né­ces­site bien de sa­cri­fices afin que notre éco­no­mie puisse se por­ter mieux pour ga­ran­tir le bien-être gé­né­ral dans les an­nées à ve­nir. De la réus­site des phases pré­ci­tées dé­pen­dra dans une large me­sure la concré­ti­sa­tion du train des ré­formes et la sta­bi­li­sa­tion des comptes pu­blic et ex­té­rieur.

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