LES PRIN­CI­PAUX RATAGES DU SEC­TEUR SE­LON LE DÉ­FUNT MON­CEF GUEN

SE­LON LE DÉ­FUNT MON­CEF GUEN

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE -

Mon­cef Guen, doc­teur ès-sciences éco­no­miques, diplomate, éco­no­miste, fi­nan­cier et pré­sident de l’As­so­cia­tion pour le Grand Magh­reb, dé­cé­dé en 2014 à l’âge de 81 ans, s’est in­té­res­sé à l’agriculture tu­ni­sienne. Dans une com­mu­ni­ca­tion, il a évo­qué les prin­ci­paux ratages du sec­teur, voire les er­reurs ma­jeures qu’a connues ce e ac­ti­vi­té. DES ER­REURS IMPARDONNABLES

La pre­mière er­reur, de son point de vue, a été la na­tio­na­li­sa­tion des terres des co­lons en 1964. «Ces co­lons, dont cer­tains ont certes lut­té contre l’in­dé­pen­dance du pays, dit-il, étaient de­ve­nus sim­ple­ment des agents éco­no­miques qui rem­plis­saient une fonc­tion pro­duc­tive de haute va­leur sans dan­ger politique pour la sou­ve­rai­ne­té du pays. Pour­quoi leur en­le­ver cette fonc­tion pro­duc­tive ? Pour­quoi lais­ser les meilleures terres agri­coles entre les mains des di­ri­geants et fonc­tion­naires d’un Of­fice pu­blic dont l’in­cu­rie est prou­vée par la baisse des ren­de­ments de ces terres ? Pour­quoi avoir trans­for­mé les pay­sans (hommes et femmes libres) en fonc­tion­naires ? Au Ma­roc, une telle er­reur a été évi­tée pour le bien de son agriculture». La deuxième er­reur a été le dé­man­tè­le­ment sys­té­ma­tique

des caisses de cré­dit mu­tuel, créées dans le Cap-bon et ailleurs, qui per­met­taient aux agri­cul­teurs de s’au­to­fi­nan­cer et de contrô­ler mu­tuel­le­ment leur en­det­te­ment. « On les a, note-il, sys­té­ma­ti­que­ment dé­truites pour con­fier à nou­veau le fi­nan­ce­ment de l’agriculture à une banque pu­blique : la BNA. L’en­det­te­ment pay­san s’est ag­gra­vé de­puis et pèse en­core lour­de­ment sur les épaules des agri­cul­teurs. Ajou­tez à ces deux coups, le peu d’aide dont a bé­né­fi­cié le sec­teur agri­cole. Les prix im­po­sés aux agri­cul­teurs, sous cou­vert de pro­tec­tion de la consom­ma­tion des couches ur­baines, ont le plus sou­vent été in­fé­rieurs aux coûts de pro­duc­tion et ont dé­cou­ra­gé les pro­duc­teurs agri­coles. Non seu­le­ment cette politique des prix a été rui­neuse, mais les pay­sans ont été lais­sés entre les mains des in­ter­mé­diaires avec de grosses marges au dé­tri­ment des pro­duc­teurs et des consom­ma­teurs à la fois. Une telle politique a en­traî­né un trans­fert mas­sif de re­ve­nus des zones ru­rales vers les po­pu­la­tions ur­baines». La troi­sième er­reur ré­side dans le fait que les gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé de­puis l’In­dé­pen­dance n’ont presque rien fait pour ré­duire le mor­cel­le­ment des pro­prié­tés agri­coles gé­né­ré par les hé­ri­tages suc­ces­sifs. La qua­trième er­reur ré­side dans les dé­faillances de la recherche agro­no­mique et de l’en­ca­dre­ment des pro­duc­teurs. Sans par­ler du manque d’as­su­rances pro­té­geant les pro­duc­teurs contre les ca­la­mi­tés na­tu­relles, ni des im­menses terres arables lais­sées en friche, faute d’une politique na­tio­nale de dé­ve­lop­pe­ment ru­ral. Et Mon­cef Guen de ti­rer les conclu­sions : «Il ne faut pas s’éton­ner que les jeunes quittent les zones ru­rales vers les villes et les bi­don­villes. Le phé­no­mène de l’exode ru­ral en Tu­ni­sie mé­rite des études ap­pro­fon­dies sur la tra­gé­die de l’agriculture tu­ni­sienne. Au­tour des villes, sur­tout du Grand-Tu­nis, les terres agri­coles fer­tiles sont pha­go­cy­tées par les masses hu­maines qui construisent en toute im­pu­ni­té des ha­bi­ta­tions non au­to­ri­sées».

DES PRO­PO­SI­TIONS POUR S’EN SOR­TIR

Mon­cef Guen de­vait pro­po­ser des so­lu­tions pour boos­ter les sec­teurs agri­coles après le sou­lè­ve­ment du 14 jan­vier 2011. Au nombre des pistes sug­gé­rées, fi­gurent la sta­bi­li­sa­tion de l’exode ru­ral par la créa­tion d’un pro­gramme na­tio­nal de ga­ran­tie d’em­ploi dans les zones ru­rales, à l’image du pro­gramme mis en oeuvre en Inde de­puis long­temps. Quand on voit les aides four­nies au sec­teur agri­cole de par le monde, en France, dans l’Union eu­ro­péenne, en Amé­rique, au Ja­pon, dit -il, on reste si­dé­ré que la Tu­ni­sie, qui fut le gre­nier de Rome dans l’an­ti­qui­té, a né­gli­gé et conti­nue de né­gli­ger sa grande ma­melle. Il a rap­pe­lé que notre pays est obli­gé d’im­por­ter 16 millions de quintaux de cé­réales (blé tendre et dur et orge) avec une baisse de 44% de la pro­duc­tion céréalière et ce, en sa­cri­fiant des de­vises si pré­cieuses. Com­ment baisse-t-on les bras de­vant une telle si­tua­tion dé­sas­treuse ? D’après le dé­funt, la Tu­ni­sie de­vrait être ex­por­ta­trice nette de pro­duits agri­coles. Grâce à notre ter­roir, nos pro­duits sont d’ex­cel­lente qua­li­té et en forte de­mande. Mais pour ce­la, il faut un plan de re­dres­se­ment éco­no­mique d’en­ver­gure.

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