SUR LES ROUTES LES CA­SE­MATES DU BEL­VÉ­DÈRE

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE -

ANOTRE pro­chain ren­dez-vous, nous se­rons sur la ligne de dé­part pour la sai­son es­ti­vale, la vraie, celle qui va nous pré­ci­pi­ter vers les plages, du nord au sud du pays. En at­ten­dant, of­frons-nous, en cette in­ter­sai­son, une ul­time pe­tite es­ca­pade entre exa­mens et pré­pa­ra­tifs pour vil­lé­gia­ture. Nous al­lons, en­core une fois, nous can­ton­ner (ou nous rendre) à la ca­pi­tale à la dé­cou­verte d’un site qui com­bine plai­sirs de la na­ture, ori­gi­na­li­té ar­chi­tec­tu­rale et in­té­rêt his­to­rique. Il s’agit d’ou­vrages for­ti­fiés lé­gués par la Deuxième Guerre mon­diale qui ponc­tuent notre lit­to­ral du cô­té de Bi­zerte, du Cap Bon et du Sa­hel et dont nous re­trou­vons cu­rieu­se­ment plu­sieurs spé­ci­mens dans la ca­pi­tale, sur le «pla­teau» du parc du Bel­vé­dère, non loin de la Koub­ba, que nous avons vi­si­tée der­niè­re­ment. Là, non loin de la chaus­sée, au mi­lieu des fron­dai­sons, se ta­pissent deux étranges dômes en ma­çon­ne­rie, émer­geant du ta­pis de ver­dure à quelques mètres l’un de l’autre. En bon état de conser­va­tion, ils ont une hau­teur de près de trois mètres et d’un peu plus en dia­mètre. Mu­nis d’une ou­ver­ture condam­née mais pou­vant tout de même lais­ser pas­ser un adulte, ces ou­vrages ne cessent d’éton­ner les pro­me­neurs (plu­tôt rares, il est vrai) que rien n’ins­truit sur leur pré­sence et leur uti­li­té. Il s’agit là, en fait, d’un cu­rieux hé­ri­tage du der­nier conflit mon­dial dont le der­nier épi­sode a pris son dé­part sur notre sol. De­vant ces dômes, nous sommes en pré­sence de la par­tie émer­gée d’un ou­vrage mi­li­taire consé­quent amé­na­gé par l’ar­mée al­le­mande. On sait que cel­le­ci a dé­bar­qué en Tu­ni­sie en no­vembre 1942 et qu’elle y est res­tée jus­qu’en mai 1943 pour y su­bir la dé­faite qui de­vait conduire au dé­bar­que­ment des troupes al­liées en Ita­lie, com­men­ce­ment de la fin de cette guerre. L’une des pre­mières mis­sions que s’est as­si­gnée l’ar­mée al­le­mande après son dé­bar­que­ment dans notre pays a consis­té en l’amé­na­ge­ment d’un PC (poste de com­man­de­ment) pour ac­cueillir son état-ma­jor et le mettre à l’abri des at­taques aé­riennes et des pi­lon­nages de l’ar­tille­rie de l’en­ne­mi. Elle a, à cette fin, amé­na­gé dans les pro­fon­deurs du sous-sol du parc du Bel­vé­dère des ga­le­ries do­tées des ins­tal­la­tions d’un poste de com­man­de­ment.

L’en­trée de ces tun­nels (en fait, il y en a deux) se si­tue en contre­bas du pla­teau qui dé­vale sur son flanc sud-est vers les quar­tiers nord de la ca­pi­tale et était alors dé­fen­due par un ca­non de très fort ca­libre. Les dômes ont été éle­vés au bout de ces tun­nels pour per­mettre l’aé­ra­tion des lieux et, le cas échéant, ser­vir d’is­sues de se­cours. A la fin de la cam­pagne de Tu­ni­sie, cette ins­tal­la­tion a été désaf­fec­tée et lais­sée à l’aban­don, état dans le­quel elle est res­tée jus­qu’à nos jours, sans la moindre pré­oc­cu­pa­tion de conser­va­tion ni d’ex­ploi­ta­tion, hor­mis le fait qu’au len­de­main du coup d’Etat du 7 no­vembre on y au­rait en­tre­po­sé les ar­chives des «ac­tua­li­tés na­tio­nales», sorte de jour­nal pro­je­té en com­plé­ment de pro­gramme dans les salles de ci­né­ma de l’ère bour­gui­bienne et qui ré­ca­pi­tu­lait les événements de la se­maine et, bien en­ten­du, plus par­ti­cu­liè­re­ment les ac­ti­vi­tés du pré­sident de la Ré­pu­blique. Pour les consi­dé­ra­tions que l’on peut ai­sé­ment de­vi­ner, la vi­site de ces lieux n’est guère pos­sible, l’ac­cès aux ga­le­ries à pro­pre­ment par­ler ayant été condam­née. N’em­pêche que l’on peut avan­cer sur une as­sez longue dis­tance dans une sorte de hall en bé­ton ar­mé suf­fi­sam­ment spa­cieux pour lais­ser pas­ser des en­gins de pe­tite taille. Ce­la suf­fi­ra pour don­ner une idée de la puis­sance de l’ins­tal­la­tion. De par sa si­tua­tion, cette dé­cou­verte ne sau­rait être dis­so­ciée du cadre na­tu­rel qui l’ac­cueille. On parle du parc du Bel­vé­dère. Rien que pour se rendre des dômes à l’en­trée du tun­nel, l’oc­ca­sion est four­nie pour par­cou­rir un bout du bois qui re­couvre les lieux et, bien en­ten­du, rien n’em­pêche de ra­tis­ser plus large et er­rer par­mi les di­verses es­sences qui le pa­rent. Un saut à la Koub­ba voi­sine peut bou­cler très agréa­ble­ment l’es­ca­pade dans ces lieux. Sur­tout si l’on est ac­com­pa­gné d’en­fants..

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