EDOUARD GOU­FELD « SON IM­MOR­TELLE MO­NA LI­SA»

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«Nous sommes tous nés pour être des gé­nies. Mais rares sont les gens qui le de­viennent.» C’est Slim Boua­ziz qui com­mente. Et il ana­lyse ce e par­tie d’Edouard Gou­feld contre le GMI Ba­gui­rov. Cer­tains sont chan­ceux, d’autres res­tent à ja­mais dans l’ombre, leur gé­nie étant en état d’hi­ber­na­tion. Chez une autre ca­té­go­rie de gens, le gé­nie s’éveille in­tem­pes­ti­ve­ment, mais pas tou­jours au mo­ment op­por­tun. Rou­get de Lille, par exemple, a écrit la Mar­seillaise au bon mo­ment, et bien que son gé­nie ne se soit ja­mais ré­veillé de­puis, il est de­ve­nu, pour re­prendre l’ex­pres­sion de Ste­phen Zweig, le « gé­nie d’une nuit».

Avec 47 ou­vrages sur les échecs, Edouard Gou­feld, était un grand maître in­ter­na­tio­nal d’échecs ukrai­nien et un au­teur pro­li­fique, né le 19 mars 1936 à Kiev en Ukraine et dé­cé­dé le 23 sep­tembre 2002 à Los An­geles. Gou­feld joue son pre­mier tour­noi d’échecs en 1953 à l’âge de 17 ans. Il de­vient cham­pion d’Ukraine ju­nior à l’âge de 18 ans. À la fin des an­nées 1950 et dans les an­nées 1960 c’est un très fort joueur qui dé­croche des vic­toires contre Mi­khail Tal, Bo­ris Spass­ky, Vas­si­ly Smy­slov, Vik­tor Kortch­noï, Da­vid Bron­stein et d’autres meilleurs joueurs de l’époque. En 1960, il est le cham­pion des forces ar­mées so­vié­tiques. Il de­vient maître in­ter­na­tio­nal en 1964, et grand maître in­ter­na­tio­nal en 1967. En 1977, son clas­se­ment Elo était de 2570, le pla­çant au sei­zième rang mon­dial. Il est éga­le­ment en­traî­neur de la cham­pionne du monde Maia Tchi­bour­da­nid­zé en 1978, après avoir dé­mé­na­gé à Tbi­lis­si en Géor­gie où il de­meure pen­dant plus de dix ans. Revenons au gé­nie de Gou­feld qui s’est ma­ni­fes­té la nuit de sa confron­ta­tion contre Vic­tor Ba­gui­rov. Mal­heu­reu­se­ment, cette par­tie s’est avé­rée unique dans sa car­rière. Il n’a donc été que le «gé­nie d’une soi­rée ». Il n’est pas un Fi­scher, un Kar­pov ou même un Kas­pa­rov dont le gé­nie est tou­jours en éveil. Chaque époque semble avoir ses propres cri­tères de beau­té. Il est dif­fi­cile de pré­voir quelle par­tie se­ra le plus pri­sée par la pos­té­ri­té. Mais sait-on ja­mais ? Pro­ba­ble­ment, les fu­turs ex­perts se­ront d’ac­cord avec les ré­sul­tats du con­cours or­ga­ni­sé par la té­lé­vi­sion de Bel­grade. Dix par­ties jouées au cours de notre siècle ont été choi­sies pour prendre part à ce con­cours. Le ju­ry été com­po­sé de 200 de per­sonnes. La palme re­vient à la par­tie Bot­vin­nik-Ca­pa­blan­ca, jouée à Rot­ter­dam (Hol­lande) en 1938. Le deuxième prix est dé­cer­né à la par­tie Ba­gui­rov-Gou­feld. On en­tend par­fois dire que les joueurs d’échecs de ce siècle pra­tiquent un jeu plus ra­tion­nel que ce­lui des joueurs du siècle pré­cé­dent. Certes, il est évident que la lutte aux échecs a ac­quis un ca­chet plus po­si­tion­nel. Mais par­fois, il faut avouer que les sa­cri­fices ont leur place dans l’ar­se­nal tac­tique et stra­té­gique. Alors !Dans la par­tie qui suit, les noirs ont sa­cri­fié pra­ti­que­ment toutes leurs pièces à part le Fou du Roi ( qui a été échan­gé dans l’ou­ver­ture) et la dame. Dans une si­tua­tion cri­tique, Gou­feld a réus­si à me­ner une contre-of­fen­sive ga­gnant un tem­po. C’est grâce à ce temps vi­tal qu’il n’a pas re­chi­gné à sa­cri­fier tant de pièces.

Du­rant toute sa vie, Gou­feld s’est tou­jours at­ta­ché au cha­riot de « l’EST-In­dienne».Il était vo­lon­tiers son « es­clave»., convain­cu que les avan­tages de cette dé­fense l’em­portent sur ses in­con­vé­nients.

. Les échecs sont une ac­ti­vi­té créa­trice, à che­val entre l’art, le sport et la science. Je suis sûr que les si­tua­tions sur­ve­nant sur l’échi­quier dé­pendent non seu­le­ment de la vo­lon­té du joueur, mais qu’elles sont aus­si tri­bu­taires de cer­tains fac­teurs qui trouvent une ex­pli­ca­tion lo­gique dans la vie d’un pays dé­ter­mi­né à un mo­ment par­ti­cu­lier. Par exemple, les dif­fé­rents cou­rants qui ca­rac­té­risent l’art, la cul­ture et la science. Consi­dé­rons le sys­tème Sae­misch qui est ap­pa­ru dans les an­nées 20. Ce sys­tème ex­hibe une géo­mé­trie claire et nette de pions c4,d4, e4 et f3 avec toutes les pièces so­li­de­ment plan­tées der­rière cette bar­rière. Cette dis­po­si­tion évoque une main­mise sur le centre, et de là se des­sinent les in­ten­tions bel­li­queuses di­ri­gées contre l’aile roi. Ce­pen­dant, l’or­ga­ni­sa­tion, des blancs semble quand même por­ter at­teinte à un dé­ve­lop­pe­ment har­mo­nieux des forces. Et cette bar­ri­cade ne fait-elle pas ap­pel à des mo­tifs d’ar­chi­tec­ture dans le style du ra­tio­na­lisme ou du construc­ti­visme qui ont pré­va­lu à cette époque-là?. Sae­misch a créé son sys­tème pour contrer la dé­fense Nim­zo-In­dienne avec une struc­ture de pions so­lides f3, c4,d4,e4. Les an­nées passent, le construc­ti­visme a vé­cu et le sys­tème Sae­misch dans la

Blancs :Ba­gui­rov Noirs : Gou­feld Ki­ro­va­bad, 1973 Dé­fense Est-in­dienne Va­riante Sae­misch

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