POST-SCRIPTUM

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Saous­sen BOULEKBACHE

CE fut un temps où nos pa­rents et grands-pa­rents pou­vaient ef­fec­tuer leurs tran­sac­tions en li­quide, sans lais­ser de traces. Il exis­tait, à l’époque, d’autres moyens de paie­ments ano­nymes, mais plus mo­dernes, dont l’uti­li­sa­tion n’a ja­mais été illé­gale. Les titres de paie­ment liés à un com­merce ou ré­seau de com­mer­çants. On peut pen­ser aux bons ca­deaux de cer­taines en­seignes, ou aux ti­ckets res­tau­rants et chèques dé­jeu­ner, et, par ex­ten­sion, aux cartes qui les rem­placent de plus en plus de­puis quelques an­nées et qui sont ac­cep­tées pour des achats les plus va­riés. Que res­te­ra-t-il de cette li­ber­té pour nos en­fants ? L’ar­gent li­quide — et, sur­tout, ano­nyme de nos pa­rents, de l’ère ana­lo­gique — est en train de dis­pa­raître petit à petit. A l’ave­nir, nos en­fants se­ront dans l’obli­ga­tion d’uti­li­ser des cartes de cré­dit tra­çables et sou­mises à au­to­ri­sa­tion. Bien qu’elles soient pra­tiques dans une cer­taine me­sure, la tra­ça­bi­li­té des tran­sac­tions fi­nan­cières n’est pas un acte ano­din. Ef­fec­tuer des tran­sac­tions et de fa­çon ano­nyme va se perdre dans un contexte qui pousse aux paie­ments par carte pour des rai­sons de fa­ci­li­té. Les ar­gu­ments ne manquent pas pour en­cou­ra­ger les gens à al­ler vers le monde vir­tuel de l’ar­gent. Les ban­quiers sé­duisent leurs clients par les cartes de paie­ment sous pré­texte de leur évi­ter d’être vic­times de vol ou en­core ne pas trou­ver les sommes exactes en li­quide à chaque achat. Cer­tains pour­raient même pré­tendre que te­nir ses comptes est plus fa­cile quand chaque tran­sac­tion est lis­tée dans un re­le­vé ban­caire. Mais,avec la te­nue de comptes, vient la tra­ça­bi­li­té. Avec la tra­ça­bi­li­té vient la pré­vi­si­bi­li­té et la pos­si­bi­li­té peu dé­si­rable de de­voir rendre des comptes. Pour l’anec­dote, un em­ployé d’une so­cié­té « Vi­sa » ou « Mas­terCard » peut pré­voir un di­vorce avant les par­ties concer­nées. En ob­ser­vant les chan­ge­ments dans les ha­bi­tudes d’achat, l’ave­nir de chaque mé­nage est pré­dit. Ce­la est dû au fait que lorsque nous n’uti­li­sons plus d’ar­gent li­quide ano­nyme, chaque achat est tra­cé et en­re­gis­tré dans l’in­ten­tion d’être uti­li­sé contre nous. Que ce soit pour nous in­fluen­cer dans nos choix, pour nous vi­der de nos res­sources ou pour nous pu­nir d’avoir ache­té un ar­ticle que nous n’au­rions pas dû ac­qué­rir, avec une grande di­ver­si­té de moyens pos­sibles. Par ces temps mo­dernes, où l’es­prit hu­main de­vient de plus en plus in­ven­tif, faut-il seu­le­ment re­te­nir le cô­té sombre de cette in­ven­tion qu’est l’ar­gent vir­tuel ? Vous pou­vez sû­re­ment de­vi­ner la ré­ponse : non ! Le pro­blème avec l’ar­gent li­quide n’est pas l’ano­ny­mat du moyen de paie­ment en lui-même, mais l’uti­li­sa­tion ano­nyme qui peut en être faite. Rien ne s’op­pose au droit à l’ano­ny­mat pour ache­ter son pain, mais il faut lut­ter contre l’ano­ny­mat des paie­ments pour ache­ter des armes, pré­pa­rer des at­ten­tats, blan­chir de l’ar­gent cri­mi­nel ou fi­nan­cer les cam­pagnes élec­to­rales d’hommes po­li­tiques cor­rom­pus. Pour, sim­ple­ment, dis­sua­der l’ano­ny­mat des paie­ments en li­quide qui pour­raient avoir une mo­ti­va­tion illé­gale. Rien ne nous ar­rive par ha­sard ! Nous sommes à l’ori­gine de nos maux !

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