FAKE NEWS, DÉSINFORMATIONS ET RU­MEURS CE MAL EN­DÉ­MI­QUE­QUI PLOMBE L’ÉCO­NO­MIE TU­NI­SIENNE

Dé­s­in­for­ma­tion, fake news et sur­tout des an­nonces ou consta­ta­tions alar­mistes ne font que rendre en dé­fi­ni­tive la sor­tie de crise des fi­nances pu­bliques plus ar­due.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Sa­my CHAM­BEH

VOUS n’êtes pas sans igno­rer que la Tu­ni­sie, par l’en­tre­mise de la Banque cen­trale de Tu­ni­sie (BCT), vient de dif­fé­rer la sor­tie pour­tant pro­gram­mée sur les mar­chés fi­nan­ciers in­ter­na­tio­naux. En cause, des dé­cla­ra­tions dé­ran­geantes d’ana­lystes na­tio­naux qui ne semblent pas tom­ber dans l’oreille d’un sourd, puisque mar­chés et ex­perts in­ter­na­tio­naux res­tent sou­vent à l’écoute et suivent scru­pu­leu­se­ment l’évo­lu­tion de la si­tua­tion éco­no­mique et fi­nan­cière des dif­fé­rents pays. Pour­tant, dans un com­mu­ni­qué da­tant de la fin du mois de mai der­nier, la BCT avait ju­gé que la conjonc­ture était pro­pice pour l’émis­sion d’un eu­ro­bond d’un milliard de dol­lars afin de sub­ve­nir aux be­soins de fi­nan­ce­ment de l’éco­no­mie et four­nir les li­qui­di­tés au mar­ché et de pou­voir ren­flouer nos ré­serves de changes tom­bées à un ni­veau as­sez cri­tique et, par­tant, d’at­té­nuer les dé­fi­cits tant bud­gé­taire que ce­lui de la ba­lance des paie­ments des opé­ra­tions cou­rantes. Rap­pe­lez- vous que l’ARP (As­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple) a au­to­ri­sé, dans le cadre de la loi des fi­nances pour l’an­née 2018, la BCT à re­cou­rir aux mar­chés fi­nan­ciers et aux bailleurs de fonds pri­vés à hau­teur de 1 milliard de dol­lars amé­ri­cains pour bou­cler le sché­ma de fi­nan­ce­ment du Bud­get de l’Etat pour l’an­née en cours. Or, des évé­ne­ments se sont suc­cé­dé pour re­por­ter cette sor­tie sur les mar­chés in­ter­na­tio­naux à une date ul­té­rieure. Pri­mo, l’ob­ten­tion, au dé­but du mois de juin, de la ligne de cré­dit de 500 mil­lions de dol­lars ac­cor­dée par la Banque mon­diale en sou­tien des grandes ré­formes éco­no­miques pré­vues en Tu­ni­sie et de la dy­na­mi­sa­tion de l’in­ves­tis­se­ment pri­vé dans dif­fé­rents do­maines d’ac­ti­vi­té. Ces res­sources fi­nan­cières ne man­que­ront pas d’in­suf­fler une bouf­fée d’oxy­gène à notre ma­te­las de de­vises. Il fau­dra éga­le­ment comp­ter avec l’im­mi­nent aval du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion du FMI (Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal) pour dé­blo­quer la troi­sième tranche du cré­dit de l’ins­ti­tu­tion de Bret­ton Woods. Se­cun­do, l’amé­lio­ra­tion de cer­tains cri­tères éco­no­miques tu­ni­siens tels les ren­trées tou­ris­tiques, la consolidation du flux des ex­por­ta­tions agroa­li­men­taires, de phos­phates, in­dus­triels et autres. Ter­tio, l’ap­pré­cia­tion par les mar­chés fi­nan­ciers in­ter­na­tio­naux du risque tu­ni­sien qui ne semble pas à notre avan­tage, étant don­né cet af­fli­geant blo­cage po­li­tique, le manque de dy­na­misme de l’in­ves­tis­se­ment pri­vé, la crise des fi­nances pu­bliques et la per­sis­tance des ten­sions in­fla­tion­nistes. Quar­to, le re­tour­ne­ment des ca­rac­té­ris­tiques des mar­chés fi­nan­ciers in­ter­na­tio­naux cibles. En ef­fet, les condi­tions ac­tuelles semblent peu adap­tées à une levée de fonds au moindre coût : le fait que les­dits mar­chés ne sont pas as­sez pro­fonds (manque de li­qui­di­tés) rend les taux as­sez éle­vés et les ma­tu­ri­tés moins longues, ce qui contri­bue de fac­to au ren­ché­ris­se­ment du fi­nan­ce­ment. Quin­to et c’est là le point fo­cal de ce pa­pier, les an­nonces alar­mistes, les pro­jec­tions pes­si­mistes faites par nombre d’ana­lystes éco­no­mistes na­tio­naux (on ne va pas ci­ter des noms, ils se re­con­naî­tront), mis à part les fake news et les ru­meurs. On se li­mi­te­ra à rap­por­ter à ce pro­pos les dé­cla­ra­tions lar­ge­ment mé­dia­ti­sées fai­sant al­lu­sion au re­cours de la BCT (et der­rière elle le gou­ver­ne­ment) à la planche à billets pour ré­gler les sa­laires des fonc­tion­naires cou­rant le mois der­nier. Et in­dé­pen­dam­ment de la vé­ra­ci­té ou du non-fon­de­ment de l’emploi ef­fec­tif par les au­to­ri­tés mo­né­taires de ce mode de fi­nan­ce­ment, dé­sor­mais ca­duc et lar­ge­ment dé­pas­sé de nos jours se­lon la for­mule connue, il faut sou­li­gner que les re­tom­bées né­ga­tives de pa­reils pro­pos sanc­tionnent di­rec­te­ment notre éco­no­mie, nos opé­ra­teurs éco­no­miques

Sans tom­ber dans les ac­cu­sa­tions gra­tuites de non-pa­trio­tisme, il faut tou­te­fois re­con­naître qu’il y a des ana­lystes, ob­ser­va­teurs et autres ex­perts na­tio­naux qui font ter­ri­ble­ment mal à notre éco­no­mie et à notre pays d’une ma­nière gé­né­rale par leurs an­nonces lar­ge­ment mé­dia­ti­sées.

et af­fectent l’image na­tio­nale sur les mar­chés fi­nan­ciers in­ter­na­tio­naux et me­nacent même la sé­cu­ri­té éco­no­mique de notre pays en at­ten­tant à sa sta­bi­li­té fi­nan­cière. D’ailleurs pour at­té­nuer pa­reil im­pact de cette an­nonce, la Banque cen­trale de Tu­ni­sie et le mi­nis­tère tu­ni­sien des Fi­nances sont mon­tés au cré­neau pour in­fir­mer fer­me­ment, dans un com­mu­ni­qué conjoint en date du 19 juin der­nier, de telles al­lé­ga­tions. Autre ré­cente fake news qui est loin d’être in­no­cente aus­si, c’est celle an­non­çant le re­port de la vi­site en Tu­ni­sie du re­pré­sen­tant du FMI dans le zone Mena, ce qui est le pré­lude d’après cer­tains ob­ser­va­teurs et ana­lystes pour dif­fé­rer illi­co pres­to le déblocage de la tranche pro­gram­mée de cré­dit FMI, alors qu’en fait, ce re­port de vi­site du res­pon­sable du Fonds est dû à des consi­dé­ra­tions pro­to­co­laires (il a ac­com­pa­gné le roi de la Jor­da­nie dans sa vi­site au Fonds aux Etats-Unis). Et sans tom­ber dans les ac­cu­sa­tions gra­tuites de non-pa­trio­tisme, il faut tou­te­fois re­con­naître qu’il y a des ana­lystes, ob­ser­va­teurs et autres ex­perts na­tio­naux qui font ter­ri­ble­ment mal à notre éco­no­mie et à notre pays d’une ma­nière gé­né­rale par leurs an­nonces lar­ge­ment mé­dia­ti­sées. Ce tort le font-ils sciem­ment ou par in­ad­ver­tance ? En tout état de cause, ils ne peuvent igno­rer qu’on vit à l’heure du monde glo­ba­li­sé su­per connec­té où l’in­for­ma­tion cir­cule à la vi­tesse grand V d’un bout du à l’autre du Globe. Face au coût consé­quent de ces fake news compte te­nu de leur im­pact sur l’opinion pu­blique tant na­tio­nale qu’in­ter­na­tio­nale, il est urgent mettre en place les garde-fous ju­ri­diques né­ces­saires pour li­mi­ter ces flux dé­bri­dés de dé­s­in­for­ma­tion dé­bi­tés au nom de la li­ber­té d’ex­pres­sion et de la démocratie nais­sante consa­crées dans la Cons­ti­tu­tion tu­ni­sienne. Il faut sé­vir, sa­chant qu’en France par exemple, la dif­fu­sion de fausse in­for­ma­tion consti­tue un dé­lit. Pa­reille pro­cé­dure de­vrait d’ailleurs pré­ser­ver ces ac­quis pré­cieux et rompre dé­fi­ni­ti­ve­ment avec les dé­cla­ra­tions dé­sta­bi­li­santes met­tant en jeu l’in­té­rêt su­prême de notre pays ou celles por­tant at­teinte à l’hon­neur ou à l’in­té­gri­té des per­sonnes (no­tam­ment via les ré­seaux

L’heure est à la mo­bi­li­sa­tion pour ré­pondre à l’ap­pel du de­voir pour fa­vo­ri­ser l’union sa­crée, re­dou­bler d’ef­forts et sur­tout de veiller à ce qu’on rame tous sans ex­clu­sive – et à tous les ni­veaux – dans le même sens, car le ba­teau si ja­mais il cou­le­ra per­sonne ne se­ra épar­gné.

so­ciaux). C’est qu’il fau­dra être vi­gi­lant quant aux ma­noeuvres de cer­tains ob­ser­va­teurs et ana­lystes vi­sant à contour­ner la cible vi­sée pour se ra­battre sur l’opinion pu­blique (in­terne et ex­terne) – sou­vent peu ou par­tiel­le­ment in­for­mée – en es­sayant de la ma­ni­pu­ler par de tels mes­sages alar­mistes ou pes­si­mistes. Et sur­tout ces­sez de grâce de dé­cla­rer haut et fort que vous faites ce­la pour pous­ser les dé­ci­deurs à sau­ver ce qui peut être en­core sau­vé … L’heure est à la mo­bi­li­sa­tion pour ré­pondre à l’ap­pel du de­voir pour fa­vo­ri­ser l’union sa­crée, re­dou­bler d’ef­forts et sur­tout de veiller à ce qu’on rame tous sans ex­clu­sive – et à tous les ni­veaux – dans le même sens, car le ba­teau si ja­mais il cou­le­ra per­sonne ne se­ra épar­gné. Concrè­te­ment, il s’agit d’ar­rê­ter les dé­cla­ra­tions cher­chant le buzz ou fai­sant le show au dé­tri­ment de l’in­té­rêt na­tio­nal, lais­ser les agen­das et les vi­sées par­ti­sanes ou de po­si­tion de cô­té et les dif­fé­rer quand la si­tua­tion éco­no­mique ira beau­coup mieux. Et sur­tout faire en sorte de dif­fu­ser une image po­si­tive de la Tu­ni­sie, en tout cas trans­pa­rente et loin de tout écla­bous­se­ment par les fake news, dé­s­in­for­ma­tion et ru­meurs dif­fa­ma­toires ou autres dé­ni­gre­ment des responsables et dé­ci­deurs. Etant don­né les grands dé­fis (lutte contre le ter­ro­risme, risque d’in­gé­rence ex­té­rieure, dif­fi­cul­tés éco­no­miques, in­sta­bi­li­té po­li­tique, mo­ro­si­té so­ciale), aux­quels est confron­tée notre jeune démocratie il y a va de toutes les di­li­gences pour dif­fu­ser l’in­for­ma­tion utile et faire preuve de droit de ré­serve et de pro­cé­der à un exa­men de conscience. Certes, la ré­vo­lu­tion a eu le mé­rite de rompre avec la dic­ta­ture, mais la li­ber­té d’ex­pres­sion a aus­si des contraintes. Et même si la ré­gle­men­ta­tion en vi­gueur n’est pas en­core au rendez-vous, le vo­let mo­ral de­vrait l’être à coup sûr : «Tout ce qui aug­mente la li­ber­té aug­mente la res­pon­sa­bi­li­té. Être libre, rien n’est plus grave ; la li­ber­té est pe­sante, et toutes les chaînes qu’elle ôte au corps, elle les ajoute à la conscience ; dans la conscience, le droit se re­tourne et de­vient de­voir» (dixit Vic­tor Hu­go)… A mé­di­ter.

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