Com­ment gar­der son cer­veau en forme ?

Le vieillis­se­ment cé­ré­bral est en par­tie ré­gi par des fac­teurs gé­né­tiques, mais il existe de nom­breux le­viers sur les­quels nous pou­vons agir au quo­ti­dien pour en­tre­te­nir notre cer­veau.

La Presse Business (Tunisia) - - PANORAMA -

Veiller sur la san­té de son cer­veau, c’est avant toute chose pré­ve­nir tout ce qui peut lui nuire. C’est donc mettre toutes les chances de son cô­té, en lui ap­por­tant quo­ti­dien­ne­ment les nu­tri­ments dont il a be­soin. C’est éga­le­ment dor­mir suf­fi­sam­ment, le som­meil étant in­dis­pen­sable tant à la conso­li­da­tion de notre mé­moire qu’à l’éli­mi­na­tion des toxines du cer­veau. C’est en­fin fuir la rou­tine, le stress, l’iso­le­ment et toute autre chose pou­vant contrer la pro­duc­tion de nou­veaux neu­rones. Sans ou­blier de lire, d’ap­prendre, d’être cu­rieux, afin de fa­vo­ri­ser les connexions cé­ré­brales. Sur l’ali­men­ta­tion, les fac­teurs de risque sont bien connus. Une nour­ri­ture trop su­crée, trop grasse, trop trans­for­mée, com­bi­née au manque d’exer­cice phy­sique, nous ex­pose da­van­tage au risque de ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires. Une étude ré­cente a, certes, mo­dé­ré l’en­thou­siasme en­vers les acides gras omé­ga-3 sur la cog­ni­tion : des cher­cheurs de l’uni­ver­si­té de Bir­min­gham viennent de pu­blier, dans la re­vue PloS One, des ré­sul­tats où ils ne notent… au­cun ef­fet. La re­cherche avance par contra­dic­tions, il faut s’y ha­bi­tuer. Mais nombre d’études prouvent néan­moins l’in­té­rêt du ré­gime mé­di­ter­ra­néen, que ce soit pour les ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires ou pour des af­fec­tions tou­chant plus spé­ci­fi­que­ment le cer­veau: un tel ré­gime ré­dui­rait, par exemple, la pro­ba­bi­li­té de sur­ve­nue de la ma­la­die d’Alz­hei­mer… de 40 % ! L’ac­ti­vi­té phy­sique et la vie so­ciale sont bé­né­fiques S’agis­sant du sport, il est dé­sor­mais no­toire qu’il par­ti­cipe à la pré­ven­tion des ac­ci­dents vas­cu­laires cé­ré­braux. Mais se­lon Pierre-Ma­rie Lle­do, neu­ro­bio­lo­giste à l’Ins­ti­tut Pas­teur et au Cnrs, il existe aus­si «une cor­ré­la­tion di­recte entre l’ac­ti­vi­té spor­tive et la pro­duc­tion de nou­veaux neu­rones». De bonnes rai­sons d’op­ter, chaque fois que l’on peut, pour la marche à pied ou la bi­cy­clette, plu­tôt que pour la voi­ture ou les trans­ports en com­mun. Et, si l’on ne se sent pas prêt pour un jog­ging ré­gu­lier, on peut aus­si par­ti­ci­per à des après-mi­di ou des soi­rées dan­santes! Une équipe al­le­mande du Centre des ma­la­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­tives de Mag­de­bourg a, en ef­fet, tes­té l’ef­fet d’un pro­gramme de dix-huit mois de danse chez des per­sonnes âgées en moyenne de 68 ans. Ses ré­sul­tats, pu­bliés au cours de l’été 2018, montrent qu’une telle pra­tique conduit à une aug­men­ta­tion du vo­lume de l’hip­po­campe, struc­ture-clé pour la for­ma­tion des sou­ve­nirs pour la ges­tion des émo­tions, ni­chée au coeur du cer­veau. Et, outre ses ef­fets sur les muscles, et par­tant sur le cer­veau, on peut sans doute y voir aus­si l’in­fluence des liens so­ciaux. Car Pierre-Ma­rie Lle­do, le fait re­mar­quer: «Plus vous al­lez culti­ver votre al­té­ri­té, fuir l’iso­le­ment so­cial, plus votre cer­veau se­ra en­clin à pro­duire de nou­veaux neu­rones». Sans comp­ter que les in­ter­ac­tions so­ciales, aux dires de nom­breux ex­perts, par­ti­cipent im­men­sé­ment à la mise en place d’une ré­serve cog­ni­tive apte à frei­ner le vieillis­se­ment de la mé­moire… Le som­meil conso­lide les sou­ve­nirs Autres im­pé­ra­tifs pour gar­der un cer­veau alerte : dor­mir suf­fi­sam­ment et com­battre le stress. Comme le dé­montre dans ses re­cherches, Ka­rim Ben­che­nane, neu­ro­bio­lo­giste au Cnrs, le som­meil per­met au cer­veau de re­jouer les in­for­ma­tions en­re­gis­trées dans la jour­née, et de conso­li­der ain­si les sou­ve­nirs. Et d’après les ex­pé­riences d’une scien­ti­fique da­noise, le dé­bit du li­quide cé­pha­lo­ra­chi­dien, dans le­quel baigne notre cer­veau, aug­men­te­rait quand nous dor­mons, éli­mi­nant ain­si des dé­chets que l’on sait liés à la ma­la­die d’Alz­hei­mer. Quant au stress né­faste — comme l’an­xié­té ou la dé­pres­sion — au re­nou­vel­le­ment de notre stock de neu­rones, il semble conseillé de le ré­duire en s’ap­puyant sur la mé­di­ta­tion. La preuve? En 2015, une pre­mière étude amé­ri­caine af­fir­mait que la pra­tique de la mé­di­ta­tion per­met­trait d’amoin­drir la perte de ma­tière grise in­duite par le vieillis­se­ment. Ces bé­né­fices ont été confir­més cet hi­ver dans l’étude pi­lote me­née par des cher­cheurs de l’In­serm sur quelque 259 vo­lon­taires âgés de 20 à 87 ans. On y ajou­te­ra, pour ter­mi­ner, le pre­mier des six prin­cipes prô­nés par Pierre-Ma­rie Lle­do pour pré­ser­ver son cer­veau : s’ou­vrir au chan­ge­ment, fuir la rou­tine. «Le cer­veau s’use seule­ment si l’on ne s’en sert pas, il se nour­rit du chan­ge­ment et à l’op­po­sé, la rou­tine le détruit», confie le cher­cheur, fort d’ex­pé­riences me­nées chez les ron­geurs. Et pour ap­puyer ses dires, il n’hé­site pas à s’en re­mettre à la pen­sée des phi­lo­sophes de l’An­ti­qui­té. «So­crate nous dit: La sa­gesse com­mence dans l’émer­veille­ment». Culti­ver le dé­sir d’ap­prendre, de com­prendre, res­ter cu­rieux, sur le qui-vive… C’est à la por­tée de cha­cun, et de l’avis de tous les ex­perts, un for­mi­dable ou­til pour lut­ter contre le vieillis­se­ment du cer­veau.

Culti­ver le dé­sir d’ap­prendre, de com­prendre, res­ter cu­rieux, sur le qui-vive… C’est à la por­tée de cha­cun, et de l’avis de tous les ex­perts, un for­mi­dable ou­til pour lut­ter contre le vieillis­se­ment du cer­veau.

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