Entre be­soin et uti­li­té

La Presse Business (Tunisia) - - CAHIER A - Ka­mel GHATTAS

On l’at­ten­dait ce mer­ca­to, et plus ra­pi­de­ment qu’on ne l’at­ten­dait, il est ar­ri­vé en trombe. Les clubs se sont pré­ci­pi­tés tête bais­sée, et ce­la nous a rap­pe­lé les sta­tis­tiques pu­bliées ré­gu­liè­re­ment par les dif­fé­rents ins­ti­tuts de consom­ma­tion : le Tu­ni­sien consomme plus que ne lui per­met son bud­get. Il em­prunte, fait du porte-à-porte, re­court à toutes les pos­si­bi­li­tés de prêt, d’avance sur sa­laire et autres sub­ter­fuges, mais il achè­te­ra son mou­ton, ira en va­cances en payant son billet et son sé­jour à cré­dit. Il fe­ra la queue pour ache­ter un billet pour al­ler as­sis­ter au spec­tacle de son ar­tiste pré­fé­ré au Fes­ti­val de Car­thage. Et puis, la vie est si courte !

On l’at­ten­dait ce mer­ca­to, et plus ra­pi­de­ment qu’on ne l’at­ten­dait, il est ar­ri­vé en trombe. Les clubs se sont pré­ci­pi­tés tête bais­sée, et ce­la nous a rap­pe­lé les sta­tis­tiques pu­bliées ré­gu­liè­re­ment par les dif­fé­rents ins­ti­tuts de consom­ma­tion : le Tu­ni­sien consomme plus que ne lui per­met son bud­get. Il em­prunte, fait du porte-à-porte, re­court à toutes les pos­si­bi­li­tés de prêts, d’avances sur sa­laire et autres sub­ter­fuges, mais il achè­te­ra son mou­ton, ira en va­cances en payant son billet et son sé­jour à cré­dit. Il fe­ra la queue pour ache­ter un billet pour al­ler as­sis­ter au spec­tacle de son ar­tiste pré­fé­ré au Fes­ti­val de Car­thage. Et puis, la vie est si courte ! C’est ce qui se passe et c’est ce à quoi nous as­sis­tons au cours de ce mer­ca­to. Les clubs, en­glou­tis jus­qu’au cou, conti­nuent à ache­ter. Rien ne pour­ra les en dis­sua­der, à moins qu’il n’y ait une dé­ci­sion réel­le­ment dis­sua­sive pour les frei­ner, pour contrô­ler cet élan bou­li­mique. L’avan­tage, c’est que la pre­mière par­tie de la com­pé­ti­tion pliée, on est beau­coup plus en­clin à re­gar­der de plus près ce dont on a be­soin. Ce n’est nul­le­ment le cas en été, où on s’em­presse de faire em­plette, sans trop re­gar­der aux dé­penses d’abord, sans trop sa­voir si l’on a fait la bonne ou mau­vaise af­faire. Et le comble est illus­tré par la pré­sence d’un «di­rec­teur tech­nique» qui en­fourche avec sé­rieux son che­val blanc pour mon­trer la voie, sans prendre la pré­cau­tion d’étu­dier ce qu’il pos­sède en ré­serve, au sein des sec­tions jeunes, et ce dont il a vrai­ment be­soin. Col­ma­ter les brèches Le mer­ca­to est quand même im­por­tant pour les clubs qui savent ce qu’ils veulent. Des clubs qui ont des titres conti­nen­taux ou na­tio­naux à dé­fendre et qui ont ab­so­lu­ment be­soin de ren­forts pour col­ma­ter des brèches ou pour se mettre à l’abri d’une mé­chante dé­con­ve­nue. Le rythme in­fer­nal de la com­pé­ti­tion, l’état des ter­rains, les duels qui, de se­maine en se­maine, de­viennent plus

durs, voire plus rudes et même quelque peu vio­lents, obligent les clubs à pos­sé­der de bonnes dou­blures.. Ce se­ra donc une simple re­cherche de ren­fort ou une re­crue star, qui ren­ver­se­rait la donne. Cette deuxième fe­nêtre peut of­frir son lot de bonnes af­faires pour les clubs qui en de­mandent. Elle peut re­lan­cer l’in­té­rêt, ou… tout sim­ple­ment plon­ger les clubs qui ont mal pio­ché, dans le doute. Tra­di­tion­nel­le­ment, le mar­ché hi­ver­nal est, quand même, beau­coup plus calme que le mer­ca­to d’été. Il s’agit, gé­né­ra­le­ment, de tran­sac­tions d’ajus­te­ment pour les clubs et les grandes stars sont ra­re­ment concer­nées. Reste que des grands noms en mal de temps de jeu pour­raient pro­fi­ter de la pé­riode pour chan­ger d’équipe.

Le rôle des agents

Ces agents qui pos­sèdent leurs fi­lières, leurs ré­seaux et des mé­dias en quête de sen­sa­tions fortes à of­frir à leurs lec­teurs, sont en alerte. Ils in­filtrent les réunions où se dé­cide le sort de bien des clubs. Tou­jours ados­sés aux press-books bien faits, des ar­gu­men­ta­tions soi­gneu­se­ment mises au point, ils volent au se­cours des pré­si­dents ul­cé­rés et in­quiets qui tiennent à sai­sir l’oc­ca­sion de se ra­che­ter aux yeux des sup­por­ters. C’est ce qui fait que l’am­biance s’en trouve for­te­ment agi­tée mal­gré tout. Cette pé­riode de mer­ca­to hi­ver­nal pas­sionne tout de même les ama­teurs de football, cu­rieux de connaître les choix de leur club et toutes les ru­meurs de trans­ferts. Nous as­sis­tons, de­puis quelques se­maines, à de drôles de ma­nèges. C’est ain­si qu’un joueur qui a pris du poids, au point de ne plus être ca­pable d’en­fi­ler un short XXL est re­lan­cé par des ru­meurs soi­gneu­se­ment dis­til­lées. Un autre qui a su­bi une mé­chante bles­sure qui né­ces­site une longue pé­riode de re­mise en condi­tion gé­né­rale est an­non­cé dans une des plus rudes com­pé­ti­tions du monde, ar­guant que des né­go­cia­tions sont dé­jà en cours et que la dé­ci­sion à prendre est im­mi­nente..

Un autre en­core, n’a pas trou­vé pre­neur, mais il est quand même don­né sur le point d’op­ter pour tel ou tel club en mal de ren­forts. Un mar­ché de dupes avec des mises en scène quelque peu sur­réa­listes. Et aux bourses de se dé­lier et aux cen­taines de mil­lions de vol­ti­ger.

Toute feu toute flamme

Bien en­ten­du, il est ab­so­lu­ment né­ces­saire de pro­non­cer quelques noms pour que tout s’en­flamme. Les in­fos et les ru­meurs en­flamment la Toile et les mé­dias. Tout est bon pour faire mon­ter les en­chères. C’est ain­si qu’il pa­raît que de grands noms op­te­ront pour notre com­pé­ti­tion. A vrai dire, et n’eût été la si­tua­tion fi­nan­cière ca­la­mi­teuse des clubs les plus en vue (à l’ex­cep­tion de l’EST), notre cham­pion­nat mé­rite ce bond en avant. On de­mande un peu par­tout nos meilleures ren­contres. C’est tant mieux si ces pro­messes se concré­tisent, mais il nous semble qu’il ne fau­drait pas se faire trop d’illu­sions. Ces «noms» sont ra­flés aus­si­tôt mis sur le mar­ché. Tout le monde sait que nos clubs sont em­pê­trés dans leurs dettes et leur mau­vaise ges­tion. Les meilleurs ne cour­ront ja­mais de risque, à moins d’être re­pous­sés par les clubs qui sou­haitent re­haus­ser le ni­veau de leurs com­pé­ti­tions. Un dé­but de crainte Lorsque la Fé­dé­ra­tion tu­ni­sienne de football a été la pre­mière à en­té­ri­ner la dé­ci­sion prise par l’union de football magh­ré­bine de ne plus consi­dé­rer les joueurs de notre zone géo­gra­phique comme des étran­gers, nous avions ap­plau­di, mais éga­le­ment émis quelques pres­sen­ti­ments. Des craintes qui com­mencent à se jus­ti­fier à la suite des contrats si­gnés avec ce genre d’élé­ments pro­ve­nant du Magh­reb. Lors­qu’il s’agit de ve­dettes au­then­tiques et re­con­nues, il n’y a pas de pro­blèmes. Mais lors­qu’il est ques­tion de jeunes, nous éprou­vons quelques in­quié­tudes. Au sein de nos sec­tions élites et ju­niors est-on sûr qu’il n’y a rien qui puisse ri­va­li­ser avec ces jeunes en­ga­gés ? Que de­vien­dront nos jeunes joueurs ? Nous avons bien vu la qua­li­té des élé­ments qui ont été pio­chés dans ces ca­té­go­ries par le CSS, l’EST, le CA, la JSK et bien­tôt par l’ESS pour ra­jeu­nir et ren­for­cer leurs équipes fa­nions. Il y a des va­leurs sûres, et il semble que le fait d’évi­ter de cou­rir des risques en op­tant pour cette al­ter­na­tive en pre­mier choix et par convic­tion, soit l’ar­gu­ment qui fe­ra chan­ger bien des avis. C’est à la fé­dé­ra­tion de ju­ger. Sa di­rec­tion tech­nique nous semble en me­sure d’ap­pré­cier les ef­fets et les contre­coups de cette ou­ver­ture. Une ou­ver­ture que nous sou­te­nons bien en­ten­du, mais à la condi­tion for­melle de ne pas por­ter pré­ju­dice à l’éclo­sion des jeunes. Faut-il fixer des li­mites, des quo­tas pour évi­ter de por­ter pré­ju­dice aux nôtres comme à ceux de nos pays frères, qui se re­trou­ve­ront face à des dé­ra­ci­ne­ments pré­ju­di­ciables à leurs meilleures ré­serves ?

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