L’en­jeu des élec­tions

La Presse (Tunisia) - - LA UNE - Par Amel ZAÏBI

PAR dé­fi­ni­tion, un gou­ver­ne­ment — ou un res­pon­sable — est par­tant dès l’ins­tant où il est nom­mé. Seule la date de son dé­part reste in­con­nue jus­qu’au jour où elle tombe. Par consé­quent, le bouillon­ne­ment ac­tuel que vivent la classe po­li­tique, les or­ga­ni­sa­tions na­tio­nales et les cercles des ex­perts, des in­tel­lec­tuels et des ana­lystes et com­men­ta­teurs, au­tour du re­ma­nie­ment par­tiel ou to­tal de l’ac­tuel gou­ver­ne­ment est nor­mal, voire sa­lu­taire, pour une jeune dé­mo­cra­tie qui cherche en­core à ren­for­cer ses as­sises. Ra­ma­dan s’an­nonce, de ce fait, chaud po­li­ti­que­ment d’au­tant que cette ques­tion du re­ma­nie­ment se­ra tran­chée dès de­main, ven­dre­di, par les si­gna­taires du Do­cu­ment de Car­thage qui ont dû ma­nier le « ha­ra­ki­ri » pour abou­tir à un Do­cu­ment de Car­thage 2 ac­cep­té par tous.

La ques­tion qui ta­raude, tou­te­fois, les ini­tiés comme les can­dides de la po­li­tique est la sui­vante : pour­quoi main­te­nant, alors que nous sommes dans une an­née pré­élec­to­rale qui se­ra en grande par­tie consa­crée à la pré­pa­ra­tion des élec­tions, im­por­tantes et dif­fi­ciles, de 2019 ? Une tâche im­mense et elle ne se­ra pas la seule puisque, outre les im­pé­ra­tifs de sau­ve­tage éco­no­mique et so­cial, cette se­conde moi­tié de 2018 va être ryth­mée par l’élec­tion, non moins dif­fi­cile, des pré­si­dents des conseils mu­ni­ci­paux de 350 cir­cons­crip­tions. Ces tâches sur di­vers fronts in­com­be­ront à n’im­porte quel gou­ver­ne­ment qui se­ra à la Kas­bah jus­qu’aux élec­tions pré­si­den­tielle et lé­gis­la­tives de l’an pro­chain. Se­ront-elles plus aisées pour une nou­velle équipe gou­ver­ne­men­tale ?

Quel est ce chef de gou­ver­ne­ment et quels sont ces mi­nistres qui se­ront ca­pables de pi­lo­ter si­mul­ta­né­ment et avec succès tous ces chan­tiers (po­li­tiques, éco­no­miques et so­ciaux) en un laps de temps aus­si court ? Les com­pé­tences ne manquent pas, le pro­blème est qu’elles ne sont pas fa­ciles à trou­ver. Car la ré­ponse à la ques­tion ici po­sée nous fait pen­ser à l’op­tion d’un gou­ver­ne­ment de tech­no­crates, un gou­ver­ne­ment de com­pé­tences cal­qué sur ce­lui de Mehdi Jo­mâa (29 jan­vier 2014-6 fé­vrier 2015), au­quel lui se­ra ac­cor­dée une an­née pour pré­pa­rer la pré­si­den­tielle et les lé­gis­la­tives de 2019. D’ailleurs, les si­gna­taires du Do­cu­ment de Car­thage par­mi les par­tis po­li­tiques au­raient exi­gé que les membres du pro­chain gou­ver­ne­ment avec ou sans Yous­sef Cha­hed ne soient pas can­di­dats aux élec­tions de 2019.

Si le vé­ri­table en­jeu de la crise po­li­tique ac­tuelle, qui dure de­puis des mois, est là, c’est-à-dire les élec­tions de 2019, on au­ra en­core une fois la preuve que ce qui pré­oc­cupe au plus haut point les par­tis po­li­tiques, ce sont les avant­postes du pou­voir et qu’il faut, par consé­quent, craindre un nou­veau sta­tu quo éco­no­mique. Fi­na­le­ment, le taux d’abs­ten­tion (66,3%) aux élec­tions mu­ni­ci­pales du 6 mai n’a pas été com­pris.

Si le vé­ri­table en­jeu de la crise po­li­tique ac­tuelle, qui dure de­puis des mois, ce sont les élec­tions de 2019, on au­ra en­core une fois la preuve que ce qui pré­oc­cupe au plus haut point les par­tis po­li­tiques ce sont les avant­postes du pou­voir

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