Un frein pour le ren­de­ment pro­fes­sion­nel

Les sa­la­riés tu­ni­siens connaissent per­ti­nem­ment le burn-out qui en­gendre la dé­pres­sion au tra­vail

La Presse (Tunisia) - - SOCIÉTÉ -

Le ren­de­ment pro­fes­sion­nel au tra­vail est une don­née es­sen­tielle de l’ac­ti­vi­té du sa­la­rié dans son en­tre­prise. Vi­vant par­fois un rythme ef­fré­né apte à conduire au sur­me­nage, le sa­la­rié peut être hap­pé par la spi­rale in­fer­nale de la fatigue qui mène à la dé­mo­ti­va­tion dans l’exer­cice de ses fonc­tions ou ses tâches quo­ti­diennes. Ce qui l’ac­cule à vivre le burn-out ou l’épui­se­ment pro­fes­sion­nel. S’en­suit alors un ef­fet do­mi­no né­ga­tif. Le sa­la­rié fi­nit par su­bir une mise au pla­card in­sup­por­table qui sus­cite en lui un sen­ti­ment d’in­uti­li­té à cause de la mise en veilleuse for­cée de la part de son em­ployeur. La mise au pla­card ou au fri­go est uti­li­sée par cer­tains ser­vices de res­sources hu­maines et de ma­na­ge­ment pour in­ci­ter un em­ployé in­ef­fi­cace et qui four­nit un mau­vais ren­de­ment à dé­mis­sion­ner.

Echec pro­fes­sion­nel cui­sant

Riadh N., fonc­tion­naire de l’Etat, a me­né un par­cours pro­fes­sion­nel qui tend à l’es­souf­fler psy­cho­lo­gi­que­ment et qui com­mence à tan­guer. Lui qui frôle la cin­quan­taine n’at­tend plus que les der­nières an­nées à vivre pro­fes­sion­nel­le­ment avant de rac­cro­cher et oublier ses amères dé­cep­tions. «J’exerce en tant que sa­la­rié de­puis 1994 soit du­rant près de vingt-cinq ans. Ma car­rière a connu une évo­lu­tion mo­deste avec peu de pro­mo­tions à la clé. Une seule en 2011 par l’in­ter­mé­diaire d’une in­dem­ni­té de res­pon­sa­bi­li­té vaillam­ment ac­quise. Les an­nées sui­vantes, je déses­pé­rais d’ob­te­nir une pro­mo­tion au titre de chef de sec­tion qui m’au­rait gra­ti­fié d’une aug­men­ta­tion brute d’une cen­taine de di­nars sur le sa­laire. Une chose que je n’ai ja­mais ob­te­nue jus­qu’à au­jourd’hui. Je me suis dé­ci­dé alors à ter­mi­ner mon par­cours pro­fes­sion­nel loin des ser­vices ad­mi­nis­tra­tifs en me pen­chant sur le comptoir com­mer­cial qui me gra­ti­fie d’une com­mis­sion. Mal­gré la flexi­bi­li­té ho­raire plus souple que celle que j’en­tre­vois à l’ad­mi­nis­tra­tion, je suis dé­pi­té. Je n’ai pas connu d’évo­lu­tion ver­ti­cale ou dia­go­nale à même de ré­pondre à cer­taines as­pi­ra­tions en ma­tière de qua­li­té de vie. J’ai même dû vendre ma voi­ture pour ré­pondre aux be­soins fi­nan­ciers de mon mé­nage. J’ai res­sen­ti au cours de ces longues an­nées un sen­ti­ment d’in­uti­li­té avec un tra­vail som­maire et peu pro­duc­tif» . L’en­nui au tra­vail a fait plon­ger ce fonc­tion­naire qui a cu­mu­lé les ar­rêts pour ma­la­die psy­chia­trique et les re­prises de ser­vice. Il a fi­na­le­ment de­vi­né qu’il a vé­cu le burn-out sans le sa­voir et au­rait pu être congé­dié de son poste sous d’autres cieux ou pous­sé à la dé­mis­sion…En France, pas plus tard que la se­maine der­nière, une af­faire a se­coué le mi­lieu pro­fes­sion­nel. Un homme ayant exer­cé dans une so­cié­té qui vend des pro­duits de luxe s’est vu confis­quer de nom­breux dos­siers et a su­bi une mise au pla­card abu­sive de la part de ses em­ployeurs avant d’ être pous­sé vers la sor­tie. N’ayant plus rien à faire, il a dé­mis­sion­né mais il a ga­gné un pro­cès qui lui a per­mis d’être in­dem­ni­sé à hau­teur de cin­quante mille eu­ros (l’équi­valent de cent cin­quante mille di­nars). Ce cas peut-il faire école en ma­tière de ju­ris­pru­dence en Tunisie un jour ? Qui vi­vra ver­ra.

Mo­ha­med Sa­lem KECHICHE

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