Adou­ber un lea­der­ship convain­cant

La Presse (Tunisia) - - LA UNE - M’ha­med JAIBI

• L’an­nonce de la rup­ture dé­sta­bi­lise les re­pères dans les deux camps — is­la­miste et mo­der­niste — et les di­vi­sions au sein des mo­der­nistes du Ni­da Tou­nès his­to­rique conduisent à la crainte de l’ave­nir que la mon­tée en puis­sance de Yous­sef Cha­hed n’ar­rive pas à vrai­ment dis­si­per

• In­con­tes­table «pa­tron»

du pays, Bé­ji Caïd Es­seb­si semble ne pas vou­loir ac­cor­der au par­ti qu’il a fon­dé l’au­to­no­mie né­ces­saire. Or le ba­teau coule et la ges­tion de Ha­fedh Caïd Es­seb­si n’a pas été concluante

• L’an­nonce de la rup­ture dé­sta­bi­lise les re­pères dans les deux camps — is­la­miste et mo­der­niste — et les di­vi­sions au sein des mo­der­nistes du Ni­da Tou­nès his­to­rique conduisent à la crainte de l’ave­nir que la mon­tée en puis­sance de Yous­sef Cha­hed n’ar­rive pas à vrai­ment dis­si­per

• In­con­tes­table «pa­tron» du pays, Bé­ji Caïd Es­seb­si semble ne pas vou­loir ac­cor­der au par­ti qu’il a fon­dé l’au­to­no­mie né­ces­saire. Or le ba­teau coule et la ges­tion de Ha­fedh Caïd Es­seb­si n’a pas été concluante

Notre pays vit une pé­riode fort dé­li­cate de son his­toire, ca­rac­té­ri­sée par un sen­ti­ment gé­né­ral d’échec et de blo­cage. Mais ce sen­ti­ment par­ta­gé par l’en­semble de la classe po­li­tique, n’a pas réus­si à mo­dé­rer les am­bi­tions et les rêves de puis­sance des dif­fé­rentes forces po­li­tiques. Au dé­tri­ment de l’in­té­rêt gé­né­ral. Ces forces, mal­gré l’ex­pé­rience consen­suelle qui a sta­bi­li­sé le pays et mal­gré le suc­cès de la tran­si­tion dé­mo­cra­tique, ne se font pas confiance et n’ont pas confiance en l’ave­nir. L’al­liance, théo­ri­que­ment contre na­ture, entre En­nahd­ha et Ni­da Tou­nès a, pour­tant, per­mis de tour­ner le dos au pro­jet is­la­miste et pro-ji­ha­diste de la pé­riode de la Troï­ka. On la doit, in­con­tes­ta­ble­ment, à ce que les mé­dias qua­li­fient de «pacte de Pa­ris». Cet ac­cord per­dure mal­gré la crise po­li­tique qui gronde. Mais l’an­nonce de la rup­ture dé­sta­bi­lise les re­pères dans les deux camps - is­la­miste et mo­der­niste et les di­vi­sions au sein des mo­der­nistes du Ni­da Tou­nès his­to­rique conduisent à la crainte de l’ave­nir que la mon­tée en puis­sance de Yous­sef Cha­hed n’ar­rive pas à vrai­ment dis­si­per. In­con­tes­table «pa­tron» du pays, Bé­ji Caïd Es­seb­si semble ne pas vou­loir ac­cor­der au par­ti qu’il a fon­dé l’au­to­no­mie né­ces­saire. Or le ba­teau coule et la ges­tion de Ha­fedh Caïd Es­seb­si n’a pas été concluante.

De nom­breux Tu­ni­siens perdent foi, se de­man­dant ce que pro­jette le chef de l’etat. Des is­la­mistes conver­tis au consen­sus et au «mo­dèle tu­ni­sien» sont pris de doute et craignent une nou­velle «chasse aux sor­cières»... Et l’on se rac­croche à l’«al­ter­na­tive» Yous­sef Cha­hed. Ce qui contra­rie BCE. Le temps de la cla­ri­fi­ca­tion est ve­nu. Les deux grandes forces élec­to­rales doivent se par­ler et se ras­su­rer mu­tuel­le­ment. Se ras­su­rer et ras­su­rer les Tu­ni­siens. D’abord sur la ges­tion et l’ave­nir du par­ti pré­si­den­tiel, car cet hé­ri­tage du pré­sident Caīd Es­seb­si ap­par­tient dé­sor­mais à tous les Tu­ni­siens et sa pré­ser­va­tion les concerne tous, quelle que soit l’ap­par­te­nance po­li­tique de cha­cun.

Il se pose, dans le camp des dé­mo­crates mo­der­nistes, un pro­blème de lea­der­ship. Au­jourd’hui, au­cune fi­gure n’est à même de ri­va­li­ser avec le pré­sident, mais qui est le se­cond ? Qui pour­ra ma­té­ria­li­ser, de­main, la syn­thèse qu’a su concoc­ter BCE et qui a sé­duit et mo­bi­li­sé les Tu­ni­siens ?

Ces ques­tions res­tent sans ré­ponses mais Yous­sef Cha­hed tra­vaille sur le ter­rain et pré­sente les gages d’un pro­fil qui as­sure. Même si le chef de l’etat sou­haite son dé­part et de­vrait cla­ri­fier sa stra­té­gie.

À la veille d’élec­tions char­nière qui condi­tion­ne­ront l’ave­nir du pays, il est es­sen­tiel de voir le chef de l’etat faire état de ses in­ten­tions et de ses pro­jets pour la Tu­ni­sie. A dé­faut, les dé­mons de droite et de gauche se ré­veille­ront, et ils opèrent dé­jà.

Il ne suf­fit pas de faire pres­sion sur un gou­ver­ne­ment qui fait de son mieux, en l’ac­cu­sant d’être «à la mer­ci d’en­nahd­ha», il est ques­tion de dé­chif­frer l’ave­nir, de dé­si­gner les sor­ties de se­cours de la crise et de don­ner le té­moin à un lea­der­ship en pro­jet qui sache convaincre et ras­sem­bler. Sauf si Bé­ji Caïd Es­seb­si compte se re­pré­sen­ter. Et dans ce cas, pour­quoi ne pas l’an­non­cer à son peuple. Les choses n’en se­raient que plus claires et même bien plus ras­su­rantes que le désar­roi ac­tuel.

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