Une guerre tech­no­lo­gique dans l’éco­lo­gie

La Presse (Tunisia) - - ÉCONOMIE - Ka­mel FER­CHI­CHI

La plus grande gloire n’est pas de ne ja­mais tom­ber, mais de se re­le­ver à chaque chute, ain­si di­sait un phi­lo­sophe chi­nois, dont le Citet, Centre in­ter­na­tio­nal des tech­no­lo­gies de l’en­vi­ron­ne­ment de Tu­nis, a bien ti­ré la le­çon. Créé il y a 22 ans, il est en passe de faire son mea­cul­pa. Il a re­con­nu avoir fi­ni en queue de pois­son. Sa mis­sion ju­gée non ac­com­plie se voit plu­tôt li­mi­tée au plus simple rôle d’ex­per­tise et de for­ma­tion, mal in­ves­ti dans des pro­jets et ac­tions, jus­qu’alors, non réus­sis. Dans un ré­cent point de presse, son nou­veau di­rec­teur gé­né­ral, M. Sa­lah Has­si­ni, nom­mé il y a à peine sept mois, l’a bien confir­mé et sou­li­gné l’im­pé­ra­tive re­struc­tu­ra­tion du centre. A preuve, plu­sieurs études d’éva­lua­tion ont mon­tré que la si­tua­tion ac­tuelle du Citet ne fa­vo­rise pas les ré­sul­tats es­comp­tés et mettent en évi­dence une né­ces­saire ré­orien­ta­tion. Ce­la dit, son re­po­si­tion­ne­ment stra­té­gique lo­cal vis-à vis de la tu­telle, de ses par­te­naires in­dus­triels, du sec­teur pri­vé, de la so­cié­té ci­vile, mais aus­si in­ter­na­tio­nal par rap­port aux centres si­mi­laires, or­ga­ni­sa­tions et bailleurs de fonds. Et c’est main­te­nant ou ja­mais, avant qu’il ne soit trop tard. Car une en­tre­prise pa­reille sans bi­lan ni bonne po­li­tique de com­mu­ni­ca­tion ne peut vivre long­temps. Son manque à ga­gner se compte par mil­liers de di­nars. Au bout de 22 ans, les pertes ca­pi­ta­li­sées en temps et en ar­gent ne sont plus à dé­mon­trer. M. Has­si­ni semble sûr de lui. Certes, l’homme n’as­sume pas les er­reurs de ses pré­dé­ces­seurs, mais il ne faut pas res­ter les bras croi­sés. Il veut que le Citet se dote d’une nou­velle vi­sion, soit une nou­velle stra­té­gie pour de nou­veaux ob­jec­tifs. Jus­te­ment, il a com­men­cé, de­puis qu’il a pris ses fonc­tions, à y pen­ser sé­rieu­se­ment. Il a dé­jà dé­voi­lé, en avril der­nier, l’es­sence de sa vi­sion aux mé­dias et à la so­cié­té ci­vile, consi­dé­rés dé­sor­mais comme par­ties pre­nantes de l’oeuvre de ré­forme de l’en­tre­prise.

Vi­sion sous forme de ré­vo­lu­tion !

Lors de la ré­cente ren­contre qu’il a eue, der­niè­re­ment, avec les mé­dias, le di­rec­teur gé­né­ral du Citet est re­ve­nu sur les grandes lignes de sa stra­té­gie à l’ho­ri­zon 2030. Elle s’est fo­ca­li­sée sur l’éco-in­no­va­tion dans toutes ses di­men­sions tech­no­lo­giques. Soit, ren­ché­rit-il, avec pré­ci­sion: «Une vi­sion fu­tu­riste claire, co­hé­rente et par­ta­gée sur les pers­pec­tives du dé­ve­lop­pe­ment stra­té­gique du Citet, sur sa dé­marche et sur ses res­sources à mo­bi­li­ser pour lui as­su­rer un rôle dé­ter­mi­nant en termes d’in­no­va­tion, trans­fert et adap­ta­tion de tech­no­lo­gies en­vi­ron­ne­men­tales ». Au-de­là de sa vo­ca­tion d’ac­com­pa­gne­ment tech­nique et de for­ma­tion, le Citet se veut une pla­te­forme tech­no­lo­gique pour la Tu­ni­sie en ma­tière de dé­ve­lop­pe­ment du­rable, voire « une in­ter­face entre la re­cherche et l’in­no­va­tion, d’un cô­té, et le monde éco­no­mique et in­dus­triel, de l’autre », es­père-t-il. Ce trans­fert tech­no­lo­gique qu’il n’a ces­sé de mettre en avant des orien­ta­tions pro­chaines est re­con­nu pour être une va­leur ajou­tée tant en ma­tière d’amé­lio­ra­tion du conte­nu tech­no­lo­gique et de com­pé­ti­ti­vi­té que sur le plan de l’em­ploi et de l’em­ploya­bi­li­té. A l’en croire, ce­la pour­rait ai­der à re­le­ver les dé­fis des ODD tels que re­dé­fi­nis en 2015 par les Na­tions unies.

Un choix, trois prio­ri­tés

Quel Citet veut-on pro­chai­ne­ment ? Et comment abor­der sa ré­vo­lu­tion, si l’on peut dire ? Ce fai­sant, il y a trois prio­ri­tés à re­te­nir comme un choix d’ave­nir. Pri­mo, la ges­tion du­rable des dé­chets, dont no­tam­ment les or­dures mé­na­gères et as­si­mi­lés. C’est que leur va­lo­ri­sa­tion au­rait pu être une source de ri­chesse, gé­né­ra­trice d’em­plois. Mais, ce­la exige né­ces­sai­re­ment au­tant de fi­nan­ce­ments qui sont de na­ture à sti­mu­ler l’ini­tia­tive pri­vée. Se­cun­do, la ges­tion des eaux usées no­tam­ment en mi­lieu ur­bain, afin de mieux les ex­ploi­ter dans l’ir­ri­ga­tion agri­cole. Ter­tio, la lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques : un phé­no­mène uni­ver­sel à hauts risques im­mé­diats, à court et long termes. D’où il est urgent de s’y pré­pa­rer, à bon es­cient. Adap­ta­tion et ré­si­lience sont, dé­sor­mais, les deux maîtres-mots re­con­nus à l’échelle mon­diale. On ne de­vrait plus s’en pas­ser, à tout prix. Le Citet se­ra-t-il en me­sure de ga­gner cet en­jeu ? Sa ré­vo­lu­tion ins­ti­tu­tion­nelle réus­si­ra-t-elle ?

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