La pro­gres­sion se pour­suit pour les forces loya­listes

Les af­fron­te­ments prennent dé­sor­mais la forme de «com­bats de rue», alors que «pleuvent des obus de mor­tier ti­rés par les re­belles»

La Presse (Tunisia) - - INTERNATIONAL -

AFP — Les com­bats fai­saient rage hier à Ho­dei­da au len­de­main de la re­prise par les forces pro­gou­ver­ne­men­tales yé­mé­nites du plus grand hô­pi­tal de cette ville por­tuaire clé de l’ouest du Yémen aux mains des re­belles Hou­this.

Alors que fusent de toutes parts des cri­tiques sur les raids aé­riens meur­triers de la coa­li­tion me­née par l’ara­bie saou­dite contre les re­belles, Wa­shing­ton a confir­mé hier que Riyad uti­li­se­rait dé­sor­mais ses «propres ca­pa­ci­tés» pour ef­fec­tuer les ra­vi­taille­ments en vol en sou­tien de ses opé­ra­tions, as­su­rés jus­qu’à pré­sent par les Amé­ri­cains. De­puis le 1er no­vembre, date de l’in­ten­si­fi­ca­tion de l’of­fen­sive pour re­prendre Ho­dei­da aux re­belles, les bom­bar­de­ments de la coa­li­tion en sou­tien aux forces du pré­sident Abd Rab­bo Man­sour Ha­di ont pro­vo­qué la vive in­quié­tude D’ONG sur le sort des ci­vils dans la ville et, au-de­là, de l’ache­mi­ne­ment de l’aide hu­ma­ni­taire dans le reste du pays. Ho­dei­da, aux mains des re­belles de­puis 2014, est en ef­fet le point d’en­trée des trois quarts des im­por­ta­tions et de l’aide hu­ma­ni­taire in­ter­na­tio­nale dans un pays me­na­cé par la fa­mine.

Mines et sni­pers

Sur le ter­rain, les forces pro­gou­ver­ne­men­tales, qui gri­gnotent du ter­rain de­puis jeu­di, ont re­pris ven­dre­di soir l’hô­pi­tal du «22 mai», le plus grand de la ville, se­lon des res­pon­sables mi­li­taires.

Elles se trouvent dé­sor­mais à en­vi­ron 3 km du prin­ci­pal bas­tion re­belle de la ville, ap­pe­lé «7-juillet», une zone ul­tra-sé­cu­ri­sée dans l’est de la ville. Tou­jours dans l’est, de vio­lents com­bats op­po­saient hier ma­tin les forces loya­listes aux re­belles près d’une route prin­ci­pale re­liant Ho­dei­da à la ca­pi­tale Sa­naa, d’après les mêmes sources qui font état de l’im­pli­ca­tion d’hé­li­co­ptères Apache de la coa­li­tion.

Se­lon un des res­pon­sables, les af­fron­te­ments prennent dé­sor­mais la forme de «com­bats de rue», alors que «pleuvent des obus de mor­tier ti­rés par les re­belles».

Les forces loya­listes, qui pro­gressent de­puis le sud et l’est vers le port, ont en­core avan­cé d’un ki­lo­mètre, a-t-il af­fir­mé. Elles ont re­çu des ren­forts d’après un pho­to­graphe de L’AFP. Leur avan­cée dans la ville, te­nue par les in­sur­gés de­puis 2014, est ce­pen­dant en­tra­vée par le nom­breux sni­pers dé­ployés par les re­belles ain­si que par les mines et les tran­chées creu­sées dans plu­sieurs sec­teurs, ont en­core in­di­qué ces sources mi­li­taires.

Le chef de la ré­bel­lion, Ab­del Ma­lik Al-hou­thi, avait pro­mis mer­cre­di que ses hommes se bat­traient jus­qu’au bout et ne se ren­draient «ja­mais». Les com­bats de­puis le 1er no­vembre ont fait 382 morts, se­lon des sources mé­di­cales.

«Ce sont les ci­vils qui vont en payer chè­re­ment le prix», a dé­cla­ré à L’AFP Lob­na, une ha­bi­tante de Ho­dei­da qui pré­fère taire son nom de fa­mille de peur de re­pré­sailles. «Les ci­vils sont pris entre deux feux», dé­nonce-t-elle. De­puis plu­sieurs jours, de nom­breuses ONG ne cessent d’ap­pe­ler les par­ties en conflit à ces­ser les com­bats.

Pour le Con­seil nor­vé­gien pour les ré­fu­giés, «il y a un très fort risque que da­van­tage d’at­taques aé­riennes ou ter­restres coupent (...) la der­nière voie de ra­vi­taille­ment en pro­duits ali­men­taires, es­sence et mé­di­ca­ments des quelque 20 mil­lions de Yé­mé­nites qui dé­pendent des im­por­ta­tions pas­sant par Ho­dei­da». Un col­lec­tif D’ONG a ap­pe­lé cette se­maine à «une ces­sa­tion im­mé­diate des hos­ti­li­tés» au Yémen, où se­lon elles «14 mil­lions» de per­sonnes sont «me­na­cées par la fa­mine». Les forces loya­listes tentent de chas­ser les Hou­this, sou­te­nus par l’iran, de vastes ré­gions conquises dans le nord et le centre du pays, dont Sa­naa. Elles tentent de re­con­qué­rir Ho­dei­da de­puis juin. Quelque 440.000 per­sonnes ont fui la ci­té — qui comp­tait 600.000 ha­bi­tants avant — de­puis se­lon des chiffres de L’ONU.

Cette of­fen­sive avait été sus­pen­due en juillet pour don­ner une chance aux ef­forts du mé­dia­teur de L’ONU. Après l’échec en sep­tembre de la mé­dia­tion onu­sienne, la coa­li­tion avait an­non­cé la re­prise de l’opé­ra­tion.

Dé­sen­ga­ge­ment de Wa­shing­ton

Mais de­puis plu­sieurs mois, la coa­li­tion me­née par Riyad don­nait l’im­pres­sion d’être dans une im­passe mi­li­taire, sans comp­ter qu’elle était de plus en plus cri­ti­quée par l’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine, elle-même épin­glée sur le plan in­té­rieur pour son sou­tien à Riyad. Son in­ter­ven­tion au Yémen est de­ve­nue en­core plus contro­ver­sée après le meurtre du jour­na­liste saou­dien Ja­mal Kha­shog­gi, im­pu­té à de hauts res­pon­sables du royaume et qui a ter­ni l’image de Riyad.

Après des in­for­ma­tions ven­dre­di du Wa­shing­ton Post fai­sant état de la dé­ci­sion amé­ri­caine de ces­ser de ra­vi­tailler en vol les avions de la coa­li­tion — met­tant ain­si fin à son sou­tien le plus concret en trois ans de conflit —, Riyad a te­nu à af­fir­mer que ce­la avait été fait à sa de­mande, se­lon l’agence de presse of­fi­cielle SPA.

«Ré­cem­ment, le royaume et la coa­li­tion ont ac­cru leur ca­pa­ci­té de me­ner in­dé­pen­dam­ment le ra­vi­taille­ment en vol au Yémen», a-telle in­di­qué. L’in­for­ma­tion a vite été confir­mée par le Pen­ta­gone. Mais pour An­dreas Krieg, pro­fes­seur au King’s Col­lege de Londres, qui rap­pelle qu’il s’agis­sait de l’aide opé­ra­tion­nelle amé­ri­caine «la plus im­por­tante» à la coa­li­tion, celle-ci va se re­trou­ver han­di­ca­pée.

«La coa­li­tion dis­pose, en théo­rie, de ses propres ca­pa­ci­tés de ra­vi­taille­ment, mais le ra­vi­taille­ment en vol est un exer­cice exi­geant que ni les Saou­diens ni les Emi­ra­tis — autre membres de la coa­li­tion — peuvent faire de fa­çon ef­fi­cace», se­lon lui. Dans ce contexte, la coa­li­tion a dit es­pé­rer «que les pro­chaines né­go­cia­tions sous l’égide de L’ONU dans un pays tiers condui­ront à un rè­gle­ment né­go­cié» du conflit, a in­di­qué SPA.

Le Pen­ta­gone a évo­qué dans le même temps de pro­chaines né­go­cia­tions. «Nous sommes tous concen­trés sur le sou­tien à une ré­so­lu­tion du conflit, me­née par l’en­voyé spé­cial de L’ONU Mar­tin Grif­fith», a dit dans un com­mu­ni­qué le se­cré­taire amé­ri­cain à la Dé­fense, Jim Mat­tis. Pour le ca­bi­net de con­seil IHS Mar­kit, Riyad et les Emi­rats Arabes Unis, autre membre de la coa­li­tion au Yémen, «es­timent né­ces­saire de prendre Ho­dei­da avant d’en­ta­mer des pour­par­lers de paix avec les Hou­this. Ce­la per­met­trait au gou­ver­ne­ment yé­mé­nite d’avoir beau­coup plus de poids po­li­tique à la table des né­go­cia­tions». En près de quatre ans, le conflit au Yémen a fait quelque 10.000 morts et pro­vo­qué se­lon L’ONU la pire crise hu­ma­ni­taire au monde.

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