Les nou­veaux dé­fis de ma­cron

La Presse (Tunisia) - - LA UNE - Par Raouf SEDDIK

ON re­te­nait son souffle hier, en France, face à la qua­trième édi­tion des ma­ni­fes­ta­tions qui se dé­roulent à Pa­ris et qui, jusque-là, avaient lais­sé ap­pa­raître un ni­veau de vio­lence as­sez in­édit. Il semble que le dis­po­si­tif pré­ven­tif mis en place par les au­to­ri­tés ait fonc­tion­né. La po­lice a en ef­fet pro­cé­dé à des in­ter­pel­la­tions avant même que les ma­ni­fes­tants n’ar­rivent sur les lieux et on fai­sait état à la mi-jour­née de plu­sieurs cen­taines de gardes à vue…

Ces me­sures de sé­cu­ri­té, quel que soit le ni­veau de leur ef­fi­ca­ci­té, laissent tou­te­fois en­tières les ques­tions que se posent les ob­ser­va­teurs sur la fa­çon glo­bale dont le mou­ve­ment de contes­ta­tion a été né­go­cié par l’exé­cu­tif fran­çais. Il existe un cer­tain consen­sus sur le fait que nous avons eu af­faire à une ges­tion très ca­la­mi­teuse de la grogne des « Gi­lets jaunes », qui a at­ti­sé la co­lère plus qu’elle ne l’a apai­sée. On peut dire au­jourd’hui que c’est avec cette épreuve que Ma­cron va ré­vé­ler — ou non — ses ta­lents d’homme de pou­voir. Pour l’ins­tant, il se ré­serve, et laisse pla­ner au su­jet de sa per­sonne des doutes sé­rieux.

Le dé­fi est de taille, parce qu’il fait dé­sor­mais l’ob­jet d’un re­jet franc de la part d’une par­tie non né­gli­geable de la po­pu­la­tion fran­çaise, qui voit en lui un per­son­nage mé­pri­sant à l’égard du pe­tit peuple, sou­cieux de mé­na­ger les in­té­rêts des plus riches, et peu in­quiet à l’in­verse de voir les plus mo­destes de ses conci­toyens su­bir de plein fouet le poids de ses ré­formes qui riment avec taxes et bas sa­laires. Cette image, il n’est pas sûr qu’elle cor­res­ponde pré­ci­sé­ment à sa psy­cho­lo­gie mais le pro­pos n’est pas là : tant qu’il ne la bri­se­ra pas à tra­vers des gestes forts, elle conti­nue­ra de lui col­ler à la peau aux yeux de beau­coup.

Mais le dé­fi est de taille aus­si parce qu’il fait face à un mou­ve­ment de contes­ta­tion que nous connais­sons en Tu­ni­sie mais qui reste in­édit dans beau­coup de pays : un mou­ve­ment sans lea­der, s’ap­puyant beau­coup sur les ré­seaux so­ciaux — et sur­fant pour cette rai­son sur une cer­taine spon­ta­néi­té — dé­ve­lop­pant des re­ven­di­ca­tions mul­tiples et par­fois contra­dic­toires… On note par ailleurs que ce mou­ve­ment a ga­gné depuis un mo­ment dé­jà d’autres pays eu­ro­péens, en uti­li­sant le même signe de ral­lie­ment du gi­let jaune, mais en ap­por­tant chaque fois des nou­veau­tés sur la liste des de­mandes.

Cette conta­gion eu­ro­péenne est-elle un phé­no­mène pu­re­ment na­tu­rel ou est-elle ai­dée par cer­taines par­ties qui agissent mas­quées ? On ne sait. Mais il peut être sage de sup­po­ser que cer­tains tirent les fi­celles en ayant en vue une cer­taine dé­sta­bi­li­sa­tion des pays eu­ro­péens. L’hy­po­thèse pour­rait être clas­sée dans la ru­brique « com­plo­tisme ». Néan­moins, il faut se sou­ve­nir par exemple qu’un cer­tain Steve Ban­non, an­cien conseiller du pré­sident Trump, a ré­cem­ment pro­po­sé ses ser­vices à des fi­gures de la droite na­tio­na­liste xé­no­phobe afin de faire triom­pher cette der­nière lors des pro­chaines élec­tions eu­ro­péennes.

Si l’on s’en tient au scé­na­rio qui a per­mis à l’ac­tuel pré­sident amé­ri­cain de coif­fer au po­teau sa ri­vale dé­mo­crate il y a deux ans, alors que peu d’ob­ser­va­teurs au­raient pa­rié sur lui au dé­but de la cam­pagne pré­si­den­tielle, on a toutes les rai­sons de s’in­quié­ter de telles al­liances entre po­pu­listes de part et d’autre de l’at­lan­tique : les tech­niques qu’ils sont ca­pables de mo­bi­li­ser pour sus­ci­ter au­près des masses une cer­taine dé­tes­ta­tion du pou­voir en place sont as­sez re­dou­tables… Re­ga­gner la confiance du peuple, dans un contexte pa­reil, c’est na­ger contre un fort cou­rant de ré­pro­ba­tion et de ré­pu­dia­tion, sa­vam­ment ali­men­té et ca­na­li­sé en fonc­tion d’ob­jec­tifs po­li­tiques très pré­cis.

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