Les femmes et les en­fants, les plus tou­chés

Les vic­times sont l’ob­jet d’ex­ploi­ta­tion éco­no­mique et sexuelle et de ser­vi­tude do­mes­tique

La Presse (Tunisia) - - ACTUALITÉS -

Le nombre des vic­times tu­ni­siennes de traite, prises en charge en 2017 par l’ins­tance na­tio­nale de lutte contre la traite des per­sonnes, s’élève à 742, dont 70 % d’en­fants, et ce­lui des étran­gers est de l’ordre de 100, a af­fir­mé, hier, la pré­si­dente de l’ins­tance, Raoud­ha Laa­bi­di.

Ces per­sonnes sont no­tam­ment vic­times d’ex­ploi­ta­tion éco­no­mique et sexuelle et de ser­vi­tude do­mes­tique, a-t-elle pré­ci­sé lors d’un col­loque or­ga­ni­sé, au Cam­pus uni­ver­si­taire El-ma­nar sur la traite des femmes et des en­fants, à l’ini­tia­tive du la­bo­ra­toire des sciences pé­nales et de cri­mi­no­lo­gie re­le­vant de la fa­cul­té du Droit et des Sciences po­li­tiques de Tu­nis. Par­mi les me­sures prises par l’ins­tance pour lut­ter contre la traite fi­gure la dé­si­gna­tion de juges de ré­fé­rence dans 17 ré­gions, à rai­son de deux ma­gis­trats pour chaque ré­gion, a-t-elle fait sa­voir, ex­pli­quant qu’ils fi­gurent comme des ré­fé­rences pour les in­ter­ve­nants en la ma­tière.

Des points fo­caux (fo­cus groupes) se­ront éga­le­ment ins­tal­lés à tra­vers les ré­gions pour as­su­rer la for­ma­tion et la sen­si­bi­li­sa­tion sur la ques­tion de la traite, a-t-elle fait sa­voir, pré­ci­sant qu’ils se­ront com­po­sés des re­pré­sen­tants de six do­maines: la sé­cu­ri­té, la ma­gis­tra­ture, les af­faires so­ciales, la san­té, la so­cié­té ci­vile et les dé­lé­gués à la pro­tec­tion de l’en­fance. D’après la pré­si­dente de l’ins­tance, cette struc­ture a ai­dé 66 vic­times étran­gères de traite à re­tour­ner dans leurs pays, tout en les ac­com­pa­gnant pour se ré­in­té­grer dans leurs propres so­cié­tés. Un nombre de 31 femmes tu­ni­siennes vic­times de traite bé­né­fi­cient ac­tuel­le­ment d’une prise en charge par l’ins­tance qui les as­sis­te­ra éga­le­ment dans la créa­tion de pro­jets, a-t-elle af­fir­mé. Laa­bi­di a re­gret­té le manque de bud­get, ap­pe­lant l’etat à in­ter­ve­nir et fi­nan­cer cette struc­ture pour pou­voir ac­com­plir ces pro­jets et at­teindre ses ob­jec­tifs de prise en charge des vic­times de traite. De son cô­té, Me­hyar Ha­ma­di, dé­lé­gué gé­né­ral à la pro­tec­tion de l’en­fance, a af­fir­mé que le nombre to­tal des en­fants vic­times de traite en 2017 est de plus de 1.480, dont 308 vic­times d’ex­ploi­ta­tion éco­no­mique, 1087 vic­times d’ex­ploi­ta­tion sexuelle et 86 vic­times de crimes or­ga­ni­sés.

Le nombre des cas de traite d’en­fants en­re­gis­tré en 2017 est le plus éle­vé en Tu­ni­sie par rap­port aux an­nées pré­cé­dentes, a-t-il re­gret­té. Il a ap­pe­lé, dans ce cadre, à la mise en place de mé­ca­nismes fa­vo­ri­sant la pro­tec­tion de l’en­fance, in­sis­tant sur l’im­por­tance de l’in­té­gra­tion du concept «l’en­fant vic­time» au code de la pro­tec­tion de l’en­fance.

Il a ap­pe­lé aus­si à la créa­tion de cel­lules d’écoute à tra­vers les ré­gions, sou­li­gnant l’im­por­tance de la spé­cia­li­sa­tion. Le res­pon­sable a éga­le­ment re­com­man­dé d’ac­cor­der aux en­fants le droit de la par­ti­ci­pa­tion à la prise des dé­ci­sions qui les concernent, pro­po­sant d’in­ten­si­fier le nombre des ses­sions de for­ma­tion sur les droits de l’en­fant. Dr Ah­med Ben Nas­ser, mé­de­cin à l’hô­pi­tal Charles-ni­colle a évo­qué l’im­pact de la traite sur la san­té phy­sique et psy­cho­lo­gique des vic­times, sou­li­gnant leur be­soin d’as­sis­tance et de prise en charge. Plu­sieurs vic­times re­çues par l’hô­pi­tal souffrent de ci­ca­trices, d’an­goisse, de dé­pres­sion, de troubles de som­meil, de fa­tigue, de dys­fonc­tion­ne­ment sexuel et d’ad­dic­tion, a-t-il énu­mé­ré. Un sen­ti­ment de culpa­bi­li­té a été re­mar­qué chez cer­taines vic­times, a-t-il en­core in­di­qué, si­gna­lant que des troubles dé­pres­sifs les mènent par­fois à l’ad­dic­tion.

Le mé­de­cin a re­gret­té la pré­sence d’obs­tacles à l’iden­ti­fi­ca­tion et l’as­sis­tance des vic­times de traite, met­tant en cause l’ab­sence d’un cadre ju­ri­dique adé­quat. Cette ren­contre or­ga­ni­sée par le la­bo­ra­toire des sciences pé­nales et de cri­mi­no­lo­gie s’ins­crit dans le cadre de son pro­gramme d’ac­tion an­nuel, a af­fir­mé Ra­chi­da Jlas­si, pré­si­dente du la­bo­ra­toire, sou­li­gnant l’im­por­tance du thème choi­si cette an­née, vu la spé­ci­fi­ci­té et la fra­gi­li­té de la po­pu­la­tion cible, à sa­voir les femmes et les en­fants vic­times de traite.

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