L’in­ves­tis­se­ment dans tous ses pa­ra­doxes

Le Manager - - Edito - Par Sa­har Me­chri Khar­rat

De­puis quelques se­maines, le pays vibre au son de l’in­ves­tis­se­ment. Une mé­lo­die à plu­sieurs ca­dences qui os­cille entre l’hymne à la joie et les airs mé­lan­co­liques. Tu­ni­sie 2020, un pro­gramme am­bi­tieux, dé­cou­lant d’un plan quin­quen­nal vi­sant à in­crus­ter la Tu­ni­sie dans le 21ème siècle, à re­do­rer l’image d’un pays qui a été meur­tri à coups de ten­sions ter­ro­ristes, so­ciales et po­li­tiques. La Confé­rence in­ter­na­tio­nale sur l’in­ves­tis­se­ment est per­çue comme une étape iné­luc­table pour mar­quer un tour­nant et créer une dy­na­mique. Une équipe vo­lon­ta­riste, ani­mée par l’am­bi­tion de réus­sir l’évé­ne­ment s’y em­ploie sous les aus­pices de hauts com­mis de l’etat, jus­qu’au sommet de la py­ra­mide. L’ad­mi­nis­tra­tion est sou­te­nue par notre dia­spo­ra au pe­di­gree hors pair pour faire ve­nir des chefs d’etats, des in­ves­tis­seurs, des ges­tion­naires de fonds. Y au­raient-ils de meilleurs am­bas­sa­deurs pour notre éco­no­mie ? Du temps, de l’ar­gent, de l’ef­fort et une in­tel­li­gence de tous les ins­tants y sont consa­crés ! Dans ce nu­mé­ro, nous vous fe­rons dé­cou­vrir cet uni­vers.

Cette dy­na­mique tant at­ten­due est mal­heu­reu­se­ment per­tur­bée, frei­née dans son élan de ma­nière qua­si ré­cur­rente par des nou­velles qui nous font re­ve­nir à une réa­li­té plus per­plexe, moins sa­lu­taire. L’af­faire de la so­cié­té pé­tro­lière tu­ni­so-bri­tan­nique de prospection et d’ex­ploi­ta­tion éner­gé­tique Pe­tro­fac est de celles-là. Face à des sit-in­neurs im­po­sant leur dik­tat et leur vo­lon­té, la so­cié­té était en ar­rêt d’ac­ti­vi­té de­puis le mois d’avril et avait fi­ni par en­ta­mer les pro­cé­dures du dé­part. C’est dire qu’ils au­ront tout par­ta­gé avec nous ces Bri­tan­niques : des hor­reurs du ter­ro­risme, à la dé­me­sure des pro­tes­ta­tions so­ciales, si on peut les ap­pe­ler de la sorte. Pour­quoi en sommes-nous ar­ri­vés là ? A l’heure où des moyens consi­dé­rables sont dé­ployés pour amé­lio­rer notre image, sé­duire les in­ves­tis­seurs, convaincre de notre com­pé­ti­ti­vi­té com­pa­rée à celle des autres sites concur­rents, nous avons failli perdre un des in­ves­tis­seurs les plus im­por­tants. Pe­tro­fac est res­té mais le mal est fait. La presse étran­gère a sui­vi l’af­faire, in­for­mé ses ci­toyens, ses in­ves­tis­seurs … Se­rait-ce à ce point dif­fi­cile d’ap­pli­quer la loi au­jourd’hui ? Me­sure-t-on les coûts de ce laxisme ? Pense-t-on que cette paix so­ciale est ac­quise, so­lide et stable ? En tout état de cause, ce n’est pas ain­si que le monde ex­té­rieur le per­çoit. Le clas­se­ment de Da­vos, ba­ro­mètre des in­ves­tis­seurs, nous rap­pelle à cette triste réa­li­té. Nous avons en­core per­du des places dans le clas­se­ment, on en prend l’ha­bi­tude de­puis 2011 ! C’est peut- être ce­la le pro­blème ! Te­nez-vous bien, là où le bât blesse c’est au ni­veau du mar­ché du tra­vail: par­mi les 138 pays, il n’y a que six pays qui sont moins pro­duc­tifs que la Tu­ni­sie et dix pays où le sa­laire est plus ri­gide que le nôtre. Ces chiffres ne de­vraient sa­tis­faire ni les in­ves­tis­seurs, ni ceux qui nous gou­vernent, ni même le syn­di­cat.

Le dé­ve­lop­pe­ment du mar­ché fi­nan­cier n’a pas fait bonne fi­gure non plus. Le pro­blème se pose prin­ci­pa­le­ment au ni­veau de l’étroi­tesse de l’offre de ser­vices fi­nan­ciers, loin de sa­tis­faire les be­soins des en­tre­prises. Le su­jet est d’une brû­lante ac­tua­li­té : l’en­tre­prise tu­ni­sienne a en per­ma­nence des dif­fi­cul­tés d’ac­cès au fi­nan­ce­ment. Le clas­se­ment en ma­tière de dis­po­ni­bi­li­té pour le ca­pi­tal-risque n’est pas meilleur. A cet ef­fet, le pri­vate equity peut s’avé­rer une al­ter­na­tive fort in­té­res­sante pour l’en­tre­prise lui per­met­tant non seule­ment de ré­soudre le pro­blème de l’in­suf­fi­sance des fonds propres, mais aus­si de lui four­nir un moyen d’in­no­ver et de s’in­ter­na­tio­na­li­ser. Nous fe­rons ré­agir dans notre dos­sier des ac­teurs du pri­vate equity pour évo­quer des cas de réus­site et des pistes de ré­flexion qui per­mettent de dé­ve­lop­per le sec­teur. Nous fe­rons éga­le­ment ré­agir notre «In­vi­té du Ma­na­ger», Ahmed Rjiba, DG de la BH. Les pieds sur terre et le re­gard vers le grand large, il évo­que­ra pour nous ses pro­jets en Tu­ni­sie et son am­bi­tion de s’im­po­ser en dou­ceur en Afrique. De cette as­cen­sion tran­quille, il est le prin­ci­pal ar­chi­tecte. Bonne lec­ture !

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