LA TRAN­SI­TION DI­GI­TALE VUE PAR LES EX­PERTS

Le Manager - - Décryptage Actu De Mois -

En 2017, c’était la mé­daille d’or à la «Lon­don Olive Oil», en 2018, Los An­geles; quelles sont vos am­bi­tions pour 2019 ? Nous avons en ligne de mire le plus grand concours mon­dial, qui se dé­roule chaque an­née en Es­pagne, au mois de mars. Il s’agit du plus pres­ti­gieux. La Tu­ni­sie est dé­jà ar­ri­vée fi­na­liste. Nous es­pé­rons éga­le­ment pros­pec­ter d’autres mar­chés et que Triomphe Tuc­cha­bor de­vienne une ré­fé­rence au ni­veau in­ter­na­tio­nal. Nous sou­hai­tons aus­si in­té­grer la “Flos Olei” (ou fleur de l’huile), qui est la “bible de l’huile d’olive”, et où sont ré­per­to­riés les plus grands pro­duc­teurs au monde. Il s’agit du pre­mier guide de por­tée in­ter­na­tio­nale qui re­pré­sente la pre­mière ré­fé­rence pour les consom­ma­teurs et opé­ra­teurs Par­lez-nous un peu de vous... Je suis maî­tri­sard en Com­merce In­ter­na­tio­nal, j’ai en­suite ob­te­nu un mas­tère en as­su­rance et ma­na­ge­ment du risque, de l’ecole Su­pé­rieure de Com­merce de Tu­nis et suis ac­tuel­le­ment chef de ser­vice à la CNAM. Je passe la plu­part de mon temps dans la ferme, où j’ai d’ailleurs gran­di et ap­pris le mé­tier. Triomphe Thuc­ca­bor est une réelle pas­sion, une culture et une tra­di­tion, per­pé­tuée de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion. Nous la dé­ve­lop­pons ac­tuel­le­ment avec mon frère et mon père. D’ailleurs je pro­fite de cette oc­ca­sion pour rendre hom­mage à mon père, à qui l’on doit le vé­ri­table es­sor de notre do­maine. Chaque oli­vier de notre ferme ra­conte une réus­site, un suc­cès, une confes­sion, des mé­moires... Tu­ni­sia Di­gi­tal Sum­mit ou­vri­ra ses portes les 28 et 29 mars 2018 à l’hô­tel Lai­co-tu­nis. Cet évé­ne­ment, de­ve­nu un ren­dez-vous an­nuel des ac­teurs du di­gi­tal, trai­te­ra des thé­ma­tiques liées au Mar­ke­ting Di­gi­tal, à l’in­tel­li­gence Ar­ti­fi­cielle, à la Big Da­ta et à la Blo­ck­chain IOT. Ces deux jours se­ront l’oc­ca­sion de ren­contres et d’échanges de haut ni­veau avec les pro­fes­sion­nels et les ex­perts tu­ni­siens mais éga­le­ment des in­vi­tés afri­cains et étran­gers. La nou­veau­té de cette édi­tion est l’or­ga­ni­sa­tion de TDS Lab. Le pro­gramme, com­por­tant des ate­liers d’in­for­ma­tions et de for­ma­tions, est pro­po­sé par des ex­perts et des re­pré­sen­tants d’en­tre­prise au pro­fit des pro­fes­sion­nels du sec­teur. Deux for­mats se­ront pré­sen­tés : les Ate­liers ex­perts, ani­més par des ex­perts re­con­nus dans le di­gi­tal, E Com­merce, tech­no­lo­gie, Big Da­ta et les ate­liers so­lu­tions/pro­duits, ani­més par des re­pré­sen­tants d’en­tre­prises et d’agences.

Une cen­taine de re­pré­sen­tants is­sus des dé­par­te­ments sec­to­riels de l’agri­cul­ture et de l’in­dus­trie se sont réu­nis, des dé­lé­ga­tions en pro­ve­nance d’une mixi­té de pays, no­tam­ment du Bur­ki­na Fa­so, du Ca­me­roun, de la Côte d’ivoire, de la Gui­née, du Ma­li, du Mo­zam­bique, de la Tan­za­nie et du To­go. Ob­jec­tif: quels en­sei­gne­ments et quelles bonnes pra­tiques ti­rer à par­tir des di­verses ex­pé­riences afri­caines en ma­tière d’amé­na­ge­ment et de mise en oeuvre des Zones de trans­for­ma­tion agroa­li­men­taire (ZTA) ? La thé­ma­tique sou­le­vée lance un coup de pro­jec­teur sur l’in­évi­table né­ces­si­té de se concen­trer sur le dé­ve­lop­pe­ment de l’in­dus­trie agroa­li­men­taire. Bien que le taux de trans­for­ma­tion des pro­duits agri­coles dé­passe les 60% se­lon une dé­cla­ra­tion faite par Ha­mi­da Bel­gaied, Di­rec­trice Gé­né­rale des In­dus­tries Agroa­li­men­taires au mi­nis­tère de l’in­dus­trie et des PME, la Tu­ni­sie ne ga­ran­tit pas en­core son au­to­suf­fi­sance ali­men­taire, et plu­sieurs sec­teurs de pro­duc­tion agri­cole res­tent to­ta­le­ment tri­bu­taires des condi­tions cli­ma­tiques. Ima­gi­ner le pay­sage: ce n’est dé­jà pas une mince af­faire ! Sa­mia Maa­mer, Di­rec­trice Gé­né­rale au Mi­nis­tère de l’agri­cul­ture a pré­sen­té les cinq clés pour la mise en place des ZTA: un en­vi­ron­ne­ment po­li­tique pro­pice, la par­ti­ci­pa­tion du sec­teur pri­vé, l’iden­ti­fi­ca­tion des chaînes de va­leur, et le dé­ve­lop­pe­ment des mé­ca­nismes de fi­nan­ce­ment. Elle s’est fo­ca­li­sée sur la 5e roue du car­rosse: la pro­mo­tion du dé­ve­lop­pe­ment ru­ral ra­pide à tra­vers une in­fra­struc­ture in­tel­li­gente pour l’agro-in­dus­tria­li­sa­tion. Pour faire vite, se­lon l’in­ter­ve­nante, il faut un mix entre les éner­gies re­nou­ve­lables, du ma­té­riel et des tech­no­lo­gies qui pré­servent l’en­vi­ron­ne­ment et la san­té, pro­fi­ter des ex­pé­riences d’autres pays, ai­der à in­ves­tir dans les in­fra­struc­tures et équi­pe­ments lo­caux et sur­tout in­no­ver à tous les ni­veaux! Les ZTA re­quièrent es­sen­tiel­le­ment trois condi­tions: des zones de pro­duc­tion denses né­ces­si­tant une ac­ti­vi­té de trans­for­ma­tion. “A-t-on les fi­lières pro­pices?”, des Centres de Trans­for­ma­tions Agri­coles, qui forment le re­lais entre les zones de pro­duc­tion et les parcs agroa­li­men­taires, qui sont la troi­sième condi­tion. Se pose alors la né­bu­leuse ques­tion des in­fra­struc­tures. Ain­si, en marge de cette triade, il s’agit aus­si et sur­tout d’équi­per ce pay­sage par des fon­da­tions ad­mi­nis­tra­tives, so­ciales et éco­no­miques adap­tées à la dy­na­mique de ces zones. En d’autres termes, “nous avons be­soin de gui­chets uniques, de centres de for­ma­tion, de maintenance, de la­bo­ra­toires d’es­sais, de cer­ti­fi­ca­tion, de trai­te­ment des dé­chets, de com­plexes d’af­faires, d’ins­tal­la­tions so­ciales, il faut aus­si pen­ser au dé­ve­lop­pe­ment du­rable”. Elle a in­ter­pel­lé la salle, mais aus­si les ac­teurs ab­sents sur la né­ces­si­té d’ima­gi­ner “tout ce monde in­dus­triel” qui se pro­file dans ces zones. L’air ras­su­rant, Sa­mia Maa­mer pré­cise que l’on ne part ja­mais de zé­ro! Il s’agit de mi­ser sur l’exis­tant, en poin­ter les man­que­ments, va­lo­ri­ser les spé­ci­fi­ci­tés ré­gio­nales, me­ner les études d’im­pacts éco­lo­giques qui s’im­posent, le tout pour bien choi­sir les sites d’im­plan­ta­tion.

Ibra­hi­ma Kane, Di­rec­teur Gé­né­ral du Fonds Sou­ve­rain Sé­né­ga­lais (FONSIS), avance pour sa part que le chal­lenge ma­jeur au Sé­né­gal est de s’éloi­gner du spectre du “trop pu­blic”, en al­liant le pri­vé à la mise en oeuvre des ZTA. “Nous avons en­re­gis­tré quelques réus­sites” dit-il. Le FONSIS est un ins­tru­ment in­no­vant, bras ar­mé pri­vé de l’etat, pour faire fruc­ti­fier son pa­tri­moine et re­lan­cer l’éco­no­mie. A tra­vers ce fonds, l’etat du Sé­né­gal uti­lise le puis­sant le­vier du ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment, en jouant un rôle de fé­dé­ra­teur des in­ves­tis­seurs na­tio­naux et étran­gers au­tour de pro­jets stra­té­giques. Fait mé­ri­tant d’être sou­li­gné: la Tu­ni­sie se ré­vèle bien avan­cée en ma­tière de trans­for­ma­tion agri­cole, com­pa­rée à la ma­jo­ri­té des pays afri­cains, où l’agro-in­dus­trie se trouve en­core à un stade em­bryon­naire. Alors que le mo­dèle ma­ro­cain re­pose sur les zones à forte den­si­té de pro­duc­tion, le mo­dèle tu­ni­sien re­pose da­van­tage sur l’in­no­va­tion; le tech­no­pôle de Bi­zerte en est un exemple phare. Ma­ma­dou Kane, Re­pré­sen­tant Sé­né­ga­lais de la Banque, agrège les en­sei­gne­ments ti­rés des in­ter­ven­tions en quelques clés de suc­cès: la pri­mor­dia­li­té de la par­ti­ci­pa­tion du sec­teur pri­vé, l’as­so­cia­tion avec les uni­ver­si­tés et Centres de Re­cherches, construire sur l’ac­quis, iden­ti­fier les fi­lières, pri­vi­lé­gier le dia­logue. Quant à la ques­tion de la gou­ver­nance, sou­vent re­mise sur le ta­pis, Sa­mia Maa­mer in­siste sur la sé­cu­ri­sa­tion de l’en­vi­ron­ne­ment des af­faires : “Il faut dé­ve­lop­per des mo­dèles pi­lotes, tes­ter et ex­tra­po­ler”, pré­cise-t-elle.

Le sec­teur pri­vé : mo­teur des ZTA ou ac­teur à convoi­ter ? Nou­red­dine Agre­bi, à la tête du tech­no­pôle de Bi­zerte, s’est at­te­lé à la pré­sen­ta­tion du tech­no­pôle, ré­ser­voir d’in­fra­struc­tures in­dus­trielles et tech­no­lo­giques, ras­sem­blant des centres tech­niques et d’ap­pui au sec­teur, des grou­pe­ments pro­fes­sion­nels, des zones de pro­duc­tion, qui s’érige comme un mo­dèle pi­lote je­tant les bases d’une vé­ri­table zone de trans­for­ma­tion agroa­li­men­taire tu­ni­sienne; alors à quand des sui­veurs ? Ibra­hi­ma Kane avise, dans son in­ter­ven­tion, qu’il faut trou­ver un équi­libre entre at­trac­ti­vi­té du site et avan­tages oc- troyés au sec­teur pri­vé. Au Sé­né­gal, par exemple, le sec­teur pri­vé est un “pro­mo­teur dé­ve­lop­peur”, des groupes pri­vés se chargent de l’in­fra­struc­ture com­mer­ciale des zones de pro­duc­tion, de ce fait, ils ont tout in­té­rêt à at­ti­rer les opé­ra­teurs pri­vés sur ces sites afin de ren­ta­bi­li­ser leurs in­ves­tis­se­ments, puis­qu’il s’agit d’un “deal de pri­vé à pri­vé”. Au To­go, le mo­dèle est tout autre, mais non des moins in­té­res­sants. Les terres ap­par­tiennent aux col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, et c’est l’etat qui s’en­gage à ac­com­pa­gner les en­tre­prises pour les né­go­cia­tions avec les col­lec­ti­vi­tés, à tra­vers des contrats-conven­tions. Dun­can Mwe­sige, Head of Bu­si­ness de la Banque en Ou­gan­da, conclut que le rôle du sec­teur pri­vé est pri­mor­dial, qu’il n’existe pas de mo­dèle par­fait, les ex­pé­riences sont en­ri­chis­santes mais chaque pays, en fonc­tion de ses spé­ci­fi­ci­tés ter­ri­to­riales, de­vra se frayer un che­min. Bé­mol: nous avons tout de même été sur­pris par l’ab­sence de re­pré­sen­tants du sec­teur pri­vé par­mi les par­ti­ci­pants.

La va­leur d’une chaîne de va­leur est égale à la va­leur du maillon le plus faible ! Le rôle clé du fi­nan­ce­ment Dres­sée en phrase culte de la jour­née, lais­sant pour sen­ti­ment la dé­cou­verte d’un vé­ri­table adage, “La va­leur d’une chaîne de va­leur est égale à la va­leur du maillon le plus faible!”, a été pro­non­cée par No­ma­them­ba Mh­lan­ga, PHD et spé­cia­liste en agro­bu­si­ness, au Food and Agri­cul­ture Or­ga­ni­za­tion des Na­tions unies, en clô­ture de la séance qui a por­té sur le fi­nan­ce­ment des en­tre­prises dans les ZTA. En d’autres termes, la so­li­di­té d’une chaîne de va­leur dé­pend de la so­li­di­té des dif­fé­rents in­ter­ve­nants et en par­ti­cu­lier les plus faibles. A l’una­ni­mi­té, les ex­pé­riences se re­joignent sur un fait: avant toute ini­tia­tive vi­sant la mise en place de ZTA, il faut im­pé­ra­ti­ve­ment faire un map­ping des chaînes de va­leur et iden­ti­fier les dif­fé­rents in­ter­ve­nants. Au Ma­roc, les contrats-pro­grammes entre le gou­ver­ne­ment et les pro­fes­sion­nels sont de mise pour le dé­ve­lop­pe­ment et la mise à ni­veau des chaînes de va­leur, ils sont ac­com­pa­gnés par une adap­ta­tion du cadre ins­ti­tu­tion­nel et ju­ri­dique. Au Sé­né­gal, le plan “Sé-

Si vous nous pré­sen­tiez votre as­so­cia­tion... L’AEE, Tu­ni­sian Chap­ter est, en ef­fet, la sec­tion tu­ni­sienne de l’as­so­cia­tion of Ener­gy En­gi­neers qui est une as­so­cia­tion in­ter­na­tio­nale à but non lu­cra­tif fon­dée en 1977 à At­lan­ta (USA), par Al­bert Thu­mann. L’as­so­cia­tion-mère est pré­sente dans 100 pays, à tra­vers 98 sec­tions in­ter­na­tio­nales, et no­tam­ment son ré­seau de pro­fes­sion­nels qui compte plus de 18 000 membres. Elle réunit les pro­fes­sion­nels du sec­teur éner­gé­tique dont les in­gé­nieurs, les ar­chi­tectes et les étu­diants des écoles d’in­gé­nieurs. Son prin­ci­pal ob­jec­tif, de­puis 40 ans, date de sa créa­tion, est de fa­vo­ri­ser les échanges sur les bonnes pra­tiques re­la­tives à l’amé­lio­ra­tion ef­fec­tive de l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique dans dif­fé­rents sec­teurs. En ce qui concerne notre sec­tion, elle est dé­sor­mais le re­pré­sen­tant of­fi­ciel de L’AEE en Tu­ni­sie de­puis sa créa­tion en juin 2017. C’est le pre­mier du genre en Afrique du Nord. En réa­li­té, étant in­gé­nieur, la né­ces­si­té nous pousse à cher­cher des so­lu­tions pour pal­lier d’éven­tuels pro­blèmes.

Com­ment l’idée du cha­pitre Tu­ni­sie de L’AEE vous est-elle ve­nue ? Lors d’un con­grès à Du­baï, j’ai eu une offre très in­té­res­sante mais les dé­ci­deurs du pro­jet ont exi­gé la Cer­ti­fi­ca­tion CEM (Cert­fied Ener­gy Ma­na­ger) qui ne fi­gu­rait pas dans mon CV. J’ai tout de suite dé­ci­dé de me ren­sei­gner sur cette cer­ti­fi­ca­tion et de faire en sorte que les in­gé­nieurs tu­ni­siens puissent l’ac­qué­rir à tra­vers un or­gane tu­ni­sien. C’est ain­si que j’ai eu l’idée de lan­cer L’AEE en Tu­ni­sie, une ini­tia­tive qui offre à nos in­gé­nieurs l’opportunité d’adhé­rer au plus grand ré­seau du monde dans le sec­teur éner­gé­tique. Avec le sou­tien d’un groupe d’ex­perts tu­ni­siens tels que Sa­dok Guel­louz, Da­li­la Am­mar, Rid­ha Chal­ghou­mi et Chi­heb Bou­den, nous avons créé le Cha­pitre tu­ni­sien en toute ex­clu­si­vi­té au Magh­reb ain­si qu’en Afrique du Nord.

Ce­la vous a-t-il en­cou­ra­gé à per­sé­vé­rer ? Vou­lant pro­gres­ser, j’ai dé­ci­dé ef­fec­ti­ve­ment de créer le Bu­reau de mé­thodes afin de ra­tio­na­li­ser da­van­tage la pro­duc­tion. J’ai alors en­ga­gé des in­gé­nieurs. En pa­ral­lèle, j’ai di­ver­si­fié la pro­duc­tion afin de mieux ser­vir les at­tentes des dif­fé­rents seg­ments du mar­ché : agroa­li­men­taire, cos­mé­tiques, … En tra­vaillant éga­le­ment pour des mi­cro­pro­jets. J’as­sure éga­le­ment toute l’as­sis­tance pos­sible aux clients ain­si que l’en­ca­dre­ment des em­ployés uti­li­sant nos ma­chines. Sans ou­blier évi­dem­ment le res­pect des normes : tout pro­duit est ac­com­pa­gné d’une ap­pro­ba­tion par un bu­reau de contrôle. Et l’adap­ta­tion au vé­cu des en­tre­prises est pour nous autres es­sen­tielle : tout ma­té­riel li­vré doit prendre en consi­dé­ra­tion l’en­vi­ron­ne­ment de l’en­tre­prise. D’où l’obli­ga­tion d’ap­por­ter des cor­rec­tions aux ma­chines. Il fal­lait, à ce pro­pos, prou­ver à moi-même et aux autres qu’être une femme ne peut être un han­di­cap. Une femme peut se me­su­rer à un homme et être aus­si per­for­mante.

Ce­la n’a pas été fa­cile ? Evi­dem­ment. Je me suis beau­coup in­ves­tie. Il m’est ar­ri­vé de tout faire par moi-même. Je n’ai pu re­cru­ter qu’au fur et à me­sure que mes moyens me le per­met­taient. J’ai, en outre, en­ga­gé des for­ma­tions pour moi-même et pour tous les em­ployés. Je de­vais, dans ce cadre, maî­tri­ser toute la chaîne. J’étais donc la pre­mière à suivre une for­ma­tion. Comme je de­vais prou­ver à tous que rien ne pou­vait avoir de se­cret pour moi. Com­ment voyez-vous votre en­tre­prise dans cinq ans ? Je tire dé­jà une grande fier­té de mon par­cours et de ce­lui de ceux qui m’ont ac­com­pa­gnée dans cette aven­ture. Pour moi, chaque em­ployé de la so­cié­té, et ce, quelles que soient sa po­si­tion et sa contri­bu­tion, est im­por­tant et ir­rem­pla­çable. Grâce à mes em­ployés, l’en­tre­prise ne peut que pro­gres­ser et évo­luer du­ra­ble­ment. Je vou­drais sai­sir l’oc­ca­sion pour les re­mer­cier. Je veux rendre hom­mage éga­le­ment à mon oncle ma­ter­nel qui m’a beau­coup sou­te­nue et qui est main­te­nant mon as­so­cié. Je vou­drais lui dire mer­ci pour tout. Je me dois d’af­fir­mer éga­le­ment que je ne vois pas d’ave­nir pour mon en­tre­prise sans mes clients. Chaque fois que j’aide un client, c’est un pro­jet au­quel j’ai par­ti­ci­pé qui se met en place.

Avez-vous un mes­sage à trans­mettre ? J’en ai en fait deux. D’abord, je re­com­mande aux jeunes de ne ja­mais bais­ser les bras. Si on ré­siste, on fi­nit par exau­cer ses rêves. Il faut, à ce titre, être tou­jours op­ti­miste. S’ac­cro­cher à la réus­site coûte que coûte. En­suite, je veux dire aux femmes en par­ti­cu­lier qu’elles ont toutes leurs chances. Il n’y a au­cune rai­son pour qu’elles n’y croient pas. Elles ont le droit et le de­voir d’être am­bi­tieuses et d’al­ler au bout de leurs rêves.

Elle voit grand et elle est ra­pide à la dé­tente. Cette jeune femme de vingt cinq ans avance au rythme de l’ac­cé­lé­ra­teur du temps. Dé­jà sur les bancs de L’ISET, cette étu­diante en gé­nie élec­trique, spé­cia­liste en au­to­ma­ti­sa­tion et in­for­ma­tique in­dus­trielle pré­pare son PFE, suit les for­ma­tions CEFE pour s’aguer­rir en vue du concours meilleur plan d’af­faires sur le­quel elle tra­vaille le soir, quand ses ca­ma­rades de pro­mo­tion en pro­fitent pour se re­mettre de leurs ef­forts de la jour­née. Elle vou­lait ce prix, elle l’a rem­por­té haut et fort. De quoi lui ou­vrir de larges ho­ri­zons. Tout de­ve­nait alors pos­sible, jusque et sur­tout l’idée qu’elle avait en tête et qui la pas­sio­nait au plus haut point. De la pas­sion, de l’as­su­rance et une confiance en soi qui ne fai­blit ja­mais. A quoi s’ajoute une dis­cré­tion qui donne à cet es­prit fon­ceur et concret une énorme sé­ré­ni­té et une force à dé­pla­cer les mon­tagnes. De là à dé­ve­lop­per des so­lu­tions pour mieux éclai­rer, il n’y a qu’un pas qu’elle a al­lé­gre­ment fran­chi. Cette femme jeune, frêle et élec­trique ne se­ra ja­mais guet­tée par l’ou­bli. On n’a pas fi­ni de par­ler d’elle. In­ter­view.

L’agri­cul­ture bio et le 100% na­tu­rel ont dé­jà pris une place im­por­tante dans sa vie et pour cause ! Avant que l’idée ne mû­risse dans son es­prit, Lob­na Dems a fait la désa­gréable ex­pé­rience de l’uti­li­sa­tion des pro­duits chi­miques. Convain­cue du po­ten­tiel que dé­cline l’agri­cul­ture bio et plus par­ti­cu­liè­re­ment la figue de Bar­ba­rie en tant que vé­ri­table pro­duit bio, elle s’in­ves­tit dans une ac­ti­vi­té axée sur deux sec­teurs : le cos­mé­tique et l’ali­men­taire. Ob­jec­tif pre­mier : va­lo­ri­ser da­van­tage l’huile de figue de Bar­ba­rie et la pro­mou­voir à l’étran­ger. Pour ce faire, Lob­na Dems, ori­gi­naire de Mo­nas­tir où elle a choi­si d’ins­tal­ler son pro­jet Na­ka­wa Bio, se spé­cia­lise dans la pro­duc­tion des pro­duits bio en y ap­por­tant une haute va­leur ajou­tée. Prin­ci­pal atout : l’at­ta­che­ment à un rêve qu’elle en­tend réa­li­ser. Elle est de sur­croît por­tée par de fortes convic­tions et par la pas­sion d’un mé­tier qu’elle ex­plore et exerce. Prin­ci­pale ca­rac­té­ris­tique: tout est 100% bio et rien que du bio ! En­tre­tien.

sobres et har­mo­nieuses, choi­sis­sant des mo­tifs épu­rés mais tou­jours tra­di­tion­nels, ma­dame Hayet s’est vu ou­vrir les portes des plus grandes ex­po­si­tions in­ter­na­tio­nales. De Frank­furt à Am­ster­dam, en pas­sant par Stras­bourg, cette femme a pro­pul­sé l’ar­ti­sa­nat tu­ni­sien au rang d’art. « En me pro­me­nant par­mi les ex­po­si­tions du monde en­tier, j’ai pris conscience que notre ar­ti­sa­nat était l’un des plus an­cré dans son his­toire, ce­lui qui, à l’image des hié­ro­glyphes, re­trace l’his­toire d’un peuple ». Les mo­tifs uti­li­sés rap­pellent évi­dem­ment les tra­di­tions du sud tu­ni­sien tel que la « jah­fa », ou la pro­ces­sion de la ma­riée sur dos de dro­ma­daire de la mai­son de son père, à celle de son époux. Cette culture hé­las per­due au fil des an­nées re­trouve toute sa splen­deur dans le tis­sage de ma­dame Hayet, elle em­bel­lie aus­si bien nos sols que nos murs avec des ta­pis­se­ries uniques en leur genre.

La qua­li­té to­tale, si­non rien Mais cette réus­site ne s’est pas faite en un jour, des an­nées de dur la­beur ont été né­ces­saires pour faire de cette en­tre­prise ce qu’elle est au­jourd’hui. Le plus grand pro­blème avoue ma­dame Hayet Nas­ra a été la pro­mo­tion de son pro­duit : « nous avons en Tu­ni­sie des per­sonnes, hau­te­ment qua­li­fiées, qui sont ca­pables de faire des mer­veilles de leurs mains, mais nous man­quons cruel­le­ment de for­ma­tions sur le vo­let mar­ke­ting, c’est sur ce point que je me suis donc concen­trée ». Et c’est peu de le dire puisque notre tis­seuse s’est conver­tie en vé­ri­table femme d’af­faires, en af­fi­chant ses pro­duits dans les plus grandes foires in­ter­na­tio­nales et en fi­dé­li­sant ses clien­tèles étran­gères telles que « Ha­bi­tat » en France. Elle signe et marque éga­le­ment sa pré­sence sur les ré­seaux so­ciaux, où elle ex­pose fiè­re­ment ses créa­tions. Ses pro­jets à ve­nir sont tout aus­si am­bi­tieux, puis­qu’elle en­vi­sage de mettre en place une uni­té de tein­ture vé­gé­tale, pour pal­lier la pé­nu­rie et la mau­vaise qua­li­té de la ma­tière pre­mière en Tu­ni­sie. La qua­li­té to­tale, si­non rien. Pour don­ner tout son lustre à la chaîne de va­leur. Ma­dame Hayet Nas­ra s’est pour ain­si dire for­gée cette ré­pu­ta­tion ; elle a su faire preuve d’ori­gi­na­li­té en trans­for­mant cet art vieux de plus d’un mil­lé­naire en une fa­çon ten­dance de dé­co­rer son in­té­rieur. Pour ma­dame Hayat la réus­site, c’est avant tout de croire en ses ca­pa­ci­tés et d’ai­mer ce qu’on fait. Elle en­cou­rage tous les jeunes tu­ni­siens à re­prendre le flam­beau et à faire du sa­voir-faire et de la culture tu­ni­sienne le le­vier d’une éco­no­mie pros­père. « Rien n’est plus beau que de voir son tra­vail et ses créa­tions re­cueillir le suc­cès qui leur est dû, c’est une sa­tis­fac­tion per­son­nelle mais éga­le­ment une ma­nière de re­do­rer l’image de notre pays ». Qu’elle porte au plus pro­fond d’elle-même. Dé­ci­dé­ment, elle a le pa­trio­tisme au­tant que l’art qui lui collent à la peau.

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