LA PRIO­RI­TÉ

BOOS­TER L’EN­TRE­PRE­NEU­RIAT AU FÉ­MI­NIN EST Pour rompre avec les sté­réo­types né­ga­tifs liés au genre, la so­cié­té ci­vile s’est tou­jours bat­tue. La Chambre Na­tio­nale des Femmes Chefs d’en­tre­prises (CNFCE) en est en ef­fet un exemple type. Est in­ter­ve­nue dans ce

Le Manager - - Décryptage Actu De Mois -

Vous ve­nez d’être élue à la tête de la CNFCE. Peut-on af­fir­mer qu’un air nou­veau y souffle dé­jà au ni­veau de la stra­té­gie mise en place? Le nou­veau Bu­reau Exé­cu­tif de la CNFCE, élu le 20 dé­cembre 2017, a adop­té pour l’an­née 2018 un pro­gramme tour­nant au­tour de 3 axes stra­té­giques à sa­voir: la di­gi­ta­li­sa­tion, le ren­for­ce­ment des com­pé­tences et la sy­ner­gie entre les ré­gions. Nous avons dé­jà en­ta­mé la trans­for­ma­tion des ca­naux de com­mu­ni­ca­tion, avec un fo­cus par­ti­cu­lier vers les sup­ports nu­mé­riques. Cette trans­for­ma­tion est au ser­vice de la mis­sion ma­jeure de la CNFCE; l’ins­tau­ra­tion et la vul­ga­ri­sa­tion d’une culture en­tre­pre­neu­riale fé­mi­nine forte. Celle-ci est in­dis­pen­sable pour créer une vraie rup­ture avec la culture pro­fon­dé­ment an­crée dans l’es­prit de cer­tains Tu­ni­siens. Notre stra­té­gie se base sur le ren­for­ce­ment des com­pé­tences de nos adhé­rentes à tra­vers la for­ma- tion. Pour ce faire, des for­ma­tions sur des thé­ma­tiques clés telles que la ges­tion fi­nan­cière, le nu­mé­rique, le dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel, la langue an­glaise, ou­til in­dis­pen­sable pour celles qui visent les mar­chés in­ter­na­tio­naux, sont pla­ni­fiées et ont dé­jà com­men­cé. Nous avons aus­si mis en place « l’aca­dé­mie des Femmes Cheffes d’en­tre­prises ». Nos adhé­rentes sont en train d’y ac­qué­rir des ou­tils qu’elles uti­lisent di­rec­te­ment dans leurs en­tre­prises. Cons­cientes que cet ou­til est vi­tal, nous sommes en train de le du­pli­quer au ni­veau des ré­gions. Les ré­gions sont l’autre pi­lier de notre stra­té­gie. A la CNFCE, nous croyons que la crise éco­no­mique et le dé­ve­lop­pe­ment de notre pays ne peuvent se faire qu’à tra­vers le dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal, rai­son pour la­quelle nous avons mis le fo­cus sur la sy­ner­gie entre les ré­gions. Notre Bu­reau élar­gi, com­po­sé des membres du Bu­reau Exé­cu­tif na­tio­nal et des 24 Pré­si­dentes ré­gio­nales, re­pré­sente dé­sor­mais un es­pace d’échanges et de par­tages. Cette sy­ner­gie est une pla­te­forme pour que les ré­gions pré­sentent leurs pro­grammes et in­cite, les struc­tures les moins dé­ve­lop­pées, à rat­tra­per les autres. Notre pre­mière illus­tra­tion de ce dy­na­misme re­trou­vé, est le « Sa­lon des Femmes Chefs d’en­tre­prises » qui s’est te­nu à Sfax au cours du mois de fé­vrier 2018. Notre idée maî­tresse est de par­ta­ger la Tu­ni­sie en pôles, pour que les ré­gions et les struc­tures qui sont dé­ve­lop­pées puissent trans­fé­rer leur sa­voir-faire et leurs bonnes pra­tiques aux ré­gions dé­fa­vo­ri­sées. Au ni­veau na­tio­nal, la CNFCE est en train de mo­bi­li­ser toutes ses res­sources pour four­nir le sou­tien tech­nique et fi­nan­cier pour la bonne gou­ver­nance des struc­tures ré­gio­nales et pour le dé­ve­lop­pe­ment et le lan­ce­ment de pro­jets concrets et ef­fi­caces.

Quelles sont les prin­ci­pales ac­tions qui ont été ef­fec­tuées en fa­veur de l’en­tre­pre­neu­riat fé­mi­nin ? La par­ti­ci­pa­tion de la CNFCE à mettre en place une éva­lua­tion du cadre na­tio­nal du dé­ve­lop­pe­ment de l’en­tre­pre­neu­riat fé­mi­nin en par­te­na­riat avec l’or­ga­ni­sa­tion In­ter­na­tio­nale du Tra­vail (OIT), est à mon avis, un ex­ploit. Cette éva­lua­tion a per­mis de faire res­sor­tir des re­com­man­da­tions sur les­quelles nous sommes en train de tra­vailler. Nous dis­po­sons dé­sor­mais d’un « map­ping » de l’en­vi­ron­ne­ment de l’en­tre­pre­neu­riat fé­mi­nin en Tu­ni­sie, se­lon les « best prac­tices » de L’OIT. Ce­ci nous a per­mis d’éla­bo­rer une feuille de route pour l’exer­cice 2018-2022. Nous pou­vons re­ven­di­quer que nous sommes por­teuses de so­lu­tions sur plu­sieurs points qui pré­oc­cupent les femmes Chefs d’en­tre­prises. Et, je peux vous don­ner en exemple, l’amé­lio­ra­tion du cadre ju­ri­dique, le dé­ve­lop­pe­ment des mé­ca­nismes de fi­nan­ce­ment, la sen­si­bi­li­sa­tion des struc­tures de sou­tien à l’ap­proche genre, l’ou­ver­ture vers les mar­chés na­tio­naux et in­ter­na­tio­naux et sur­tout la vul­ga­ri­sa­tion du nu­mé­rique au pro­fit des en­tre­pre­neures.

La quan­ti­té mo­deste des études réa­li­sées concer­nant l’en­tre­pre­neu­riat fé­mi­nin té­moigne-t-elle une cer­taine in­dif­fé­rence par rap­port à la ques­tion? Le manque de sta­tis­tiques et d’études quan­ti­ta­tives a tou­jours re­pré­sen­té un han­di­cap pour toutes les équipes qui ont di­ri­gé la CNFCE. Je pense que les or­ga­nismes concer­nés sont han­di­ca­pés par le manque de res­sources et de moyens d’étude et de re­cherche. Après, je vous avoue que beau­coup d’études qui res­tent dans les ti­roirs ne sont pas non plus utiles. Ce qui compte, c’est l’im­plé­men­ta­tion des stra­té­gies, l’adhé­sion et l’en­ga­ge­ment des in­ter­ve­nants et le tra­vail !

D’après vous, quels sont les freins à l’en­tre­pre­neu­riat fé­mi­nin ? Notre pre­mier dé­fi est de dé­ve­lop­per le tis­su de mi­cro-en­tre­prises fé­mi­nines. Les études de L’INS ont mon­tré que la ma­jo­ri­té des en­tre­prises fon­dées par des femmes sont consti­tuées au maxi­mum de 3 per­sonnes. A nous de les ren­for­cer et ac­com­pa­gner. Par ailleurs, le manque de com­pé­tences pour­rait, à mon avis, se ré­vé­ler un obs­tacle ma­jeur à la crois­sance et à la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises por­tées par des femmes. Une grande ma­jo­ri­té d’entre elles lancent un pro­jet qui ne cor­res­pond pas à leur for­ma­tion aca­dé­mique. En outre, et quoique les mé­ca­nismes de fi­nan­ce­ment existent, une pro­por­tion im­por­tante de femmes trouvent des dif­fi­cul­tés à éla­bo­rer des « bu­si­ness plans » ban­cables. Le se­cond dé­fi, consiste à fran­chir le pre­mier pas dans l’en­tre­pre­neu­riat. La créa­tion en­tre­pre­neu­riale par des femmes jeunes di­plô­mées reste vrai­ment in­suf­fi­sante. Il y a ur­gence à mettre en place un en­ca­dre­ment spé­ci­fique. Il faut les in­ci­ter à lan­cer leur «star­tup». Or, ga­ran­tir la pé­ren­ni­té des star­tup est tou­jours dif­fi­cile en Tu­ni­sie car les mé­ca­nismes de fi­nan­ce­ment concernent les 3 pre­mières an­nées d’exer­cice, alors que celles-ci res­tent fra­giles du­rant les cinq pre­mières an­nées. C’est pour­quoi, il de­vient im­pé­ra­tif de lan­cer des pro­grammes pour la pé­ren­ni­té des star­tup. Pour conclure, je consi­dère que l’hé­ri­tage cultu­rel est éga­le­ment un des freins à l’en­tre­pre­neu­riat fé­mi­nin en Tu­ni­sie. Le lea­der­ship fé­mi­nin de­vrait s’ac­qué­rir sur les bancs de l’école grâce à des tech­niques, par des « suc­cess sto­ries », par les mé­dias. Tout le monde a un rôle et une res­pon­sa­bi­li­té à as­su­mer. Vous sa­vez, et, mal­heu­reu­se­ment, même au sein de la fa­mille nous ne bé­né­fi­cions pas d’en­ca­dre­ment qui pousse la femme à de­ve­nir lea­der. C’est ce tra­vail de fond qu’il faut chan­ger !

Le mot de la fin ? L’ave­nir éco­no­mique de la Tu­ni­sie re­pose en grande par­tie sur l’en­tre­pre­neu­riat fé­mi­nin. Plus nous in­ci­te­rons les femmes à lan­cer leurs propres pro­jets, plus nous les en­ca­dre­rons à dé­ve­lop­per leurs pro­jets et plus nous aug­men­te­rons nos chances pour re­dé­col­ler. C’est un tra­vail am­bi­tieux mais j’es­time que nous avons dans ce pays les moyens de toutes nos am­bi­tions !

En tant que vice-pré­si­dente de la CONECT, vous êtes en charge de plu­sieurs pro­grammes dont no­tam­ment le pro­gramme « Th­ni­ti ». Quelle a été la pro­por­tion des bé­né­fi­ciaires femmes ? La CONECT se donne pour mis­sion de ré­pondre à la di­ver­si­té des be­soins des pro­mo­teurs de pro­jets, qu’ils soient hommes ou femmes, de les ac­com­pa­gner et de les ai­der à réa­li­ser leurs rêves d’en­tre­pre­neurs. Ce­pen­dant, nous te­nons à ce que les femmes soient fa­vo­ri­sées au ni­veau de la sé­lec­tion. Le pro­ces­sus du pro­gramme Th­ni­ti com­prend plu­sieurs étapes, à sa­voir le sour­cing du couple idée/en­tre­pre­neur(e), la for­ma­tion, le coa­ching, l’ac­cès au fi­nan­ce­ment et la En tant qu’ex­perte en en­tre­pre­neu­riat, vous col­la­bo­rez avec L’ONUDI, quels sont les pro­jets pré­vus afin de fa­ci­li­ter le ren­for­ce­ment du lea­der­ship fé­mi­nin ou l’en­cou­ra­ge­ment de l’en­tre­pre­neu­riat ? L’ONUDI a lan­cé en 2016 un pro­gramme ré­gio­nal d’en­ver­gure en­glo­bant 7 pays de la ré­gion MENA, à sa­voir la Tu­ni­sie, le Ma­roc, l’al­gé­rie, la Jor­da­nie, l’egypte, le Li­ban et la Pa­les­tine a été mis en place. A l’heure où les femmes sont por­tées vers les sec­teurs tra­di­tion­nels, nous avions pour but de les orien­ter vers l’in­ves­tis­se­ment dans le sec­teur in­dus­triel et les ser­vices liés à l’in­dus­trie ain­si que dans la tech­no­lo­gie. Pour ce faire, nos ac­tions tournent au­tour de 3 axes ma­jeurs. Il s’agit en pre­mier lieu de dé­ve­lop­per le cli­mat des af­faires pour qu’il soit plus fa­vo­rable à l’in­ves­tis­se­ment des femmes. Nous agis­sons éga­le­ment pour ren­for­cer les struc­tures in­ter­mé­diaires, c’est-àdire, les as­so­cia­tions oeu­vrant en fa­veur de la femme, pour qu’elles offrent des ser­vices adé­quats aux be­soins de la femme en­tre­pre­neure. En­fin, nous ac­com­pa­gnons et nous coa­chons à tra­vers les as­so­cia­tions les femmes por­teuses d’idées, pour qu’elles ap­prennent à pro­mou­voir leur pro­jet via la com­mu­ni­ca­tion et pour qu’elles ar­rivent à éta­blir des bu­si­ness plans ban­cables, lan­cer leur pro­jet et ac­cé­der au mar­ché. Pour 2018, ce même pro­jet fran­chi­ra un nou­veau pas en fo­ca­li­sant les ef­forts sur la mul­ti­pli­ca­tion des dis­po­si­tifs d’ac­com­pa­gne­ment et d’en­cou­ra­ge­ment des femmes pour in­ves­tir dans le do­maine in­dus­triel. Et ce, en ren­for­çant leurs ca­pa­ci­tés et les ca­pa­ci­tés des as­so­cia­tions de femmes dans les pays cibles et sur­tout oeu­vrer en­semble à le­ver les ver­rous et fa­vo­ri­ser l’en­tre­pre­neu­riat fé­mi­nin en contri­buant au dé­ve­lop­pe­ment des mé­ca­nismes fi­nan­ciers et Vous ve­nez d’être nom­mée Haut com­mis­saire pour la Tu­ni­sie au World Bu­si­ness An­gel In­vest­ment Fo­rum, y au­rait-il une quel­conque dis­cri­mi­na­tion po­si­tive dans ce pro­gramme ? In­con­tes­ta­ble­ment, l’ac­cès au fi­nan­ce­ment reste le dé­fi ma­jeur pour les PME et pour les star­tup. Le WBAF est un ré­seau in­ter­na­tio­nal qui met le fo­cus sur la pro­mo­tion et le dé­ve­lop­pe­ment de nou­veaux pro­duits fi­nan­ciers des­ti­nés aux en­tre­pre­neurs, no­tam­ment le Bu­si­ness An­gel et la fi­nance par­ti­ci­pa­tive (crowd­fun­ding). Le titre de Haut com­mis­saire est at­tri­bué aux quatre coins du monde à des per­sonnes - des men­tors, des bu­si­ness an­gels, des CEO etc, … - ayant contri­bué au dé­ve­lop­pe­ment de l’en­tre­pre­neu­riat. Ces Hauts com­mis­saires ont pour mis­sion de re­pré­sen­ter le ré­seau dans leur pays et de mettre en place, en par­te­na­riat avec l’éco­sys­tème lo­cal, des ac­tions pour in­no­ver en ma­tière de fi­nan­ce­ment des star­tup et des PME. A l’heure ac­tuelle, plus de 45 Hauts com­mis­saires sont opé­ra­tion­nels dans le monde. Ce pro­jet concerne toutes les PME, non seule­ment celles lan­cées par des femmes, qui in­con­tes­ta­ble­ment ont un po­ten­tiel im­por­tant et ont une place pri­vi­lé­giée dans ce ré­seau in­ter­na­tio­nal. Quant à la Tu­ni­sie, des pro­grammes en fa­veur de la femme en­tre­pre­neure vont cer­tai­ne­ment être pla­ni­fiés. Ce par­te­na­riat et cette re­pré­sen­ta­tion pour la Tu­ni­sie viennent à point nom­mé ré­pondre aux be­soins des en­tre­pre­neurs en ma­tière de fi­nan­ce­ment, et ce en en­ri­chis­sant l’offre de fi­nan­ce­ment pour les star­tup et les en­tre­pre­neurs mais aus­si pro­po­ser des ser­vices com­plé­men­taires tels que le men­to­ring et le ré­seau­tage qui sont au­jourd’hui in­dis­pen­sables, par­ti­cu­liè­re­ment si on sou­haite s’ou­vrir à l’in­ter­na­tio­nal.

Sur 100 en­tre­pre­neurs tu­ni­siens, seule­ment 12 sont de sexe fé­mi­nin, d’après une étude réa­li­sée en 2017 par l’in­ter­na­tio­nal Fi­nance Cor­po­ra­tion ! Ce faible taux se­rait prin­ci­pa­le­ment at­tri­bué à des dis­pa­ri­tés en termes d’ac­cès au fi­nan­ce­ment entre les deux sexes, se­lon une étude réa­li­sée par le Centre des Na­tions unies pour l’afrique. De ce fait, tou­jours d’après L’IFC, 63% des femmes en­tre­pre­neures in­diquent ne pas avoir ac­cès au ré­seau tra­di­tion­nel des banques et d’ins­ti­tu­tions fi­nan­cières. Il en ré­sulte un dé­fi­cit de fi­nan­ce­ment de 300 mil­lions de dol­lars pour les femmes en­tre­pre­neures tu­ni­siennes. D’après L’IFC, le mar­ché des femmes re­pré­sente une opportunité en or pour les banques pour ac­croître leurs parts de mar­ché avec une clien­tèle qui re­pré­sente le meilleur taux de fi­dé­li­té et de ventes croi­sées. En ef­fet, en Tu­ni­sie, se­lon les mêmes sources, 18% des PME for­melles ap­par­tiennent à des Femmes en Tu­ni­sie, soit 972.

Pour un meilleur ac­cès aux banques En l’ab­sence d’un fonds de ga­ran­tie à l’ini­tia­tive des femmes en Tu­ni­sie, plu­sieurs banques de la place ont dé­ployé des pro­grammes vi­sant à amé­lio­rer l’ac­cès des femmes por­teuses de pro­jets au fi­nan­ce­ment. Sur ce vo­let, la Banque Tu­ni­sienne de So­li­da­ri­té a réus­si à at­teindre un taux de pa­ri­té de 47% pour les 13 mille prêts qu’elle a ac­cor­dés en 2017, a an­non­cé Riadh Han­chi, Chef di­vi­sion Contrôle de Ges­tion à la BTS. Et pour 2018, la Banque vise à at­teindre la pa­ri­té to­tale dans la dis­tri­bu­tion des 15 mille prêts pré­vus pour l’an­née. Pour sa part, la So­cié­té Tu­ni­sienne de Banque a noué plu­sieurs par­te­na­riats avec des as­so­cia­tions d’en- tre­pre­neu­riat fé­mi­nin, dont le Centre In­ter­na­tio­nal des Femmes En­tre­pre­neures (CIFE) ou en­core la Chambre Na­tio­nale des Femmes Chefs d’en­tre­prise de L’UTICA. La Banque de l’ha­bi­tat, de son cô­té, a dé­ci­dé d’adhé­rer au pro­gramme Wo­men Ban­king Cham­pion de l’in­ter­na­tio­nal Fi­nance Cor­po­ra­tion. Ce pro­gramme ré­gio­nal vise à ren­for­cer les ca­pa­ci­tés des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières pour les ai­der à de­ve­nir la banque de choix pour les femmes. Pour Fat­ma Fou­ra­ti, en­tre­pre­neure dans l’agri­bu­si­ness, le pro­blème ne pro­vient pas des banques: “Je n’ai ja­mais ren­con­tré de dif­fi­cul­tés dans les banques liées à ma fé­mi­ni­té”, a-t-elle dé­cla­ré. Pour Fou­ra­ti, c’est plu­tôt au ni­veau des mé­ca­nismes d’ap­pui de l’état que les femmes ren­contrent plus de dis­cri­mi­na­tion.

Est-ce dif­fé­rent pour la fi­nance al­ter­na­tive? “Les taux va­rient lé­gè­re­ment d’une ré­gion à une autre, mais gros­so mo­do, nous avons réus­si à at­teindre la pa­ri­té homme-femme pour les pro­jets que nous fi­nan­çons”, s’est fé­li­ci­té Mo­ha­med Ta­ha Al­la­ni, di­rec­teur des opé­ra­tions à Tay­sir Mi­cro­fi­nance. Et pour­tant, l’ins­ti­tu­tion fi­nan­cière ne dis­pose d’au­cun pro­gramme ou ini­tia­tive dé­diés aux femmes! L’in­ter­lo­cu­teur re­con­naît ce­pen­dant que la pa­ri­té in­ter-genre se li­mite au nombre de cré­dits ac­cor­dés; en termes d’en­cours, la gent mas­cu­line se taille la part du lion. Les femmes, ex­plique-t-il ont ten­dance à lan­cer des pro­jets de taille moindre, sou­vent, in­for­mel­le­ment. Le même constat a été re­le­vé par Yas­sine Hous­sei­ni, du Dé­par­te­ment Mar­ke­ting de En­da Tam­weel où, en 2017, 62% des clients sont des femmes mais qui ne per- çoivent que 55% du mon­tant des cré­dits ac­cor­dés. De plus en plus d’en­tre­pre­neurs font ap­pel à des fonds d’in­ves­tis­se­ment pour fi­nan­cer la créa­tion ou le dé­ve­lop­pe­ment de leur pro­jet. Là aus­si, les chiffres montrent une pré­pon­dé­rance des pro­jets por­tés par des hommes, in­dique Ka­rim Ghe­nim, PDG de Bi­at Ca­pi­tal Risk. Et pour cause : “Nous re­ce­vons moins de pro­jets por­tés par des femmes que de pro­jets pi­lo­tés par des hommes”, ex­plique-t-il. Et d’ajou­ter : “Ce qui im­porte le plus pour l’in­ves­tis­seur c’est la ren­ta­bi­li­té du pro­jet; nous pri­vi­lé­gions les pro­fils avec les­quels nous pou­vons col­la­bo­rer et tra­vailler pour dé­ve­lop­per le pro­jet, qu’il soit homme ou femme” a confir­mé Mo­ha­med Sa­lah Frad, Ge­ne­ral Ma­na­ger de UGFS-NA. Et d’ajou­ter: “Par contre, nous avons re­mar­qué qu’il y a un manque d’ini­tia­tive fé­mi­nine”. Pour pal­lier ce dé­ca­lage, le ge­ne­ral ma­na­ger D’UGFS-NA pro­pose d’adap­ter les ini­tia­tives d’ac­com­pa­gne­ment et les agences d’ap­pui pu­blic afin de mieux ser­vir les femmes en­tre­pre­neures.

“Dis­cri­mi­na­tion po­si­tive” Alors qu’une bonne par­tie de la po­pu­la­tion fé­mi­nine ré­clame un ac­cès plus fa­cile au fi­nan­ce­ment, cer­taines in­diquent qu’elles pro­fitent au contraire d’un trai­te­ment pri­vi­lé­gié. “Je peux pré­tendre que grâce à ma fé­mi­ni­té, j’ai pu ac­cé­der à des évè­ne­ments de net­wor­king qu’au­tre­ment il m’au­rait été im­pos­sible d’at­teindre”, a in­di­qué Ame­ni Man­sou­ri, co­fon­da­trice de Dab­chi.com. Et de conclure : “Pour réussir, tout comme les hommes, les femmes doivent lut­ter et tra­vailler aus­si dur que pos­sible. C’est la seule for­mule pour réussir”.

(PNUD) ap­puyé par le gou­ver­ne­ment ja­po­nais et en par­te­na­riat avec l’of­fice du dé­ve­lop­pe­ment du Sud (ODS), l’agence na­tio­nale pour l’em­ploi et le tra­vail in­dé­pen­dant (ANETI) et la Banque tu­ni­sienne de so­li­da­ri­té (BTS). Un pro­gramme qui per­met à toutes ces par­ties pre­nantes de mettre en com­mun leur sa­voir-faire et d’ins­tau­rer un pro­ces­sus in­clu­sif dans l’éla­bo­ra­tion des pro­grammes liés à l’en­tre­pre­neu­riat. Le pro­gramme a ap­puyé près de 40 pro­jets, for­mé et ac­com­pa­gné près de 200 per­sonnes. Ah­med fut sé­lec­tion­né par­mi les six lau­réats du gou­ver­no­rat de Ke­bi­li. « Sans doute, di­ra-t-il, parce que j’ai pu four­nir les ar­gu­ments et les preuves de la pé­ren­ni­té du pro­jet. Avant d’ajou­ter: « je suis per­sua­dé que l’élé­ment qui a le plus joué en ma fa­veur, c’est que j’ai bai­gné dans ce mé­tier et je le maî­trise sur le bout des doigts ». De l’is­sue de cette épreuve, il n’est pas peu fier. Cette dé­li­vrance lui a don­né des ailes. Le don de 20 000 di­nars et les prêts du même or­ga­nisme et de la BTS ont été dé­ter­mi­nants pour fi­nan­cer les 140 mille di­nars que le pro­jet a coû­tés. Un pa­ri ga­gnant a prio­ri, Ah­med pense pou­voir rem­bour­ser ses dettes en quatre ans au lieu des sept pré­vus dans le bu­si­ness plan. De­puis le dé­mar­rage de l’en­tre­prise dé­but oc­tobre der­nier, il a en­chai­né les pro­jets : construc­tion d’un Souk lo­cal, de dé­pôts, ... Et le car­net de com­mande est bien char­gé ! les com­mandes af­fluent de par­tout, les clients at­tendent. La ma­chine qui était cen­sée tra­vailler deux fois par se­maine tourne à plein ré­gime sept jours sur sept. Douze em­plois ont été créés. Son se­cret, il est in­tran­si­geant avec les normes et les stan­dards qu’il avait ap­pris dans son an­cien par­cours en gé­nie ci­vil. Son voeu le plus cher est de pou­voir par­ti­ci­per aux ap­pels d’offres de la ré­gion, qui mal­heu­reu­se­ment se re­nou­vellent sans trou­ver pre­neur. Cons­ter­nant pour une ré­gion qui s’est faite une no­to­rié­té dans le bâ­ti­ment et la construc­tion. La rai­son est toute simple. « Pour avoir l’agré­ment, il faut dis­po­ser d’un mon­tant de 20 000 di­nars blo­qués dans un compte ». Une forte frus­tra­tion pour cet en­tre­pre­neur tel­le­ment fier et sa­tis­fait de son nou­veau par­cours.

La ma­gie du tra­vail Il est fas­ci­né par la ma­gie du tra­vail et des bé­né­fices qu’el Faouar peut en ti­rer. Il n’a pas de mots as­sez forts pour dé­fendre cette idée por­teuse d’es­poir pour la ré­gion. « Nous sommes dans une ré­gion désen­cla­vée à 20 km du centre du gou­ver­no­rat, les pro­jets ne manquent pas et j’ai la pos­si­bi­li­té de faire tra­vailler tous ces jeunes qui flânent dans les ca­fés », a-t-il sou­li­gné. Avec toute la force des mots, il lance un ap­pel à l’etat pour re­voir cette ré­gle­men­ta­tion ou ai­der les jeunes pro­mo­teurs au fi­nan­ce­ment de ce dé­pôt de ga­ran­tie ». Iné­luc­ta­ble­ment, un ef­fet de le­vier ver­tueux pour­rait en dé­cou­ler qui pour­ra dé­cu­pler les in­ves­tis­se­ments. Une telle si­tua­tion est en fa­veur des grandes struc­tures, qui fi­nissent vrai­sem­bla­ble­ment par sous- trai­ter de tels pro­jets à des pe­tits pro­mo­teurs sans réelle pers­pec­tive de gran­dir dans ces condi­tions. Se­rait-il plus ef­fi­cient et plus équi­table d’en­cou­ra­ger les jeunes en­tre­pre­neurs à se dé­ve­lop­per et à em­bau­cher. La bu­reau­cra­tie a ses rai­sons que le bons sens ne peut igno­rer ! En at­ten­dant, il or­ga­nise mé­tho­di­que­ment sa ré­sis­tance, en avan­çant mal­gré tout. Il mise sur sa force de ca­rac­tère, sur sa dé­ter­mi­na­tion et l’en­vie de vaincre et de ga­gner. Il a pour lui sa ca­pa­ci­té de contour­ner les obs­tacles, d’en­tre­prendre et d’avan­cer pour construire son propre ave­nir.

Par Ana­lyste chez Al­pha­va­lue

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